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Mali: nos challenges méritent des réponses structurelles

Les contestations politiques au Mali mises en exergue par les manifestations de ces dernières semaines sont un épisode de plus dans l’histoire tumultueuse du Mali. Il serait dommageable de ne pas affronter ces défis et de nous contenter de mettre la poussière sous le tapis et faire l’autruche. Pour trouver des solutions à cette énième épisode nous devons à mon sens prendre en compte sa dimension certes hautement politique, mais également une économique, qui est le grand absent des divers débats actuellement en cours.

Il est important sur le plan politique d’interroger le processus de consolidation démocratique au Mali. Les critères d’évaluation sont nombreux, on peut retenir l’ancrage de l’Etat de Droit, une bureaucratie fonctionnelle et l’absence de clientélisme institutionnel. Partant de là il est aisé pour chacun de constater des failles dans l’émergence d’un Etat de droit, la présence d’un clientélisme institutionnel et des difficultés pour la mise en place d’une bureaucratie efficace permettant de mettre en œuvre la vision des pouvoirs publics. Nous pouvons donc arriver à la conclusion que la consolidation démocratique a connu des ratés depuis 1991.

On remarque par ailleurs, dans le détail que les Institutions se sont recroquevillées sur elles-mêmes ne servant plus que les intérêts de petits groupes et se coupant des populations. Cela a conduit à une situation de contestation forte au cours de la dernière décennie. A cela est venu se greffer en toute logique l’affaissement de l’Etat que certains qualifient de faible, fragile ou de faillit. Ce qu’il faut retenir c’est qu’il ne remplit plus son rôle régalien.

Sur le plan économique le « Plan de développement économique et social » (PDES) du Président ATT ou encore la politique socialiste du Président Alpha Oumar Konaré se sont heurtés à plusieurs défis aussi bien internes qu’externes. Sur le plan interne ces politiques ont été plombées par un manque de vision et une définition claire des objectifs à atteindre, ainsi que par la corruption et la mauvaise gouvernance. Sur le plan externe nous avons été entrainés dans un cycle de libéralisation et de mise en pratique de politiques décidées par des technocrates à Washington apposant des recettes inadaptées à notre économie.

Ainsi nous avons basculé dans la désindustrialisation, la destruction d’emplois stratégiques et l’ouverture de nos marchés sans filet de sécurité pour les producteurs locaux. La conséquence est que nous ne parvenons pas à réduire le chômage des jeunes, à faire émerger une classe moyenne (capable d’influencer positivement la politique nationale) malgré des chiffres macroéconomiques flatteurs.

Ainsi si nous amoncelons des défis politiques caractérisés par un déficit d’institutionnalisation et des défis économiques caractérisés par un manque de vision stratégique et de résultats en matière de lutte contre la pauvreté et le chômage insuffisants.

Il est difficile pour le moment de savoir quelle sera l’issue de cette énième crise, mais il est impératif que nous apportions des réponses à ces défis pour continuer à exister en tant que pays et pour aller vers la construction d’un avenir commun. Répondant à la fois à la crise politique et économique nous participerons à apporter une réponse à la crise sécuritaire.

Ce travail de réflexion et de reconstruction profond doit aboutir à une doctrine solide identifiant des objectifs clés en fonction des moyens locaux. Il doit être porté par les intellectuels, la société civile, les leaders religieux, coutumiers mais aussi par les hommes politiques. Il ne doit souffrir d’aucune instrumentalisation politique, les enjeux étant cruciaux.

Nos challenges méritent des réponses structurelles.

Edito: Répondre à la crise sociale et économique pour sortir par le haut.

Le 19 juin 2020 pour la seconde fois plusieurs milliers de maliens étaient sortis à l’appel du Mouvement du 5 juin (M5) regroupant des associations religieuses et des hommes politiques de divers bords. Alors que le Président de la République avait ouvert la voie à un dialogue avec la « rue » lors de ses deux sorties du 7 et du 9 juin 2020 , les positions se tendaient à l’Assemblée nationale, où son Président traitait le 17 juin 2020, les manifestants de « jihadistes » alors qu’un autre député accusait la rue de « déconner » et parlait de « décapitation ».

Il faut dire que la pression monte drastiquement et que les manifestants continuent à placer la barre assez haut en réclamant toujours, la démission du Président de la République, ce qui conduirait à reconnaître une vacance du pouvoir conformément à l’Article 36 de la Constitution. Dans le même temps, ils réclament une dissolution de l’Assemblée et de la Cour Constitutionnelle (CC). Ces conditions préalables à une sortie de crise proposées, peuvent conduire à la suspension de la Constitution et la mise en place d’une autorité transitoire, voire d’une Constituante.

A mon sens il faut accepter de dépasser à présent le cadre des querelles juridiques, en effet les manifestants ici réclamant le départ du Président expriment avant tout un ras le bol général. La situation économique est peu reluisante malgré les chiffres macroéconomiques, la lutte contre la pauvreté est handicapée par plusieurs facteurs dont la démographie, le conflit armé, mais aussi, par un manque de vision politique. Il faut ajouter à cela le fait que la parole publique ne soit plus jugée comme crédible et que la confiance ne règne plus entre dirigeants et dirigés.

Les leaders du M5 ont bien saisi cette frustration des populations et appuient là-dessus pour mobiliser au maximum et ratisser large. Étrangement, les membres de la majorité installés dans une posture de défense des Institutions ne font pas la même analyse et s’arc-boutent sur ces positions. Or ce qui est remis en cause par la rue c’est la répartition des richesses, la politique économique, sécuritaire, l’éducation, le manque de perspectives, et c’est là où il faut apporter des réponses structurelles. Le peuvent-ils encore là est la question.

