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Kidal, Pouvoirs traditionnels à l’épreuve de la « démocratie ».

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Intalla Ag Attaher 1927-2014 Amenokal des Ifoghas

 

La crise à Kidal est perçue par une grande majorité de la population, comme la domination d’une minorité (Ifoghas) sur une majorité (Imghad) qui se révolte légitimement.

 

Si l’on se remémore l’histoire de ce féodalisme pas si ancien que cela, l’on trouve en sous-main, l’impact du colonialisme qui a redessiné les rapports d’autre fois, en donnant le pouvoir à certaines tribus sur d’autres afin de faciliter sa main mise sur  le sahel.

Le conflit actuel (Rébellion mars 2012) a rebattu les cartes et entraîné une volonté des « dominés » d’en finir avec un système féodal qu’ils jugent opprimant. Cette crise n’est pas propre au cas de Kidal, mais est mise en lumière du fait qu’un Accord pour la paix a été signé et que toute la lumière se trouve sur cette région.

Il faut remonter aux années 90, lors de la première décentralisation, pour rencontrer les difficultés de ce type liées à l’administration du territoire. Le Mali est un « pays » ancien, multiculturel. Dans chaque village, ville on trouvait un chef traditionnel, un griot, un chef religieux, un conseil de sages, qui administraient la ville et régulaient la vie.

Le pouvoir marxiste post colonial, avait un temps envisagé de mettre fin à ce mode d’administration, sans succès. Il y avait certes des Représentants de l’État, des maires, des administrateurs, mais tous respectaient les chefs traditionnels, et les équilibres locaux.

Avec l’avènement de la démocratie, du multipartisme et de la décentralisation, on est venu bousculer des équilibres anciens. Les chefs de villages et leurs familles ont parfois mal vécu de voir leurs anciens obligés devenir maire et donc chef du village.

Avec la mondialisation, petit à petit le pouvoir des chefferies traditionnels s’est effrité, et malgré une résistance farouche, il a fini par perdre en crédibilité, rongé lui aussi par le fléau de la corruption.

A partir de ces années-là, lorsqu’un conflit éclatait dans une zone, et que les administrateurs ne pouvaient le résoudre, ils allaient alors chercher les autorités traditionnelles, motivées parfois par de fortes sommes d’argent. Cette situation s’est reproduite de Kayes à Kidal.

Il faut noter que pour les Ifoghas, le conflit actuel à Kidal, c’est remettre en question  leur pouvoir traditionnel sur la zone, qu’ils jugent parfaitement légitime. Comme beaucoup d’autres chefferies au Mali, ils n’ont jamais vu d’un bon œil, la décentralisation et la démocratie, et ils ont réussi malgré les conflits ayant émaillé la région à conserver leur pouvoir, même s’ils ont fini par accepter un maire ou des députés originaires d’autres tribus. Le fait minoritaire et le fait majoritaire que l’on met en avant, ne peut être appliqué dans le cadre des chefferies traditionnelles.

Les Imghad quant à eux considèrent que le système féodal a assez duré, et qu’il est temps de le remettre en question. S’ils ont par le passé reconnu, la chefferie traditionnelle de Kidal, les différents conflits ont changé les rapports. Ils considèrent pour leur part la démocratie comme l’élément qui permettra leur émancipation. Il est à noter que les Imghad les plus virulents envers la chefferie traditionnelle Ifoghas ne sont pas originaires de Kidal, mais de la boucle du Niger.

Sans pour autant occulter, les questions liées au trafic en tout genre au Sahel, la crise de Kidal est en réalité une crise du 21ème siècle, opposant les tenants d’un pouvoir traditionnel et ceux qui veulent briser ce système ancien.

Le Mali dans sa politique de décentralisation, ne doit pas oublier son histoire, il ne faut pas tomber dans le copier-coller habituel que l’on fait du système français, il nous prendre en compte les équilibres traditionnels, une place doit être offerte dans la gestion des villes aux autorités coutumières.

L’insertion des cadis dans la justice civile est un bon exemple à suivre. En effet lorsque l’on s’est rendu compte que les populations préféraient régler leurs litiges devant les cadis, ou chefs de village plutôt que de se rendre en justice, le législateur a accordé une place importante à ces derniers.

On pourrait imaginer un système intégrant au mieux les chefs coutumiers dans la gestion des affaires locales, tout en insistant sur la redevabilité envers les citoyens et l’égalité de ces derniers devant l’autorité. Ces problèmes sont commun à tous les pays, où se superposent pouvoir moderne et coutumier.

Le problème de Kidal, doit être donc vu sous cette angle pour un traitement efficace et définitif.

