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Mali un Etat au bord du gouffre?

Un État effondré est un État qui ne peut plus assurer ni sa sécurité interne, ni sa sécurité externe sur un territoire donné. Il a en outre perdu sa capacité à extraire les ressources et n’est donc plus capable de les allouer. Ces deux fonctions (la sécurité et la gestion des ressources) doivent être impossibles à remplir sur une période suffisamment longue. C’est un État qui vit une crise politique profonde et une crise du modèle sociale et culturelle.

L’effondrement de l’État se produit lorsque ces conditions sont présentes, chacune des conditions est nécessaire à l’effondrement, seule la conjonction de toutes conditions est suffisante pour y aboutir. La combinaison de ces conditions est suffisante pour causer l’effondrement de l’État. Ces éléments sont tirés de l’analyse de William Zartman.

L’effondrement économique: Pauvres agriculteurs.

Nous avons pour habitudes tous les ans de nous réjouir des taux de croissance du PIB observés au Mali. Tout le monde s’en félicite, puis lorsque l’on affine analyse, qu’on décide  d’aller en profondeur on se rend compte que l’impact sur les populations notamment rurales est minime.

On ne va pas ouvrir un débat technique sur la pertinence des mesures comme le PIB pour définir la bonne santé d’un pays, mais ce qui frappe le plus au Mali sur ces 20 dernières années c’est le gouffre qui s’est créé entre les plus riches et les plus pauvres, entre ceux qui ont bénéficié des bienfaits de la démocratie , de la mondialisation et ceux qui se sont retrouvés malgré eux en marge du système capitaliste occidentale, allant à contre courant de notre culture.

Le modèle économique malien est principalement basé sur le primaire, sachant cela il y a eu plusieurs tentatives pour valoriser ce secteur, avec des résultats mitigés.  L’Agriculteur est le premier pourvoyeur d’emplois au Mali, 80 % de la population active travaille dans ce secteur,  mais avec des politiques politiques agricoles incohérentes, les petits agriculteurs obtiennent à peine de quoi (sur)vivre, cela participe de l’exode massif des populations rurales vers les centres urbains, pour venir y gonfler le nombre de pauvres dans les bidonvilles.

La faible exploitation du potentiel agricole malien, bénéficie paradoxalement aux grands conglomérats d’importateurs qui grâce à des subventions vont finir par affaiblir l’agriculture locale. Pour exemple un kilogramme de riz qui parcoure 5000 Km est moins cher qu’un kilogramme de riz cultivé à Ségou et vendu à Bamako. Comment l’agriculteur ségovien peut-il concurrencer ces importateurs? Un kilogramme de bœuf néo-zélandais coûte moins cher qu’un kilogramme de bœuf produit dans la région de Niono.

En refusant d’assumer une politique agricole claire basée sur le principe de souveraineté alimentaire et en laissant la porte grande ouverte à toutes sortes d’importations subventionnées, nous avons contribué à affaiblir le potentiel local.

Dans le secteur de l’aviculture, par exemple, le Gouvernement malien a fait la promotion de cette activité en soutenant l’ensemble de la filière, cela a créé beaucoup d’emplois. Par la suite des importateurs se sont rebellés contre cette politique et on sait aujourd’hui que la fraude à l’importation  tolérée au plus haut niveau,  coûte chaque année plus de 12 milliards à l’État et a déjà détruit la moitié des emplois crées par les investissements précédents.

La justification de ces importations subventionnées étaient que les capacités de production étaient trop faibles et qu’il fallait pouvoir nourrir tous les maliens. Aujourd’hui les capacités de production sont toujours faibles et notre sécurité alimentaire est entre les mains de quelques personnes qui font la pluie et le beau temps.

Effondrement politique: La démocratie en question

Au lendemain de la chute de Moussa Traoré en 1992, les maliens en avaient fini avec un régime violent et dictatorial, les nouveaux dirigeants leurs avaient alors expliqué qu’ils allaient vivre dans un monde de droits et de devoirs, où chacun allait s’épanouir.

Le résultat 20 ans plus tard est l’occupation de la moitié du pays par des Groupes indépendantistes et jihadistes, ainsi que la fin d’un mythe, celui du Mali modèle de démocratie en Afrique de l’Ouest. On y découvre des hommes et des femmes politiques animés uniquement par le gain financier, à tout prix et au mépris de tout. Un pays où la morale dans la gestion publique n’existe plus

On y découvre des partis politiques, sans cadres, vides d’idéologie, incapables de fournir la moindre solution aux problèmes quotidiens des maliens, qui se positionnent au gré des conjonctures avec son  convoi de « militants du ventre ». La population, la masse dont on a parlé plus haut, ne croit plus en ces hommes, elle ne croit plus en ce système, ils voient le gouffre entre eux et les dirigeants.