Mais cette position n’est pas pour autant surprenante, la majorité peine à communiquer son bilan aux populations, chose qui aurait permis d’ériger une première ligne de défense. En effet La situation sécuritaire ne s’est pas vraiment améliorée, la situation économique non plus et que dire de la situation sociale avec des crises à répétition à l’hôpital et à l’école. A contrario le Président semblait l’avoir bien compris et dans une stratégie de désescalade il s’était empressé d’apporter une solution à la crise des enseignants en début de semaine dernière demandant l’application de l’Article 39. Il était déjà trop tard et paradoxalement cela semble avoir galvanisé les manifestants sentant le vent tourner en leur faveur et la possibilité d’obtenir plus en continuant le combat.

Aujourd’hui les positions peuvent sembler irréconciliables mais des pistes de sortie de crise existent et consistent à redonner espoir aux maliens, redonner foi en l’avenir, promouvoir la justice sociale, l’équité, la méritocratie, et surtout « libérer l’économie ».

Ne nous y trompons pas, remplacer Pierre par Paul n’est finalement qu’anecdotique et comme en 2012 ce pays a besoin d’un traitement de choc pour inverser les tendances.

George Floyd: l’Afrique au secours de sa diaspora?

Le 25 mai 2020 à Minneapolis 4 policiers écrasaient de tout leur poids et ce pendant près de 9 minutes le corps de George Floyd, afro-américain, qui en perdra la vie. Ces agissements indignes, leur répétition et les propos outrancier du Président Trump ont révolté au-delà même des frontières des USA et provoqué des manifestations à travers le monde pour que cesse les discriminations et le racisme dits « systémiques » à l’égard des minorités.

Mort de George Floyd : l'émotion et la colère du commerçant qui a ...

Le 29 mai 2020 par un Communiqué le Président de la Commission de l’Union Africaine (UA) Moussa Faki Mahamat condamnait le meurtre de George Floyd et appelait les Etats-Unis à mettre fin aux discriminations à l’égard des minorités. A sa suite plusieurs Présidents Africains se sont exprimés sur le sujet, poussant les Ambassades américaines à sortir de leurs réserves coutumières.

Le 12 juin 2020 par lettre, le groupe des pays africains au Conseil des Droits de l’Homme a demandé à la présidente un débat urgent sur les violations des droits de l’homme motivées par des considérations raciales, sur le racisme systémique, les violences policières et celles contre les manifestants pacifiques.

La Diaspora comme sixième région du Continent

Cette position des pays africains et de l’UA peut à première vue paraître singulière, après tout George Floyd était américain et n’avait probablement pas de liens remarquables avec l’Afrique. L’explication se situe sans doute dans le fait que la Commission de l’Union africaine définit la diaspora africaine comme l’ensemble des personnes d’origine africaine vivant à l’étranger, c’est-à-dire hors du continent africain. C’est ainsi que depuis 2003 à l’initiative du Sénégal la Diaspora est considérée comme la sixième région d’Afrique (RÉSOLUTION SUR LA DIASPORA Doc. Assembly/AU/14(XVIII)Add. 3). L’idée est que ces diasporas dont on estime le nombre à 350 millions d’habitants, souhaitent contribuer au développement du continent ainsi qu’à la construction de l’Union africaine.

La création de la sixième région en 2003 et le positionnement actuel de l’UA répond ainsi à une idée phare du panafricanisme qui est de dire que les afro descendants ont vocation à retourner sur le continent ou sinon contribuer à son développement

Cette réaction tardive répond à un impératif , en effet plusieurs études sociologiques démontrent que ces diasporas sont victimes de discriminations et des violences policières dans plusieurs pays occidentaux. En France par exemple un jeune noir ou arabe a plus de difficultés à trouver un emploi, un logement et se fait plus contrôler par la police (Petit, Pascale, Emmanuel Duguet, et Yannick L’Horty. « Discrimination résidentielle et origine ethnique : une étude expérimentale sur les serveurs en Île-de-France », Économie & prévision, vol. 206-207, no. 1, 2015, pp. 55-69).

Face à ce mouvement social mondial, l’UA ne pouvait donc rester silencieuse et devait prendre position d’autant plus que depuis 2003 peu de progrès ont été réalisés dans la matérialisation de cette 6ième région. Les sorties de ces dernières semaines sont sans doute l’occasion de remettre sur la table ce sujet et de rappeler que la diaspora au sens large constitue une richesse pour le continent sur le plan diplomatique, financier et intellectuel.

Un positionnement fragilisé par le renforcement des autoritarismes

Cette position de défenseurs des droits humains et plus particulièrement des droits des minorités se heurte cependant aux comportements observés sur le Continent. Les lois liberticides se multiplient avec un renforcement de régimes autoritaires qui tentent de museler les réseaux sociaux et les journalistes. Au Niger c’est la journaliste Samira Sabou qui sera incarcérée pour un commentaire sur sa page Facebook au début du mois de juin 20 (https://www.voaafrique.com/a/les-organisations-d%C3%A9fense-de-la-libert%C3%A9-de-la-presse-se-battent-pour-la-lib%C3%A9ration-de-samira-sabou/5460741.html). En Guinée, au Togo, au Congo des violences ont émaillé les différentes manifestations politiques. Sur ces cas la position de l’UA est apparue bien timide et celle des Chefs d’Etat peu motivée.

De plus, les nombreux conflits sur le Continent ont donné lieu à des réponses parfois brutales des Forces de défense et de sécurité causant de nombreuses victimes chez les civils. Ainsi les Organisations de défense des Droits humains ont documenté près d’une centaine d’exécutions sommaires de la part des armées locales dans le sahel au cours d’opération antiterroristes dans le 1er trimestre de 2020 (https://www.dw.com/fr/des-ex%C3%A9cutions-extrajudiciaires-commises-par-les-arm%C3%A9es-du-sahel/a-53763410).

Enfin il faut noter qu’au cours de l’année que la Cour Africaine des Droits de l’Homme a fait l’objet d’attaque de la part de plusieurs Etats qui ont fini par se retirer de cet organe sous-régional, la fragilisant par la même occasion (https://beninwebtv.com/2020/06/droit-de-lhomme-reponse-du-president-de-la-cour-africaine-aux-commentaires-sur-linstitution/).