« L’article 129 de la charte du Mandén portant le Mandén kolagnonkorognonya (la gouvernance du Mandén fondé sur la « concertation ») montre l’importance de ce principe : Kolagnokorognoya est un concept qui fait obligation de faire connaître, de rendre compte des actes que l’on pose en matière de gouvernance de la cité, et du pays à niveau utile. (Charte du Mandén selon Soulemana Kanté version écrite en N’ko).

Si le chef ou le responsable sait qu’il doit rendre compte, il va bien travailler et il se ravisera toujours en cas de mauvaise tentation. Il se préparera toujours à ça. S’il n’y a pas de compte rendu, ça veut dire que le principe du « Gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple » est faux.

Ce qui existe, c’est la démocratie importée d’ailleurs. La démocratie malienne n’existe plus. Cette démocratie n’est pas celle de l’égalité entre hommes et femmes. Nous ne devons pas être des suivistes. Ce qui ne peut pas marcher chez nous, qu’on le dise et qu’on sache que c’est nous-mêmes qui sommes responsables de notre gestion, de notre destin.

S’il faut des changements partout dans ce monde, c’est la tradition et la modernité qui vont ensemble pour assurer le développement. Ce n’est ni une question de royaume ni une question de république. C’est tout simplement une question de responsables, de Tigiya qui renvoie automatiquement à la redevabilité.

Maitre Karamogo Bamba

 

Au delà du déguerpissement, le modèle de développement.

Le Gouverneur de Bamako en a décidé ainsi, cela faisait 2 années qu’il y avait débat, il était temps de passer à la pratique et donc à la libération des voies publiques occupées de manière « semi illégale ».

On a vu émerger ces 15 dernières années sur les trottoirs de Bamako de nombreux petits kiosques en fer, qui servaient de petits commerces. Ils étaient boutiquiers, vendeurs de téléphones, de poissons de poulets…etc., une vraie petite économie à mi-chemin entre la légalité et l’illégalité.

Légalité car, de nombreux kiosques bénéficiaient d’autorisation de la part des mairies, ils payaient des impôts sous peine de fermeture administrative. Certains ont même avoué avoir eu des aides de l’Apej, l’organisme qui s’occupe de l’emploi des jeunes pour s’installer.

Tout le monde était gagnant, les consommateurs qui trouvaient des commerces de proximité, les mairies qui récupéraient de l’argent des taxes, les intéressés, mais aussi les autorités, qui étaient bien heureuses de voir, ces « jeunes entrepreneurs » quitter la colonne chômeurs.

Mais voilà les autorisations délivrées par les Mairies sont provisoires, et du jour au lendemain, un bulldozer pouvait venir mettre fin aux rêves des nouveaux auto-entrepreneurs. Le sommet France- Afrique devant se tenir à Bamako sera l’élément déclencheur.

Il faut rendre Bamako belle, après avoir toléré son avilissement, il faut faire plaisir à nos hôtes, donner une bonne image, plus proche de celle d’Abidjan, ou encore Kigali, modèles d’organisations urbaines.

Alors aujourd’hui le débat se porte sur la Gouverneur et le Gouvernement, mais plus globalement on devrait se poser la question de savoir, comment en est-on arrivé à ce point?

La non planification du développement, le refus de prendre en compte le fait démographique, et surtout le laisser aller et l’appât du gain immédiat sont en cause dans cette affaire.

On a laissé prospérer une activité dont on savait qu’elle poserait des difficultés dans l’avenir, uniquement parce qu’elle était une solution à des problèmes auxquels les autorités ne voulaient pas réfléchir.

Étrange aveux que celui des maires de Bamako qui comme pour rassurer les « déguerpis » annoncent qu’il y a des places dans les marchés de Bamako pour les accueillir. Mais pourquoi donc les avoir laissé occuper la voie publique plutôt que de proposer des places dans les marchés?

Cette opération ne trompe personne, les souffrances d’aujourd’hui sont le résultat du manque de sérieux à tous les étages. Si dès le départ, l’illégalité n’avait pas été légalisée, soutenue et encouragée, ces situations auraient été évitées.

L’autre réalité est que les Mairies n’ont aucune vision, n’ont pas de plans locaux d’urbanisme, il suffit de se balader à Bamako pour le voir. Combien d’espaces verts sont devenus des garages automobiles, des dépôts d’ordures? Comment peut-on laisser se développer en plein centre-ville un marché au bétail? Comment accepter que  les trottoirs de l’Assemblée nationale soient devenus un marché de vêtements?