Lorsque vous demandez aux maliens qui parmi la classe politique représente une alternative crédible pour tenter de rehausser le niveau, ils ne vous répondent pas, ils ne croient plus en ces hommes et femmes qui pendant 20 ans se sont enrichis pendant qu’eux stagnaient. Les militaires qui un temps ont pu représenter une alternative, ont déçu, ils sont venus au pouvoir pour s’enrichir également. Que reste-t-il ? Les religieux!

Effondrement sécuritaire: Délitement progressif

Avec à une situation économique bancale, et un État qui vit péniblement de l’aide extérieure, des politiciens plus préoccupés par le maintien de leurs petits avantages que par le bien être de la Nation, l’armée a été fortement affaiblie à l’instar de tous les services publics.

Aujourd’hui l’État malien n’a pas les moyens de sécuriser convenablement 1 seule Région avec les composantes de l’ordre à savoir, la Police, la Gendarmerie et l’Armée. Il n’a ni les hommes ni les moyens logistiques pour le faire. C’est le résultat de 30 années de dépeçage minutieux opéré par les politiciens et par  l’application scolaire des politiques d’ajustement structurels.

Le Mali vit dans l’insécurité depuis les années 60, dès les premières rebellions, avec une instabilité chronique. Plutôt que de renforcer les moyens de défense du territoire, ils ont été détruits.

En 2012, on a ressorti les manuels de géographie et découvert que le Mali est un grand pays désertique et des zones « difficiles » à couvrir. Ils ont eu pour certains 20 ans, 30 ans pour réfléchir à comment sécuriser tous les recoins du pays. Mais cela ne les a pas empêché de venir nous expliquer que le Mali était finalement un pays trop vaste et qu’ils n’ont rien ou faire. Fatale fatalité! Rien n’avait été fait, faute de vision, faute de volonté.

Vous comprenez que contrairement aux propos du Président Dioncounda Traoré, le Mali ne fait pas que tanguer, il coule, et bien plus vite qu’il n’y parait. Le pays est tenu à bout de bras par la Communauté internationale.

Les inégalités continuent de s’accroître, rien n’est fait pour corriger l’injustice, les valeurs sociales se délitent, le pouvoir politique est décrédibilisé et l’armée n’est pas en mesure d’assurer la défense de la Nation, elle est au bord du burn-out.

L’espoir est mince mais il est  permis, il existe des forces qui cultivent l’intelligence collective, qui travaillent à des solutions alternatives, et innovantes. Elles dépassent le cadre des partis, elles dépassent celui des petits arrangements de confort, elles sont patriotes, mais pleines d’espoir. Nous aurons sans doute l’occasion d’y revenir!

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Conférence d’entente nationale sur fond de mésentente générale.

La Conférence d’entente nationale est entendu par l’Accord pour la paix et la réconciliation issu au Mali, Article 5, comme un mécanisme qui doit permettre aux maliens d’apporter un traitement politique aux crises cycliques qui ont jalonné le septentrion malien. Pour ce faire, les composantes de la Nation malienne devront débattre sur les causes profondes du conflit, et dégager les éléments d’une solution pour la promotion de la réconciliation nationale.

Ce débat devra également prendre en charge la problématique dite de « L’Azawad ». Une Charte pour la paix l’unité et la réconciliation sera élaborée pour sceller l’unité nationale et l’intégrité territoriale.

Le Président de la République avait initialement annoncé la tenue de la CEN pour le mois de décembre 2016, avant de repousser celle-ci au mois de Mars 2017. Le Médiateur de la République, Mr Baba Akhib Haidara a été désigné comme Président de la Commission préparatoire, et Président de la Conférence d’entente nationale.

Dès lors ce dernier a entamé des consultations avec la CMA et la Plateforme, mais aussi des groupes non signataires de l’Accord, c’est-à-dire les dissidences de ces deux mouvements, la société civile, les parties politiques, et les syndicats.

Plusieurs visions se sont alors opposées sur la tenue de la CEN, tout d’abord celle des mouvements signataires de l’Accord, qui considèrent d’une part qu’ils n’ont pas été impliqués dans l’organisation de la tenue de la CEN et que d’autre part tant que les réfugiés n’étaient pas de retour, il ne fallait pas procéder à la tenue de la CEN, d’autant plus que selon leur entendement la CEN arrivait après le processus de cantonnement-DDR-Intégration.