Malgré ces bémols il apparaît important pour l’UA et les Chefs d’Etat africains de faire entendre leurs voix sur des sujets qui touchent la communauté mondiale. Dans un monde de plus en plus va-t-en-guerre, avec l’émergence de pouvoirs aux visées hégémoniques et les immixtions multiples de puissances dans les affaires locales africaines, il était important d’affirmer une position de principe et d’obtenir un débat sur ce sujet. Cette posture pourrait également avoir le mérite de renforcer les liens entre les diasporas et le Continent, un lien important comme mentionné ci-dessus, à condition que l’on dépasse la posture et que l’on s’engage dans une réelle politique de mise en valeur de cette diaspora.

Enfin, il importe aussi pour les pays africains de combattre ces maux sur le plan local et à l’UA de réagir avec plus de fermeté face aux divers compromis avec les droits fondamentaux et l’Etat de Droit sur le Continent.

Les accords de partenariat économique: un danger pour l’essor du Continent

En l’an 2000 a été adopté l’accord de Cotonou en remplacement de la convention de Lomé qui datait de 1975. Il s’agit du cadre général dans lequel s’inscrivent les relations entre l’UE et les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP). Cet accord qui s’articule autour de 3 piliers (développement, économie et politique) vise ambitieusement à réduire la pauvreté et favoriser l’intégration des pays ACP dans le commerce mondial, devait initialement expirer en février 2020. C’est ainsi que le 22 juin 2018, un mandat de négociation a été adopté par le conseil de l’Europe pour la mise en place d’un nouvel accord devant s’étendre jusqu’en 2030 ou 2040.

Selon Robert Dussey homme politique togolais et négociateur en chef pour l’Afrique, « les priorités stratégiques du prochain accord sont l’édification de sociétés pacifiques et stables, centrées sur l’être humain et fondées sur le respect des droits de l’homme, la paix et la sécurité ; le développement humain et social ; le développement et la croissance économique inclusifs et durables ; la durabilité environnementale et la prise en compte du changement climatique ; la migration et la mobilité».

Il convient de noter par ailleurs que l’Accord de Cotonou a été le lieu d’affrontements idéologiques forts entre les tenants d’une libéralisation effrénée et des mouvements plutôt altermondialistes qui y voient les germes du néocolonialisme économiques. Compte tenu de ces oppositions historiques qui reprennent les canaux des confrontations habituelles nées de la décolonisation, il est curieux de constater le manque de débats publics au sujet de sa renégociation.

Sur le plan politique l’Accord entendait prétentieusement faire émerger des régimes démocratiques respectueux des Droits de l’Homme, il était d’ailleurs prévu par aux articles 96 et 97 l’application d’un régime de sanction pour les pays enfreignant les règles. Il entendait ainsi consolider la démocratie née des périodes de transition des années 90.

Un succès mitigé donc, en effet 20 années après la période des « conférences nationales » force est de constater que le Continent africain a été le lieu de la normalisation des autoritarismes modérés avec un respect pour les règles démocratiques borné aux apparences. Les Institutions des pays membres de cet accord ne se sont pas renforcées bien au contraire, elles font l’objet d’une remise en cause permanente par les populations, leur reprochant d’être surtout le lieu d’expression du clientélisme et de l’accaparement des biens publics et non de satisfaction des besoins fondamentaux, ce qui devrait être leur mission première. Par ailleurs on aura noté la faculté du système global à fermer les yeux sur les entorses à la bonne gouvernance démocratique en fonction des intérêts sécuritaires et notamment au nom de la sacro-sainte « lutte contre le terrorisme ».

Fondamentalement, l’interrogation doit porter sur la vision démocratique adoptée par les pays de l’UE qui connaissent eux-mêmes des contestations internes fortes de leurs modèles, mais qui tendent à le présenter comme universel. Ce modèle présenté comme exportable produit ses propres crises depuis 60 ans dans des Etats fragiles, pourtant nul ne le remet en cause.

Sur le plan économique et commercial, le bilan est tout aussi contestable, on note que la libéralisation de pans entiers de l’économie à travers les Accords de partenariat économiques n’a pas été profitable au développement du marché intérieur et intrarégional. Or le développement d’un marché interne est un facteur clé de développement économique contribuant à l’émergence d’une industrie capable de répondre à la demande et de prendre en charge l’arrivée de nombreux jeunes sur le marché du travail.

Or la suppression de droits de douanes ne permet pas à ces Etats de protéger leurs producteurs locaux, ces derniers faisant face à la concurrence des producteurs européens qui sont plus compétitifs.  Cela a également des conséquences sur le plan interrégional où les échanges commerciaux entre les pays de la même zone se retrouvent limités du fait de l’arrivée de produits de la même gamme provenant de l’UE. A titre d’illustration un producteur malien qui voudrait exporter au Bénin se retrouverait en concurrence avec un producteur européen bien plus compétitif. La réduction des débouchés ne permettra pas au producteur malien de prospérer, de créer des emplois, de la valeur ajoutée…

Dès 2007 les regroupements d’industriels s’opposaient à la concurrence qu’ils allaient devoir subir et mettaient en garde contre les effets néfastes que ces accords allaient provoquer sur le tissu industriel. Il en est de même pour les organisations paysannes qui faisaient alors remarquer que les producteurs européens bénéficiant de subversions allaient inonder le marché africain de sous-produits bien plus compétitifs et ainsi limiter leur développement.

Les accords de partenariat économique constituent donc un frein au développement des marchés internes et des marchés régionaux, cela a un impact sur l’essor économique du continent. C’est un coup dur pour l’industrie qui est un secteur qui génère des externalités positives et contribue au changement structurel, capable de créer des emplois, développer la demande, augmenter le pouvoir d’achat, conduire à ce que l’on appelle communément l’émergence. C’est aussi un frein à la souveraineté alimentaire, dans un continent où des millions de gens ne vivent que d’aides d’ONG….