Une réflexion, sur la transformation de l’activité dite informelle vers le formel, était peut-être trop fatigante pour nos dirigeants, alors on a laissé se développer tout ça. Pourquoi ne pas se saisir de l’occasion, pour proposer un autre modèle de développement, respectueux de l’environnement et qui réponde aux défis auxquels nous avons à faire face?

C’est ce laxisme coupable qui a conduit le pays à la perte, et l’opération musclée menée en ce moment ne trompe personne, après le sommet France Afrique, le business repartira de plus belle, après tout il ne s’agit pas de la première opération

 

Apologie de la médiocratie

Homme fort ou Institutions fortes? Comme dans beaucoup de pays bloqués  sous-sol du développement le Mali connait depuis de longues années des difficultés de gouvernance qui impactent son « essor ».

Dans ce cadre plusieurs débats « d’intellectuelles » ont eu lieu, les uns prônant le renforcement des institutions, les autres plutôt adeptes du modèle Poutine et Kagamé, celui de l’homme fort.

En réalité les deux concepts sont totalement imbriqués, pour ne pas dire indissociables. Les Institutions maliennes souffrent de la faiblesse des dirigeants, elles ne jouent pas leurs rôles car ceux qui sont à leur tête ne sont pas en mesure de le faire. Alors de la question qui de l’œuf ou la poule, ici on pourra répondre que les hommes forts font les institutions fortes.

Sans entrer dans de la psychologie de bas étage, on peut dire concrètement qu’au Mali nous n’avons guère eu ce type de dirigeants, aussi bien au niveau national que local.  Il ne s’agit pas tous les mettre dans le même panier….

  • Manque d’imagination

La première des caractéristiques communes aux dirigeants maliens dans leur ensemble c’est-à-dire local, et national, c’est le manque d’imagination. Beaucoup ne cherchent le pouvoir (fanga) que pour la sensation et les avantages que cela procure. Le pouvoir n’est pas conceptualisé comme étant l’ensemble d’actions qui permettrait de répondre à l’intérêt général. Il est le fruit d’un effort gigantesque, pendant lequel on écrase tous les concurrents, et pour lequel on a droit à tous les privilèges. En cela nous pouvons dire que nous avons une conception quelque peu moyenâgeuse de la démocratie à l’occidentale. On reproduit au niveau des sphères de pouvoir, le paternalisme sociétal, où celui qui a le pouvoir, fait la pluie et le beau temps à condition que les serviteurs soient bien dociles. Le dirigeant n’est donc pas là pour servir le peuple, c’est le peuple qui est là pour le servir contre d’éventuelles bonnes actions. Le résultat de cette conception est qu’il n’est pas besoin de programme politique, ou d’agenda, juste convaincre que l’on sera généreux avec le bon peuple.

  • Planification et indécision

Étant donné que le dirigeant arrive au pouvoir sans avoir besoin de prôner des actions concrètes allant dans le sens de l’intérêt général, il se retrouve parfois démuni face à un grave problème qui surviendrait. Prenons par exemple l’emploi des jeunes, nous savons pertinemment que le pouvoir en place n’a aucune idée sur la façon dont résoudre le problème. Il n’a aucune idée parce qu’il n’a jamais envisagé ce problème tout simplement. Cela peut paraitre effarant, mais c’est hélas la réalité, ils n’ont aucun plan.

Après 20 années d’infantilisation, il va naturellement se retourner vers les bailleurs de fonds, ces derniers lui traceront un joli plan et lui donneront plein d’argent. Celui qui paye oriente, sans s’en rendre compte, on applique depuis plus de 30 ans des programmes totalement inadaptés, qui ne répondent en rien aux crises que nous traversons, mais il y a de l’argent, et en plus on a invité la télé pour couvrir tout ça, alors faisons comme si on avançait.

  • Égoïsme

L’égoïsme est une des caractéristiques de nos dirigeants, s’ils étaient mus par l’intérêt général et non l’intérêt personnel, ils ne verraient pas leur rôle comme un moyen d’ascension personnel peu importe la manière, mais comme un lieu d’altruisme. Nous le savons, des dirigeants ont détourné de l’aide alimentaire destinée aux plus démunis, des médicaments pour les malades, des fonds pour les orphelins etc…Comment expliquer de tels comportements? C’est parce que la réussite personnelle suscite une fascination chez les victimes même de ces détournements, que ce comportement se poursuit et s’accentue. Chacun veut la « belle vie » peu importe la manière, on comprend, donc on accepte ce qui est intolérable. (par dirigeant ici il faut entendre tout responsable, qu’il soit associatif, ou politique).