Puis celle des partis politiques de l’opposition, de la société civile et des syndicats, qui considèrent qu’étant donné la situation globale du pays, le front social en ébullition et la mauvaise gouvernance, la CEN devait être assimilée à des assises nationales, et qu’en l’état actuel la CEN ne ferait que la promotion de la partition du pays.

La précipitation et la cacophonie régnant autour de la tenue de la CEN n’est que la conséquence de la dérive dans la mise en œuvre de l’Accord. En effet, si l’on se réfère aux dispositions du chronogramme de mise en œuvre de l’Accord, la première de étape était le cantonnement, suivi du redéploiement des FAMA et de l’administration, puis du processus de DDR, tout ceci en parallèle avec les actions humanitaires et de développement. Les autorités « intérimaires » arrivaient par la suite, et uniquement dans les zones où il n’était pas possible d’avoir une représentation de l’État.

Or  dès le départ il a fallu 10 mois pour régler en partie la question de la représentativité de tous les signataires au Comité de suivi de l’Accord, entraînant ainsi des difficultés majeures dans la mise en œuvre de l’Accord, le blocus de la ville de Tombouctou par le mouvement Congrès pour la justice dans l’Azawad, en est un exemple.

Ceci explique aussi pourquoi le Président de la CEN a tenu à rencontrer ces groupes qui aujourd’hui ne sont pas pris en compte dans la mise en œuvre de l’Accord, notamment sur le MOC et le DDR, mais qui représentent pour certains un poids militaire important sur le terrain.

Le risque est que la CEN ne soit qu’une conférence de plus qui ne répondra pas aux exigences de l’exercice, elle risquerait de créer plus de frustration, et de difficultés pour la suite de la mise en œuvre de l’Accord, et plus globalement dans le pays.

Passer à côté des questions essentielles, telles que la construction de la paix, la réconciliation nationale et la reconstruction du tissu national, ne peut que desservir le futur du Mali et de la Nation que l’on veut bâtir et plonger ce pays dans une crise plus grave que celle qu’elle a connu et qui profitera aux extrémistes.

Concernant la poursuite du processus de paix, le défi auquel il faudra s’atteler c’est celui de la représentativité, car on assiste à une multiplication des groupes crées sur des bases ethniques et avec des revendications locales, auxquelles on ne semble pas etre en mesure de répondre, et cela crée plus de frustration et plus de désordre, qui profite aux ennemis de la paix.

Enfin plus généralement, il y a une forte tension dans le pays, avec un front social en ébullition du nord au sud et le nombre de mécontents, va grandissant. Cette situation ne présage pas de lendemains radieux, il est important dès à présent pour les décideurs de prendre la mesure du problème et d’agir en conséquence.

Pourquoi les politiciens maliens détestent les réseaux sociaux.

Contrairement à ce qui se dit, les hommes politiques font très attention à leur communication, mais pour cela ils décident de ne pas communiquer, ce qui est une forme de communication. Le silence est une vertu, notamment lorsque l’on a une forte propension au dérapage incontrôlé et autres envolées acidulées au jus de chaussettes.

Je ne reviendrai pas sur la crise de la pensée politique qui dure au Mali depuis les années 70, assez a été écrit là-dessus. Depuis l’avènement de la démocratie en 1992 et la libéralisation des ondes, le combat politique a pris place dans les médias fini la clandestinité.

Les médias sont un moyen d’accès direct au peuple, surtout les radios en langues nationales dans un pays, où l’illettrisme est un fléau, tout le monde l’écoute, du berger à Tessit, à l’agriculteur de Koulikoro.

Les médias qui devraient être le lieu de confrontation des idées, sont devenus, le lieu de la rumeur, du mensonge et du débat de caniveau.

La logique de la Communication s’est inversée, on ne cherche pas à séduire, l’auditeur, le lecteur ou le téléspectateur, on cherche à salir l’adversaire politique, qu’il devienne plus sale, qu’il ne pourrait me salir, ainsi les maliens devront choisir entre celui qui est le moins mauvais des deux.

Et, face à ces médias classiques, qui restent dominants sont apparus, Facebook, twitter et autres. Quelle révolution pour le citoyen, l’opinion est une denrée peu chère, chacun se lâche sur la place publique, sur tous les sujets. Et ça fait peur à nos politiques, qui se demandent finalement de quel droit un citoyen se permet de juger son action, après tout il est l’élu parmi les élus.