Il convient donc dans le cadre des renégociations de mentionner que les accords commerciaux ont essentiellement été bénéfiques pour les producteurs européens. Ces derniers comptent sur ces accords pour résister aux nouveaux acteurs comme la Chine qui convoitent les mêmes marchés. Les producteurs africains pour certains ont pu bénéficier de ces accords et exporter leur production mais à quel prix ? Celui de l’amenuisement du tissu productif local, un drame lorsque l’on parle de réduction de la pauvreté.

Les pays africains doivent promouvoir le libre-échange et le développement du marché régional avant de procéder à son ouverture sans contraintes aux pays de l’UE. Une politique d’investissement dans les infrastructures (route, électricité, numérique) est primordiale en ce sens. Bâtir une société plus juste et équilibrée ne se décrète pas dans des accords politiques et économiques, mais par une politique globale décidée par les africains, et au sein de laquelle l’UE peut être un partenaire clé et non un chef d’orchestre.

Aujourd’hui l’Afrique attire toutes les convoitises, il revient aux Africains de prendre conscience de leurs atouts et de les mettre en valeur. Entérinons l’échec de l’aide au développement. Enfin il est important sur le plan politique d’inclure les organisations patronales, les syndicats et les sociétés civiles africaines dans le processus de renégociation, car ces accords ont des impacts sur le long terme et engagent le devenir du continent.

Des systèmes politiques imparfaits

Le 19 avril 2020 s’est tenu le second tour des élections législatives au Mali, ce scrutin se déroule dans un contexte particulier sur le plan sanitaire et sur le plan sécuritaire. Après avoir été reporté à deux reprises et consécutivement aux conclusions du Dialogue national inclusif, le Gouvernement était déterminé à aller au bout du processus.  Alors que les résultats sortent au compte-goutte et que les citoyens maliens attendent de connaitre la configuration de la nouvelle Assemblée nationale, plusieurs enseignements peuvent d’ores et déjà être tirés sur le fonctionnement politique du pays.

Tout d’abord à l’instar de nombreux autres régimes en Afrique, le système démocratique malien est dit électorale. Cela signifie qu’il se caractérise avant tout par l’organisation régulières d’élections même imparfaites, par des Institutions donnant le sentiment de jouer leur rôle et par un système partisan relativement faible.

Lorsque l’on regarde de plus près le système partisan du pays on peut distinguer plusieurs types de partis politiques :

  • Les anciennes formations issues de la décolonisation;
  • Des partis issus des transitions démocratiques des années 1990;
  • Des partis satellites des deux premières catégories.
  • Et des partis minoritaires faiblement organisés dont les objectifs réels sont peu connus

Les principaux animateurs de la vie politique actuels sont issus de la transition démocratique de 1990. Les partis sont le fruit de la scission du parti hégémonique qui a dominé la politique malienne pendant 15 ans. Ces nouvelles formations se caractérisent par les éléments suivants :

  • Un « big man » il est l’homme fort du parti, président rarement contesté qui possède en général une fortune personnelle conséquente ;
  • Une gestion clientéliste qui assure une de discipline au sein du parti ;
  • Une faible démocratie interne malgré parfois un système de primaire ;
  • Une forte instabilité des cadres sujets à la transhumance politique.

On constate dès lors compte tenu des caractéristiques ci-dessus que l’idée pour les individus est de participer au jeu politique en étant soit dans le parti hégémonique, soit dans un parti où le système de redistribution est efficace. Cela garanti l’accès aux fonctions les plus importantes et nourrit un réseau de clientélisme important. Les individus naviguent donc au-delà des convictions vers les formations où leurs intérêts privés sont avant tout les mieux. La jouissance des biens publics construit ce système néo patrimonial et assure une redistribution des biens.

Comme pour illustrer ce qui précède, au cours de cette élection dans les 55 circonscriptions électorales du pays, on dénombre 39 listes anormales. On entend par liste anormale des listes composées de partis se réclamant de l’opposition et de la majorité. Cela signifie qu’au cours de la campagne des membres de l’opposition et de la majorité qui se sont affrontés pendant 7 années avec des interpellations et des motions de censure, ont défendu ensemble le même bilan qui les opposait.

De plus, ces pratiques ne semblent pas correspondre à des consignes nationales, tant les alliances entre partis de la majorité et de l’opposition sont disparates, mais répondent plutôt à des intérêts privés locaux.

Ainsi ces jeux d’alliances, on pourrait éventuellement voir à une assemblée nationale composée de Députés ayant été élus sur la même liste, ayant eu la confiance des populations, pour le même programme, s’affronter dans un futur proche. A moins que l’on ne se dirige pour finir vers une forme de consensus qui verrait les partis de la majorité et de l’opposition procéder à une redistribution des postes au sein du Parlement. Il n’y aurait donc pas de contrôle de l’action gouvernementale ou très peu, fondement même de notre modèle d’équilibre des pouvoirs.

Il est important de noter le faible taux de participation au 1er tour, cela doit être vu comme le résultat d’années de pratiques politiques, avec des hommes qui depuis 20 ans changent de discours et d’alliances tous les 5 ans.  Une vision volontariste voudrait dire que pour changer les choses, il faut voter, mais c’est méconnaître les dessous de l’abstention, dont le terreau est le divorce entre les élites, les institutions et le peuple. Le délitement de l’Etat de droit naît de ces pratiques, cela conduit à une perte de souveraineté. L’Etat ne remplit plus ses fonctions de manière optimale et laisse donc le champ libre à des organisations parallèles.