  • Manque d’ambition pour s’élever au-dessus de la médiocrité

Face à la médiocrité ambiante, les titres ronflants sont plus prisés que les réussites et les réalisations. Aujourd’hui quels dirigeants peut venir dire qu’il a posé des actes, ayant amélioré la vie de ces concitoyens? Ils sont rares, car ils se succèdent mais savent au fond d’eux pour les raisons citées ci-dessus qu’ils sont dans l’incapacité de faire mieux.

Le festin des médiocres est ouvert! La fête est belle tous y sont conviés, il y a à boire et à manger, ne réfléchissez pas trop, car « réfléchir c’est commencer à résister ». Ne pensez pas à ces malheureux affamés, ne pensez pas à la veuve, à l’orphelin, au mendiant, pensez à vous-même, à votre famille, à cette belle maison que vous construirez grâce aux fonds de cet hôpital qui ne verra jamais le jour.

Et le peuple dans tout ça? Une partie est sous la table, collecte les miettes, elle est parfois plus odieuse que ceux réunis autour du festin. Une partie regarde par la fenêtre, elle espère se retrouver à la table, ou sous la table si possible, une autre a tourné le dos, depuis longtemps, en attendant ce jour fatidique, celui où plus personne ne contrôle lien, celui où l’on renverse la table sans se douter des lendemains.

Kidal: le réveil des tensions tribales

L’histoire de la zone de Kidal est marquée par plusieurs rébellions, celle de 1961, de 1991, de 2006 et 2012. Elle est devenue une région administrative au Mali en 1991 à la suite des accords de Tamanrasset.

Il s’agissait de répondre à la politique de décentralisation prônée dans les années 90, mais dans les faits cela était plus une réponse à des exigences tribales. Il s’agissait aussi de répondre à la volonté de la conféderation des Ifoghas (Horizons nomades en Afrique sahélienne: sociétés, développement et démocratie- André Bourgeot) de consolider géographiquement et localement son pouvoir et d’administrer ses affaires localement. La ville de Kidal a  été sous la domination du pouvoir traditionnel de l’Amenokal, Intallah Ag Attaher, qui à son décès sera remplacé par son fils Mohamed ag Intallah membre du Hcua, en 2015.

Lors de toutes les rebellions, Intallah Ag Attaher jouera le rôle de médiateurs entre l’Etat malien et les différents groupes. En 2012, il changera de position pour soutenir dans un premier temps le Mnla, puis le HCUA.

La Région de Kidal est le fruit d’un découpage artificiel, au-delà de la ville, il n’y a plus d’État, pour y circuler, il faut s’appuyer sur la protection de tribus locales. Avec l’arrivée d’Aqmi, la situation va se détériorer. Profitant d’une absence absolue d’administration, la zone sera transformée en sanctuaire. Un marché de plusieurs milliards de francs CFA en trafic de tout genre va s’y développer sous la supervision de barons locaux.

La « Confédération des Ifoghas » est composée comme son nom l’indique d’Ifoghas (HCUA), des Imghad (GATIA) des Idnane (MNLA), des Chamanamas (MNLA puis HCUA) et de plusieurs autres tribus, et qui vivent dans la région.

La Confédération fut instaurée en 1909 par les français, qui ont désigné le Chef traditionnel des Ifoghas comme chef administratif de la zone de Kidal. Les colons pour plus de « simplicité administrative » installèrent pas moins de 60 chefs de tribus, tous placés sous la domination du Chef des Ifoghas.

Avant l’intervention française la confédération était considérée comme une tribu maraboutique assez pauvre, et qui payait un tribu aux Touaregs Iwilimiden de la Région de Ménaka, beaucoup plus puissant. Les bons rapports avec l’administration coloniale ont permis à la confédération de monter en puissance, et plus précieusement la tribu par le biais du Chef Attaher Ag Illi.

La « tribalisation » du conflit, s’observe au travers de la composition des groupes armés, où l’on s’unit par affinité tribale, groupes qui eux mêmes se positionnent par rapport à Bamako et selon les intérêts de sa tribu.

La crise malienne de 2011 a accentué les clivages au sein la confédération des Ifoghas, et a vu la montée en puissance d’une part du Groupe des Ifoghas, rebelles et d’autre part celui des Imghad plutot favorable à Bamako, qui se disputent  le leadership dans la Région de Kidal, et ceux pour plusieurs raisons.

  1. Comme rappelé ci-dessus, depuis le début de la colonisation, la zone de Kidal est considérée comme le fief de la tribu Ifoghas , ils y détiennent le pouvoir culturel et social. Ils sont regroupés majoritairement au sein du HCUA (ex-Ansardine), et la création de ce groupe au moment de l’intervention française avec la bénédiction d’Iyad Ag Ghali avait pour objectif principal de protéger leurs intérêts et la domination des Ifoghas sur la Région.