Par la force des choses, les politiciens ont débarqué sur les réseaux, la campagne 2013 fut un bel exemple de la bataille, mais avec une leçon, celui qui gagne sur les réseaux ne gagne pas forcement dans la vraie vie!

Et las d’être apostrophés pour leurs mauvaises conduite, ils ont fini pour certains par tomber dans le dédain, et l’insulte envers les internautes qui osaient les interpeller ou révéler leurs casseroles. Après tout ils sont ELUS, et dans leur mentalité ils n’ont de compte à rendre à personne.

Bien sûr parmi les internautes, il y a des grossiers personnages, des menteurs professionnels, des affabulateurs, mais aussi des gens doués d’intelligence qui ont su saisir toute la dimension de l’outil mis à leur disposition.

Au fond, le réseau a donné aux maliens, ce qu’ils n’ont pas osé prendre dans le réel, c’est ça à dire cette possibilité d’interpeller n’importe lequel des hommes politiques et de lui dire le fond de sa pensée, et ça ils n’y étaient pas habitués, et ça fait peur, perdre la lucidité à certains.

Un Ministre a traité ceux qui dénonçaient l’achat de l’avion Présidentiel « d’aigris », un autre s’est lâché à l’Assemblée nationale en traitant les débats sur Facebook et twitter de « débats de caniveaux », enfin c’est le Vice-Président de l’Assemblée nationale qui traite les utilisateurs de ces réseaux de « drogués », ces comportements traduisent une peur des réseaux et de ceux qui osent dire ce qu’ils pensent.

Pour exemple quand le poil à gratter Ras Bath, qui n’en rate jamais une, diffuse une vidéo sur YouTube, elle est vue 40.000 fois dans la journée, téléchargée sur les téléphones et partagée en audio, les rumeurs partent de Facebook et twitter, mais les fuites également.

Les politiciens ont peur de ce qu’ils ne peuvent contrôler, le journaliste qui écrit un article un peu trop salé il est possible de s’entendre avec lui, comment s’entendre avec des milliers d’aigris.

Les réseaux sociaux, sont un moyen pour des milliers de jeunes maliens, de s’informer, de débattre et de donneurs leurs opinions sur la manière dont le pays est géré, ils ne sont ni aigris, ni drogués.

L’union fait la force

Le Mali a de nouveau été frappé, le décompte macabre se poursuit. Une mine par-ci, un kamikaze par-là, une voiture piégée, les barbares frappent, forces de l’ordre, simples citoyens mais aussi ex-rebelles.

La vie des habitants du nord est désormais rythmée par ces actes, on ne se vit plus comme avant, on fait plus attention à ce que l’on dit de crainte d’être assimilé à un informateur de la force Barkhane ou de l’armée malienne.

Voilà 4 années que le Mali est secoué par le terrorisme, d’autre lui préfèrent un autre nom, mais c’est bien de terreur dont il s’agit. De Bamako à Kidal la même horreur, ce sont les mêmes qui les commettent, s’appelant tantôt AQMI, tantôt Al Mourabitoune.

Ces kamikazes ne sont pas des étrangers, ils vivent parmi nous et ont grandi parmi nous, ils parlent nos langues, et partagent nos us et coutumes. Ils planifient leurs attaques chez d’autres concitoyens, soutenant l’idéologie de la mort. Interrogeons-nous sur cet état de fait! Qu’est ce qui fait que des fils du pays se lèvent pour tuer d’autres fils du pays? Ce débat doit être sur la place publique, il ne doit pas être occulté, il ne doit pas être réservé à l’élite, aux experts,  les communautés locales ont des réponses  à apporter et elles sont parfois plus efficaces que celles imposées du sommet.

En effet j’ai la conviction que la paix ne peut venir uniquement du sommet, elle viendra aussi de la base, car les populations elles savent mieux que quiconque leurs difficultés, et les solutions qu’il faut y apporter. Notre modèle démocratique centralisé ne permet par cela, il prône une recherche de solution au Sommet qui sera ensuite appliquée à la base.

Je propose d’inverser le processus, la solution doit venir du terrain et être appliquée par le sommet. La question du terrorisme ne se pose par de la même manière à Ségou ou à Kidal, or notre politique actuelle consiste à appliquer les mêmes schémas de manière systématique sur l’ensemble du territoire.