 Ainsi à la lecture des listes électorales, l’on peut voir en substance les causes profondes du délitement du système politique local et nationale. Les débat sur l’adaptation de la démocratie en Afrique sont vains ! Les africains n’ont pas découvert la Démocratie, l’Etat et l’administration en 1900, il en est de même pour le respect de la dignité de la personne humaine. Pour ce qui nous concerne le système a produit ses propres bugs fruit d’années d’errements consentis. S’agit-il de se réinventer, pensant qu’un système alternatif qui reste à inventer conduirait comme par magie à des changements de comportement ?

Covid 19: Vers un nouvel ordre mondial?

Alors que le décompte des victimes du COVID 19 au niveau mondial se poursuit, cette pandémie met à nu les fragilités des Etats. Les réponses politiques se maintiennent pour tenter de freiner l’évolution de la maladie et consécutivement à ces mesures sanitaires, des voix s’élèvent en Afrique pour demander la « révision » d’un système global, intégrant la question des relations entre le nord et le sud. Cela s’est exprimé par la profusion d’idées émanant de nombreux intellectuels africains.

A y regarder de plus près, il est communément admis que les rapports entre les Etats sont régulés par leurs attributs de puissance (poids militaire, politique, et économique) et pour l’instant la pandémie n’a pas remis en cause ces attributs permettant à de nouvelles puissances d’émerger. On suppose alors que le bouleversement demandé se baserait sur la bonne foi des dominants qui décideraient de bon cœur qu’ils seraient égaux des plus faibles. Une lecture bien candide des relations internationales donc.

Pour illustrer les rapports de force qui me paraissent bien ancrés à ce stade, il nous faut observer les jeux politique dans les grandes organisations internationales comme l’ONU/l’OMC, où la place des Etats africains restent marginales dans les prises de décisions. D’abord elles ne financent pas ces Organisations, mais en sont plutôt bénéficiaires, et si on de base sur l’organisation du commerce mondial, l’Afrique subsaharienne représente à peine 2% des échanges commerciaux au niveau mondial. Ainsi le Continent n’est pour le moment pas en mesure d’affirmer dans ces espaces d’expression politique sa souveraineté.

Il est par ailleurs intéressant dans le même temps, d’observer les nouvelles puissances qui émergent au niveau mondial comme la Chine, l’Inde et le Brésil, ces pays investissent massivement en Afrique, pas par bon cœur, mais parce que cela s’s’inscrit dans une politique globale de croissance et d’affirmation de leur rang de puissances mondiales. Le Continent est riche en opportunités et est un lieu d’affrontement entre les anciennes puissances et celles émergentes. Mais il n’est pas le lieu d’affirmation de la puissance des Etats africains. Ces derniers subissent donc globalement la politique mondiale sur leur propre sol. Il n’est donc pas incohérent d’affirmer, au regard de la situation mondial que les Etats d’Afrique subsaharienne, sont dans l’ensemble des Etats fragiles qui peinent à affirmer leur souveraineté depuis la fin de la colonisation. Leur souveraineté est sans cesse remise en cause par de nombreux intervenants, qu’ils soient étatiques ou privés.

De plus les différentes politiques mises en place par ces pays ou par les partenaires bilatéraux ont été des échecs. D’ailleurs, la comparaison entre les pays d’Afrique subsaharienne ceux d’Asie du sud est impitoyable, on constate qu’en moins de 40 ans il y a eu un véritable décrochage économique entre ces deux zones. Ceux qu’on appelle les « tigres » ou les « dragon », malgré des régimes politiques « imparfaits » ont massivement réussi leur transformation agricole et industrielle, quand en Afrique les dirigeants s’embourbaient dans des politiques de développement qui ont eu des résultats forts mitigés. Alors que les populations asiatiques sortent de la pauvreté en masse, qu’une classe moyenne émerge, l’Afrique peine à amorcer ce basculement et les vieilles recettes qui ont échoué continuent à être prisées.

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Un nouvel ordre mondial émerge autour de la Chine, la Russie, l’Inde, le Brésil, la Turquie et dans une moindre mesure l’Afrique du Sud. Les pays d’Asie du Sud-Est ne sont pas en reste, avec tous les bouleversements au niveau mondial, et le déplacement du commerce mondial vers la zone pacifique, ils seront en première ligne. Pour ces acteurs, s’implanter en Afrique et y concurrencer les puissances occidentales est primordiale, ne serait-ce que pour l’accès aux matières premières, mais pas uniquement, il s’agit aussi de gain sur le plan politique mondial. La question pour nous africains est de savoir comment tirer profit de ce nouvel ordre, comment faire en sorte de ne pas à nouveau être en marge.

 

Il convient donc de dire qu’un nouvel ordre mondial ne se décrète pas par des vœux pieux, des grands discours creux à Sotchi ou ailleurs, il se construit à travers une politique concrète avec des objectifs et des moyens.

La pandémie ne bouleversera pas l’ordre mondial et les rapports de forces se maintiendront, avec des pays d’Afrique subsaharienne qui dans leur globalité resteront en périphérie sur le plan politique.

Sur le plan économique, la tendance n’est clairement pas à l’apparition d’une agriculture performante soutenue par une industrie qui permettent d’absorber les 50% de personnes vivant avec moi de 1.25 dollars par jour, dans un proche avenir. Or ce sont là des pistes qui permettront à ces pays de jouer un rôle au niveau mondial, à défaut il demeureront des acteurs marginaux.

La politique de la santé au cœur de la pandémie Covid 19

Dans le cadre des politiques publiques, la mise en place de politiques comme celles de la santé sont primordiales. Elles s’inscrivent dans la concurrence entre les états qui cherchent à augmenter leur puissance au détriment de celle des autres. On considère ainsi qu’une population plus ou moins saine, féconde, malade, a un impact direct sur la puissance de l’état.

Un Etat qui se veut puissant doit donc avoir comme objectif d’augmenter le bien-être de la population en intervenant sur la manière dont la population s’alimente en agissant par exemple sur les prix de biens alimentaires primaires (pain), sur les politiques natalistes, en mettant en œuvre des politiques urbaines (hygiène publique), de santé publique, en permettant l’accroissement les flux de marchandises, en mettant en œuvre des politiques de vaccination… Le but de l’état est accroître la vie de la population. La vie devient un objet de politique publique.