Pour le Mnla, la relation avec le HCUA est vitale, elle leur permet de se baser sur une alliance forte pour défendre leurs intérêts politiques. Ce groupe n’est pas à proprement dit concerné par les combats ethniques, cependant son accolage au HCUA, donc aux Ifoghas est vital. Au plus fort de la crise, que la communauté Chamanamas en partie a rompu avec le Mnla pour rejoindre Ansar Dine las de l’hégémonie Idnane sur le mouvement.

Pour le GATIA, il s’agit d’inverser les rapports de domination. En 1991, les Imghad de Kidal avaient créé l’Armée révolutionnaire de l’Azawad (Arla) mouvement rattaché aux Ifoghas de Kidal. La scission n’est apparue que lorsque le Chef du Gatia aujourd’hui Ag Gamou décide définitivement de ranger les armes, intègre l’armée avec ses hommes et combattra notamment Ibrahim Ag Bahanga (Ifoghas) en 2006 pour le compte de l’armée malienne.

  1. Kidal est le point de départ de toutes les rébellions du Mali, la Confédération des Imouchar présentes à Ménaka et Gao a souvent pris le train en marche, et par opportunisme plus que par réel irrédentisme.

Celui qui contrôle la Région de Kidal sera en mesure de contrôler les éruptions contestataires et c’est là un point de croisement entre les intérêts du gouvernement malien et celui du Gatia, c’est-à-dire priver les Ifoghas de leur fief, et de leur pouvoir « traditionnel » herité de la colonisation.

  1. Le partage du pouvoir est  au cœur des rivalités qui opposent principalement les Ifoghas et les Imghad. Les uns voulant conserver leur pouvoir, les autres voulant inverser le rapport de force. La mise en place des autorités intérimaires, et les probables élections à venir seront l’occasion de confrontations violentes si tout cela n’est pas gérer en toute intelligence.

La mise en place des AI doit se faire de manière consensuelle ce qui signifie qu’il y a une lutte pour les postes qui est engagée, aussi bien au niveau communale que Régionale. La fin de la période intérimaire doit déboucher sur des élections, et chaque camp se prépare pour obtenir le pouvoir.

  1. Le trafic en tout genre est aussi un des éléments de lutte pour le gain du pouvoir dans la région. Selon plusieurs informations mi-juillet un convoi suspect escorté par des hommes appartenant au Gatia aurait été intercepté par des hommes de la Cma aux environs de Tinzaouatène. Cet évènement a sans aucun doute contribué à hausser les tensions entre les deux mouvements à Kidal.

La constitution de milices armées sur bases tribales, n’est pas nouveau au Mali, on peut même au regard du passé affirmer que cela a été beaucoup plus soutenu jadis. Si le gouvernement a pu par le passé tirer profit de ces division internes, cela n’est pas pour favoriser le processus de paix ni la mise en Œuvre de l’Accord. Preuve en est que l’accord dit d’Anéfis signé fin 2015 en marge de l’Accord d’Alger, a supplanté ce dernier sur plusieurs points. Or toutes les questions relatives au conflit aurait dû être réglées selon les dispositifs prévus par l’Accord d’Alger.

On observe également un divorce entre les dirigeants des mouvements et les hommes sur le terrain engagés dans une lutte territoriale pour les raisons citées ci-dessus. L’Accord apparaît de plus en plus comme une couverture, et non comme une solution à la résolution du conflit. Pour preuve, les parties plutôt que de se référer encore une fois à L’accord ont fait le choix de se rendre à Niamey en Juillet 2016 pour tenter de résoudre les crispations issues du partage du pouvoir dans la ville de Kidal. Les accords dans l’accord entretiennent l’instabilité, qui profite aux terroristes et à ceux qui dans les deux camps ont intérêt à ne jamais voir cet accord mis en œuvre.

Le rôle du gouvernement n’est pas à négliger dans cette crise, au contraire la solution ne peut venir que de lui et ceux par plusieurs moyens :

  1. Le Gouvernement doit sortir de sa position de « déresponsabilisation » et prendre le processus en main, de manière vigoureuse et proactive, plutôt que de subir les événements. Pour cela il doit assumer le leadership de la mise en œuvre. En cela la nomination du Haut représentant du Chef de l’État pour la mise en œuvre de l’Accord, Mr Diagouraga est une bonne chose. Cela annonce peut être la prise en main par l’exécutif du processus.
  2. Le Gouvernement doit identifier des mesures clés à mettre rapidement en œuvre, il s’agit notamment de l’effectivité du cantonnement, du DDR et de l’intégration. Plus il retarde plus le risque d’implosion est élevé. Une fois ces tâches accomplies, l’administration doit faire son retour sans conditions dans toute la région de Kidal en toute neutralité et promouvoir la bonne gouvernance et l’État de droit.
  3. L’État doit imiter ce même comportement pour les Régions de Taoudéni et Ménaka qui ont été créées sur des bases tribales comme jadis l’a été celle de Kidal. Les racines du même mal qui ronge Kidal y sont présentes, et on pourrait rapidement se trouver débordé par des conflits qui naîtraient dans ces régions autour du partage du pouvoir.

Tant que l’insécurité régnera, et qu’il n’y aura pas d’État chaque individu se réfugiera derrière l’entité composée la plus cohérente c’est-à-dire la tribu.

La crise de 2011 a réveillé les anciennes crispations propre à la confédération et au partage du pouvoir opéré autrefois par le colon français. Si on n’écoute le discours des acteurs et notamment du Gatia, ces derniers affirment que les Français soutiennent les Ifoghas comme pour dire qu’ils sont dans un combat qui dépasse le cadre du conflit malien à proprement dit.

Attaque (s) de Nampala: même scénario, même résultat

L’attaque de Nampala perpétrée probablement par la Katiba Macina du Groupe ansardine avec la  collaboration possible de certains groupes armés récemment crées dans le centre du pays nous amène à nous poser des questions légitimes sur la menace et les voies de ripostes mais surtout les dysfonctionnements au sein de l’armée.

On le savait à l’aube de l’intervention française en 2013, que les différents groupes armés terroristes, ne tiendraient pas les villes et qu’ils les abandonneraient pour se lancer dans une guerre asymétrique, une guerre d’usure.

On leur connaissait plusieurs repères, les deux plus importants étant les massifs montagneux au nord et à l’est de Kidal, mais aussi la forêt du Ouagadou, à la frontière mauritanienne. Ces zones ont été investies et occupées par Aqmi dès les années 2000, et malgré les différentes opérations maliennes et mauritaniennes, puis françaises, cette zone demeure difficile à contrôler.

Depuis maintenant une année, le centre du pays est entré à son tour en ébullition, profitant du désamour entre les populations et l’armée, plusieurs groupes , ont tenté de s’y installer, ce sera le cas pour Ansardine, dans sa volonté de frapper sur l’ensemble du territoire.

Aujourd’hui il y a un « no man’s land » de fait, une zone qui échappe à tout contrôle partant des environs de Koro à Bassikenou en Mauritanie. Cette zone est occupée par diverse Groupes, tous avec des objectifs propres.

Certains sont des groupes dits jihadistes, d’autres sont créés de manière opportune dans le but de participer au processus de DDR, comme c’est le cas du Mouvement de défense de la Patrie, qui après avoir rejoint la Plateforme, a annoncé avoir déposé les armes. Autre groupe présent dans la rejoint et ayant revendiqué l’attaque de Nampala, l’Alliance pour la sauvegarde de l’identité peule, un groupe récemment crée  qui entend « protéger la communauté peule des exactions de l’armée malienne ».

La zone a toujours été sensible, elle a été par le passé théâtre d’affrontements violents entre sédentaires (agriculteurs) et nomades (pasteurs). La fracture du pays en 2 de 2012 à 2013 a accentué cet antagonisme, et les groupes armés ont su profiter de cette situation en offrant aux nomades protections contre les sédentaires.

La situation s’est empirée lors de la reconquête du nord, et les nombreuses exactions commises contre les populations nomades accusées d’avoir été le soutien actif des groupes armés terroristes. Ce sentiment d’exclusion, et la répression violente et silencieuse contre ces populations a facilité l’installation et le développement de Groupes.

L’attaque contre le camp de Nampala, peut surprendre par l’ampleur des dégâts et le nombre élevés de victimes militaires (17 morts et 35 blessés). Cette garnison n’en était pas à sa première attaque, et toujours avec le même mode opératoire.

Le 5 janvier 2014 déjà, la ville de Nampala avait  été  attaquée et prise pendant quelques heures par les terroristes; 11 militaires maliens seront tués, les autres prenant la fuite en direction de Diabaly. Dans la nuit du 6 au 7 janvier, la localité de Djoura était à son tour attaquée, dans la région de Mopti. Le 16 janvier, Ténenkou  après des combats qui font 10 morts.

On estime à plus de 500 le nombre de soldats morts depuis 2013, et on ne recense pas moins de 115 incidents sécuritaires depuis 2015. Pas une semaine de répit pour les forces armées maliennes qui sont harcelées sur tous les fronts, en patrouille comme dans leurs camps.