De prime abord la santé relève de la chose privée, mais face aux enjeux de puissance et de pouvoir les Etats se sont impliqués à travers différentes politiques, et gardant en ligne de mire qu’une population en bonne santé avait un impact positif sur le développement des pays. Et c’est ainsi que le facteur de prévention de la maladie prend toute son importance, plutôt que de guérir on va d’abord essayer de prévenir la maladie, par des politiques d’assainissement, la recherche scientifique (vaccin), l’interdiction de la consommation de certaines substances.

En plus de l’hygiène public, les Etats vont agir sur la politique de l’enfant qui est considéré comme la force futur et qui doit donc croître dans des conditions saines (réduction taux de mortalité infantile) et enfin les Etats vont investir en masse dans la formation du personnel de santé, dans la recherche scientifique et les structures de soin.

Ce qui précède sous-entend donc que les Etats les plus faibles ont des systèmes de santé à priori fragiles quand les plus puissants ont des systèmes de santé plus robustes.

On constate au sein des Etats les plus fragiles, et ce depuis la fin de la période coloniale, une sous-traitance de la politique de santé matérialisées par la forte présence des Organisations non gouvernementales et la cohorte d’experts internationaux, dont l’ancien Ministre Français Bernard Kouchner est une  illustration frappante. Selon le livre de Pierre Péan « Le monde selon K », ce dernier aurait été rémunéré à hauteur de 2,6 millions d’euros pour un rapport de 107 pages sur le système de santé Gabonais (ici)? On suppose ainsi que dans ce pays, ou même au sein du Ministère de la santé, il n’y avait ainsi aucune personnalité à même de produire un tel rapport entrant parfaitement dans ces attributions et qui n’aurait donc nécessite aucune surcharge supplémentaire pour l’Etat.

Au final, par la multiplication des intervenants extérieurs,  les Gouvernements de ces Etats ont abandonné une partie de leur souveraineté et de leur objet de puissance à des structures occidentales et autres experts, ce qui serait inconcevable dans d’autres Etats  jaloux de leur souveraineté.

Ces errements globaux pourraient s’expliquer par une possible méconnaissance des enjeux liés à la santé par les gouvernants, mais surtout par l’émergence de régimes autoritaires mus principalement par la captation des deniers publics et ce au détriment de bien commun. Certes ces régimes se drapent des attributs démocratiques de la puissance mais leurs fonctionnement ne le sont pas.

On y trouve cependant un maillage de centres de santé, des centres hospitaliers universitaires,  mais ces structures se trouvent dans un dénuement total, avec un manque cruel de matériels et de personnels qualifiés. L’illustration est parfaite se trouve dans le fait que les plus aisés, ceux appartenant aux cercles proches du pouvoir voyageant en Business Class sur les vols Air France abondent dans les hôpitaux parisiens les plus huppés, connaissent les plus grands professeurs de santé qu’ils appellent évidemment par leurs prénoms comme pour rappeler une forme de familiarité. On a ses habitudes dans ces cliniques comme d’autres ont les leur au maquis du coin. Bien évidemment le tout rémunéré en liquide avec des fonds dont on se doute bien de la provenance.

La pandémie du Covid 19 met nos errements coupables, elle démontre avec force nos limites sur la plan matériel mais également humain et expose les dirigeants, les mettant face à leurs responsabilités. Il est tant évident que ce n’est pas au pied de cette pandémie que les retards accumulés depuis 50 ans seront rattrapés par un coup de baguette magique et cela appelle les populations bien conscientes de leur appareil de santé à prendre des dispositions personnelles pour se prémunir.

Ainsi l’après pandémie doit dans un premier temps adresser la question de la formation des médecins et chercheurs. Les universités de médecine sont débordées d’étudiants, et la qualité de l’enseignement s’est fortement dégradée, cela est lié à plusieurs facteurs, parmi lesquels le manque de matériel pourtant nécessaire. Il est également important de penser la recherche avec des investissements plus conséquents au niveau des organes d’intégration sous-régionaux

Concernant l’hôpital et les centre de santé, l’Etat doit pouvoir affirmer sa souveraineté et ne pas déléguer la santé des citoyens à des organisations internationales, la santé du peuple doit être au cœur des politique de développement économique, car la santé et la recherche participent entièrement la croissance économique. Ce sont des secteurs à fortes valeur ajoutée par la création d’emploi  et par les entreprises de sous-traitance qui interviennent.

L’Afrique dans son ensemble sera mise à rude épreuve et au terme de la crise il faudra que les sociétés africaines tirent les leçons à hauteur des défis. Les épidémies sont appelées à se reproduire et le temps entre deux périodes est de plus en plus réduit, il faut donc agir vite.

La mauvaise gouvernance, l’idéologie dominante de ces 40 dernières années.

Le Mali possède une population très jeune, 47% a moins de 20 ans, ce qui est un atout considérable, par rapport à d’autres pays plus développés, mais vieillissants. Cette jeunesse n’a pas connu la révolution de mars 1991, elle n’est pas non plus familière avec la pensée du père de l’indépendance Modibo Keita, ou d’autres figures comme Kwameh Nkrumah, Sékou Touré. Idem pour les figures historiques comme Samory Touré, El Hadj Oumar Tall, Mohamed Touré Askia etc…. Elle est une jeunesse mondialisée, qui vit à l’heure d’internet, notamment pour les plus urbanisés.

De la construction idéologique

Entre 15 et 30 ans, c’est la période où l’on se construit et affirme ses opinions, jadis c’était les thèses communistes-trotskystes étaient à la mode, on rejetait l’impérialisme postcolonial, et l’on considérait les sociétés socialistes plus justes, face au capitalisme.