Si l’on s’accordait pour dire que l’armée malienne était  relativement faible en 2013, pour faire face à la coalition de groupes armés, rien ne semble avoir réellement évolué depuis le début des formations EUTM, et la supposée restructuration de l’armée malienne entamée par les autorités.

Bien malin celui qui pourra vous dire avec exactitude le nombre de soldats et de matériels déployés sur le terrain. Non pas que cela soit un secret d’Etat, les problèmes organisationnels présents dans l’armée malienne constitue l’une de ses pires faiblesses. Aujourd’hui vous avez des zones où l’on vous dira qu’il y a 300 éléments déployés, mais dans les faits il n’y en aura à peine une centaine.  Les informations sur le matériel comme sur les hommes correspondent rarement à la réalité. Ce qui fait qu’il y a de nombreuses zones au nord où l’armée est supposée être en nombre, alors qu’elle serait plutôt en sous-effectif.

L’armée souffre toujours des mêmes maux qu’en 2011, c’est-à-dire le népotisme, la corruption et une hiérarchie parfois dépassée par l’ampleur de la tâche à relever

Autre difficulté: Que fait-on avec la quantité de renseignements recueillis ? Dès le jeudi au soir, des informations faisaient état d’un regroupement d’hommes dans cette zone, on pouvait donc s’attendre à une action d’éclat de la part des groupes. Il semblerait que ces informations recueillies n’est pas donné lieu à des précautions particulières.

La Mali a certes écrit sa loi de programmation militaire, bénéficie de l’appui de la communauté internationale, mais n’a toujours pas analysé la menace à laquelle il est confronté et ne semble pas vouloir faire évoluer son dispositif de défense. Et c’est là le problème, les Famas sont organisées comme s’il s’agissait de répondre à une menace conventionnelle.

Les famas ont besoin d’être formées pour faire face à la menace spécifique, le renseignement a besoin d’être renforcé à ce niveau, il faut développer une intelligence dans la chaîne logistique et favoriser la mobilité des forces. Tout ceci ne semble pas être au programme. On se base toujours sur plus de recrutement et plus de matériels. Cela est la seule réponse en cours en témoigne le Conseil de défense, où on a promis encore et toujours des moyens supplémentaires.

Enfin il faut rebâtir la confiance entre les Fama et les populations locales, pour cela il faut améliorer la gouvernance au sein des Fama, fixer un cap avec des objectifs clairs et mettre les moyens adéquats en face.

Hélas on peut dire que l’armée en tant qu’institution est à l’image de toutes les institutions du pays, sans cap, sans leadership, en autogestion. Malheureusement elle a subit les conséquences tous les jours, et paye très cher le prix des errements du politique.

 

Paix et défiance

Notre culture est en même temps une fierté et un lourd fardeau. Elle nous impose le pardon perpétuel, et l’effacement des erreurs commises pour dit-on promouvoir l’entente cordiale. Ainsi sans s’en rendre compte, nous faisons la promotion de l’impunité et de l’irresponsabilité, en prétextant appartenir à une vieille civilisation…la pilule passe ainsi mieux.
Cette pilule anesthésiante fait passer le bourreau pour un incompris et la victime pour celle qui veut briser l’harmonie sociétal. Le pardon sans conséquence a vécu, et ça ne marche plus.
La pilule anesthésiante n’a plus d’effet, ni à Bankass, ni à Koro, Tenenkou, Gao, Kidal. Les délégations de  4*4 V8  dans les villages, avec chefs de village, griots, imams, Gouverneurs, Ministres ne ramèneront pas le calme dans les cœurs.
La paix ne s’obtient pas sur des malentendus, la première victime d’un conflit c’est la vérité dit-on, il faut donc rétablir les faits, et remettre les populations dans leurs droits.
Ce qui se passe à Gao donne quelque part raison à la CMA qui souvenons nous avait souhaité consulter sa « base » avant de signer l’Accord.
La paix prend du temps, peut-être le Gouvernement aurait-il du prendre le temps, d’organiser des débats publics sur l’Accord, de le faire adopter à l’AN et ainsi lui donner une portée nationale.
S’il est probable que la Communauté internationale a pu quelque peu tordre la main aux acteurs pour une signature rapide, il n’en reste pas moins que c’est un accord entre maliens et qu’on aurait du d’une manière ou d’une autre impliquer les populations.
Les révoltes de Gao ou Kidal, démontrent bien que les populations sont réfractaires non pas à la paix, mais à l’application d’un Accord situé dans une sphère qui leur échappe.
Hier ces populations dénonçaient la centralisation du pouvoir, aujourd’hui elles dénoncent la centralisation de la mise en oeuvre de l’Accord. Il ne s’agit pas que d’une défiance vis à vis de l’Accord, mais aussi d’une défiance envers les acteurs et la manière dont cet Accord est mis en oeuvre d’une façon générale.