De nos jours, on remarque un affaiblissement, voir une disparition des idéologies, les jeunes ne lisent plus autant que leurs ainés, et les grands penseurs africains, on moins d’influence que par le passé. Leur pensée, a peu à peu disparu laissant place à une pensée universelle, et à des sociétés uniformes, moins fracturées sur le plan idéologique.

Au regard de la tournure prise par les débats de société, et de la conception de la citoyenneté, on peut constater que cette génération souffre de cette mort progressive de ce que l’on peut appeler les « idéologies africaines ».

La mondialisation des idées, un frein à l’émancipation?

On peut considérer comme « idéologie africaine », une interprétation du monde ou de sa propre situation, c’est-à-dire un ensemble d’idées sur la structure de la société, ses conflits et ses modes de résolution de crise. Il s’agirait donc de prendre en compte les réalités africaines dans notre mode de pensée, et non appliquer à la lettre des théories plus adaptées aux sociétés européennes. Cela d’autant plus ; que lorsque l’on regarde nos Constitutions, nos Lois, nos Institutions, elles sont en inadéquation avec nos réalités, mais l’on s’efforce de s’y tenir, comme si on espérait obtenir le même succès que ces pays dont on s’inspire.

Avoir une vision locale, sur des problèmes locaux, et adopter une solution locale, est une idée à laquelle beaucoup de maliens seraient prêts à souscrire, cependant peu seraient aptes à donner du contenu à ces théories, et cela est dû à une faible connaissance de notre propre histoire et des idées developpées au fil des générations. Nous ne partons pas du néant.

On peut penser que l’éducation nationale a joué un rôle important dans ce décrochage, l’histoire nous est enseignée de manière chronologique, sans pour autant s’attarder sur le contenu. Elle est purgée de sa dimension idéologique, quand dans les cours de philosophie, on n’hésite pas à expliquer la conception de l’Etat selon Rousseau, Tocqueville, comme pour dire qu’il fallait s’inspirer de ceux-là, et que les autres modèles que nous avons connus ne représentent que des dates et rien d’autre. Quand on sait que Tombouctou, Djenné, Gao ont vu passé à leurs apogées des grands théologiens et penseurs, comme Ahmed baba, Mohamed Bakayoko, on ne peut que regretter cette démarche.

Les intellectuels maliens ne sont pas mis en avant, ils sont condamnés à écumer les foires aux livres pour la promotion de leurs livres, auprès d’un public là aussi déjà acquis à leurs causes, ils ne parviennent pas à diffuser leurs idées auprès de leurs compatriotes.

L’échec des leaders politiques à exister sur le plan idéologiques

Les partis politiques qui sont des réceptacles et des promoteurs d’idées, peinent à convaincre autour de projets de société construit sur une vision, et répondant aux besoins. Il y a la volonté de conquérir le pouvoir, mais les raisons évoquées sont très souvent assez généralistes. Ils veulent tous lutter contre la pauvreté, envoyer les enfants à l’école, investir dans l’agriculture. Quelle modèle de scolarité, quelle type d’agriculture, quelle forme de société équitable ? A ces questions vous n’aurez que très peu de réponses. La politique n’est plus le lieu de la confrontation des idées, mais celui des ambitions personnelles.

La pensée politique montante est religieuse, le haut conseil islamique a travaillé la jeunesse, qui face aux impasses peut considérer qu’une société régit par l’islam serait la solution. Il ne s’agit pas de dire si cette montée est dangereuse ou non, mais de constater que ce mouvement existe, et il a les moyens de ses ambitions.

Conclusion

La mort des idéologies, a donc des conséquences qui vont au-delà de la simple formation personnelle des individus, elle a des impacts sur la société en générale. La nature, ayant horreur du vide, notre société s’est donc organisée autour d’un système de mauvaise gouvernance qui a été érigé en modèle cyclique. Il ne serait pas exagérer de dire que, le système de mauvaise gouvernance, constitue le modèle dominant, il n’a pas de concurrent, chacun se plait à vouloir le combattre, sans pour autant proposer un modèle alternatif.

Activistes: le miel n’est jamais bon dans une seule bouche.

Ils se nomment X ou Y, des jeunes pour la plupart en recherche d’emploi ou vivant de petits boulots, qui à travers la révolution numérique au Mali, ont été propulsés « activistes », « révolutionnaires « guides » ou tout autre surnom que l’on aime exagérément attribuer à ceux qui sont désormais devenus spécialistes des coups de gueule. Et peu importe le fond, pourvu que la forme y soit. Tantôt décriés, tantôt adulés, provoquant des joutes verbales sur les réseaux sociaux, ces quelques individus, ne se limitent plus à dire leurs vérités, ils vous disent quoi penser et comment.

Car au-delà du vernis, ou de cette couverture dont ils veulent bien se draper celles de l’éveil de conscience, se cache une réalité plus banale, ces jeunes qui refusent de grandir, font de la politique avec les moyens de leurs époques. Les mots qu’ils prononcent ne sont pas plus violents que ceux prononcés à l’époque par des Oumar Mariko, Kokala Maiga, ou Mountaga Tall, les moyens de communications ont changé, et la manipulation des masses est devenue plus aisée. Avant ce qui était dit à la TV était considéré forcement comme vrai, aujourd’hui ce qui est dit sur Facebook est la vérité, pour une grande partie du « petit peuple » qui très souvent ne prend pas le temps d’analyser ces diatribes, et qui font confiance aux qualités d’experts de ces activistes aux CV pompeusement agrémentés.

Ces activistes nous ressemblent en réalité, nous si prolixes au « grin » entre copains à débiter des grandes théories, parsemées de mots savants pour paraitre plus intelligent que la moyenne, mais si réfractaires lorsqu’il s’agit d’être le changement, ou de l’impulser par de simples actions au niveau local. J’assume parfaitement que l’action n’est pas pour tout le monde, qu’il faut des gens pour dénoncer, que d’autres sont meilleurs dans la proposition, ou dans l’action.

On peut faire à ces activistes, le même procès qu’à leurs ainés, dire qu’ils ne sont motivés  que par des avancements personnels, et l’appât du gain, mais ils sont le reflet de la réalité de la jeunesse du pays, où le patriotisme est devenu un fonds de commerce, la pitié pour les plus faibles une posture. Finalement le moment le plus difficile pour ces activistes sera de savoir qui sera le plus offrant des candidats en 2018 et de faire ce choix en cohérence avec leurs diatribes. Esperons que la cohérence de la poche ne prime.

They were crying when their sons left
All young men must go
He’s come so far to find the truth
He’s never going home

IBK est fragilisé mais qui peut le battre?

5 Premiers Ministres en 5 ans.

Voici donc le record battu par le Président IBK, aucun Président avant lui n’avait usé autant de PM en si peu de temps, cela dit beaucoup de sa conception du pouvoir, et des rapports que doivent entretenir un PR et son PM, au-delà de ces considérations, cela dit également beaucoup de l’état dans lequel se trouve le microcosme politique au Mali.

Sur les 5 PM, deux ont été démis de leur fonction, il s’agit de Moussa Mara et de Modibo Keita, quant aux deux autres, ils ont décidé d’abandonner, du fait de divergences avec le PR sur la composition de l’équipe gouvernementale.

Concernant Abdoulaye Idrissa Maiga, il est l’unique PM issu du parti Présidentiel, le RPM et était bien parti pour rester contrairement aux bruits médiatiques, mais face à la difficulté à former une équipe Gouvernementale, ce dernier s’est résolu à jeter l’éponge. Impossible pour lui de concevoir le retour de certains ministres dans le Gouvernement, y compris ceux issus de son propre parti, dont il exècre la gestion et les comportements, qu’il juge déloyaux. De bilan, il n’en a pas, impossible en un si court laps de temps, d’avoir un quelconque impact sur le quotidien des Maliens.

Le choix de SBM est avant tout un choix logique, plus que de calculs politiciens, l’homme est omniprésent depuis 1992, tantôt conseiller, tantôt ministre, il a été de tous les régimes, et en est un pur produit du système. Il possède une solide assise politique, et est sans doute moins clivant que AIM, son parti membre de la majorité présidentielle avec 4 Députés, ne représente pas une menace directe pour le PR, enfin il est le dernier dans l’entourage du PR à posséder la carrure d’un Pm, avec le réseau qui va avec.

Difficile de connaitre le bilan de ses 27 années passées dans les couloirs du pouvoir, même si certains s’égosillent à vouloir en faire un surhomme, un stratège comme disent-ils. Ministre des affaires étrangères de ATT, Ministre de la défense de IBK en 2014, il a été des grandes défaites politiques et militaires du Mali face à la rébellion, même si sa responsabilité n’est pas directement engagée. En matière de sécurité, il sait de quoi il parle et maitrise les sujets, et c’est là le risque, celui d’un PM qui miserait tout sur le sécuritaire, se souciant peu du social, la grande lacune de la gestion du pouvoir actuel.

Le choix de SBM apparait donc comme logique sous certains angles, mais ne permet pas au PR, d’engranger des points sur le plan politique en tant que tel. Cependant la composition politique du Gouvernement révèle dores et déjà les manœuvres pour l’élection présidentielle de 2018, les Ministres issus des partis membres de la majorité héritent de portefeuilles plus importants comme l’éducation nationale, ou les affaires étrangères, les personnalités clivantes ou trop visibles faisant de l’ombre sont écartées, provisoirement, et celles qui ont échoué simplement remerciées.

Il ne reste que 8 mois avant la Présidentielle, en politique les choses sont lentes, SBM aura surement à cœur d’organiser des élections, c’est le seul aspect sur lequel il sera jugé, difficile dans les conditions actuelles, d’imaginer une quelconque amélioration de la situation sociale ou sécuritaire, ce Gouvernement pléthorique sera plus préoccupé par les positionnements politiques que par l’expédition des taches courantes, nous sommes dans une année électorale après tout.

Ce remaniement à minima témoigne également de la confiance du pouvoir actuel, en sa capacité à se faire réélire en 2018, il faut dire que l’opposition en face n’est pas dans un meilleur état et cherche toujours un angle d’attaque cohérent, qui puisse fédérer la foule des mécontents. Cette opposition tantôt virulente tantôt absente, ne s’est pas structurée, et n’apparait pas pour l’instant comme étant une alternative crédible. Sa stratégie se base sur le rejet du PR, une stratégie qui ne peut garantir la victoire. Qu’a-t-elle à proposer pour la résolution de la crise au nord, pour le pouvoir d’achat des maliens ? Motus et bouches cousues ! L’intellectualisme de l’opposition est en déphasage avec l’opinion nationale.

Il témoigne également de la confiance que le PR place en ses hommes, au-delà du parti qui a plus profité de son élection qu’autre chose. Le RPM, parti présidentiel, n’a jamais réussi non plus à fédérer autour de lui, et n’a jamais pesé idéologiquement sur la politique menée par le Gouvernement, la majorité s’est construite autour IBK  et non autour de son parti, dont les dirigeants n’ont jamais aspiré à être des forces de proposition, se contentant de défendre la politique menée, quand bien même ils n’y étaient nullement associés.

Les partis politiques traditionnels sont usés, ils ne sont plus des réservoirs d’idées, mais de redoutables machines à mobiliser lors des élections, surtout lorsque cette mobilisation est motivée. La démocratie malienne souffre de la décrépitude des partis politiques qui en sont pourtant les acteurs principaux. La conséquence de tout cela c’est l’émergence de mouvements alternatifs, qui bien que mal structurés attirent de plus en plus de monde par un discours cru et démagogique, qui séduit. Les électeurs seront-ils prêts à franchir ce pas ?

Bonne et heureuse année 2018 !