Crise autour des autorités intérimaires et de la nouvelle architecture institutionnelle du Mali

L’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger dans son annexe 1 prévoit  « la mise en place, le cas échéant et au plus tard trois mois après la signature de l’Accord, des autorités chargées de l’administration des communes, cercles et régions du Nord durant la période intérimaire. Leur désignations, compétence et modalités de leur fonctionnement seront fixées de manière consensuelle par les parties prenantes».

C’est de cette disposition que sont nées lesdites autorités intérimaires, qui près d’une année après la signature de l’Accord peinent à être mise en place de lanière consensuelle.

Pour cela le Gouvernement a dû modifier le Code des Collectivités territoriales, et a pris le Décret N°2016-0332/ P-RM du 18 mai 2016 fixant les modalités de mise en place des Autorités intérimaires.

S’en suivra un protocole d’entente signé entre les parties signataires de l’Accord pour la mise en place des Autorités intérimaires le 20 juin 2015.

L’entente signée entre le Gouvernement et les parties, les engage surtout devant la Communauté internationale et reprend essentiellement les éléments figurant dans le Décret et la Loi.

L’Autorité intérimaire doit être chargée de l’administration provisoire d’une collectivité territoriale dans l’attente de la mise en place d’un conseil élu. L’objectif étant de  de garantir la continuité de l’administration dans les Collectivités territoriales.

 La mise en place d’une Autorité intérimaire se justifie par : la dissolution du Conseil de la collectivité territoriale ; la démission de tous membres d’un Conseil élu ; l’annulation devenue définitive de l’élection de  tous ses membres ; l’impossibilité de constituer le conseil de la collectivité territoriale, la non fonctionnalité du Conseil de la Collectivité quelle qu’en soit la cause.

Le non fonctionnalité d’une collectivité est  constaté lorsqu’il est établi par le Représentant de l’Etat que sur une période de 12 mois, l’Administration locale n’offre pas de services aux usagers, et/ou que le Conseil n’a pas tenu au moins 2 sessions.

En l’espèce depuis l’intervention Française en Janvier 2013 l’immense majorité des Collectivités territoriales du nord ont continué à travailler dans une forme de « normalité ».

Donc contrairement aux slogans çà et là il n’a jamais été question de remplacer tous les Conseils élus au Nord par des autorités intérimaires. Cela reviendrait à largement violer la Loi.

Cette disposition présente dans l’Accord n’avait pas pour objet le partage du pouvoir, mais d’assurer la continuité des services sociaux dans les zones où l’Etat n’était plus présente mais où les groupes armés était présent. L’idée était que les 3 parties ensemble contribueraient à créer les conditions de retour des réfugiés et déplacés dans ce zones grises.

Le mandat des élus locaux a été prorogé à plusieurs reprises, et parallèlement le Gouvernement travaille sur le Projet de loi sur la libre administration, une modification du code électorale et du code des collectivités territoriales ainsi que de la Constitution pour pouvoir prendre en compte les dispositions prévues par l’Accord.

Le timing de mise en place des AI est mauvais, le Gouvernement à tarder à agir sur ce dossier, et a créé des méfiances. Les élus comme les populations ont l’impression que le partage de pouvoir au niveau des Collectivités territoriales a été fait après des petits arrangements d’arrières boutiques.

Aujourd’hui il parait très compliqué d’organiser des élections avant la modification de la Loi électorale et du code des collectivités territoriales, or c’est un travail difficile à accomplir, de plus l’Opposition a d’ores et déjà boycotté la Commission chargée de la relecture de la Loi électorale.

En réalité l’Accord modifie tout l’architecture institutionnelle du Mali (Création du Sénat, Régionalisme etc…) et le Gouvernement semble manquer de leadership pour mener à bien ce travail. Il semble plus que jamais nécessaire de sortir du schéma de discussion ‘Gouvernement-CMA-PFM pour impliquer les populations locales.

A force de vouloir négocier dans les couloirs, la régionalisation préconisée par l’Accord laisse peu à peu place au régionalisme, chaque communauté se méfiant des parties à l’Accord se lance dans des revendications régionalistes et des manifestations communautaristes.

La violente manifestation de ce jour à Gao (4 morts et 31 blessés) illustre malheureusement cette mauvaise manière de mettre en oeuvre l’Accord. Les revendications contre les Autorités intérimaires et la politique de DDR démontrent à souhait qu’il faut marquer une pause et prendre un chemin plus ouvert et consensuel.