L’union ne se décrète pas, que constatons-nous? La solidarité nationale s’est effritée, le Mali est divisé et il y a une forme d’insouciance qui s’est développée dans les Régions les moins touchées et les plus peuplées qui au fond n’ont pas le sentiment d’être concernées par ce qui se passe dans ce nord lointain.  Ce n’est pas un reproche c’est un constat et il y a de nombreuses explications à cela!

Face à cela et avec la nécessité de bâtir une Nation unie face à la terreur, la Conférence d’entente nationale par exemple peut apparaitre comme un outil qui permettra aux populations locales d’exprimer leur ressenti, de le partager avec l’ensemble de la Nation et de proposer des solutions à cette question. A condition que le processus soit inclusif, et parte du terrain vers le Sommet.

L’injustice, la corruption, la mauvaise gouvernance ont engendré toutes nos difficultés et depuis 10 ans plusieurs communautés ont eu à souffrir de ces maux, elles ont eu à les dénoncer, quand une minorité elle s’empiffrait.

Nous ne tirons pas les leçons de nos erreurs passées, de notre laxisme coupable, de notre lâcheté à affronter les vraies causes de la crise, de notre promptitude à accuser l’autre pour nos tares.

Il est temps que cela change, et comme cela a déjà été écrit à plusieurs reprises ici, l’existence même du Mali en tant que pays unitaire n’est pas assurer.

 

Politiques et opinion publique la rupture consommée

Une élection présidentielle dans notre système tient du rationnel, mais aussi de l’irrationnel. Le rationnel c’est son coté mathématique, celui des candidats qui obtient la majorité rafle la mise et rien pour les perdants, ce que l’on appelle la tyrannie de la majorité. Et dans cet exercice les politiciens chevronnés savent qu’il y a un passage obligé au soir de l’élection pour le vainqueur, celui d’appeler au rassemblement du pays derrière lui.

En 2013 la situation du Mali était compliquée, on sortait d’un coup d’Etat, une partie du territoire était occupée et on avait la présence massive de la Communauté internationale. En 2015 un Accord a été signée et le la normalisation programmée dans un document accepté par toutes les parties sous l’égide de la Communauté internationale.

Lors du second tour de l’élection présidentielle de 2013 le candidat malheureux Soumaila Cissé a offert une belle occasion de rassemblement au futur Président de la République en lui rendant visite le soir, reconnaissant sa victoire, donnant ainsi l’image d’un pays unifié derrière un homme.

Ils avaient comme beaucoup d’observateurs senti que dans la situation dans laquelle se trouvait le pays, ce dont il avait besoin était l’unité de la Nation derrière le  Président ,ce qui allait donc constituer un avantage considérable dans les rapports de force qui allaient s’installer dans le cadre des négociations sous l’égide de la Communauté internationale.

De couacs en couacs, le pouvoir s’est isolé et il a perdu le soutien d’une partie de son opinion nationale interloquée par l’affaiblissement de l’autorité du chef face aux dérives évidentes de certains de ses lieutenants. Trois choix ont été implicitement offerts aux citoyens, continuer à soutenir le régime, qui les avait délaisser, s’en détacher, ou le combattre politiquement.

Cette cassure a contribué fragiliser le pays lors des négociations d’Alger et continue à le fragiliser aujourd’hui dans les rapports qu’il entretient avec la Communauté internationale, qui a eu un temps bon dos lorsqu’il fallait trouver un coupable à la situation  du Mali. C’est mal connaitre ce que renferme ce terme que de vouloir lui attribuer un quelconque pouvoir. Elle n’est qu’agglomération d’intérêts divergents et non un bloc homogène avec une politique clairement définie.

Le Président IBK avec l’expérience qui est la sienne a bien senti une cassure au sein de l’opinion, et les résultats de l’élection municipale dans plusieurs centres urbains sonnaient comme un rappel brûlant, a tenté d’y répondre dans ses vœux de nouvel an à travers ce qu’il a appelé le Programme d’urgence sociale. A travers ce programme le Président a la volonté multiplier les cantines scolaires, faire des pistes rurales, développer les centres de santé communautaire, Eau, Electricité etc…sans expliquer comment financer tout cela.

Cette annonce n’a pas fait mouche, ses conseillers ont bien tenté de vendre ce nouveau concept dans la presse sans pour autant susciter le moindre enthousiasme sur la question, ils sont à bout de souffle, grisés d’une part par une opinion nationale et une presse globalement hostiles  et pétrifiés d’autre part par la situation sécuritaire et humanitaire au centre et au nord du pays.

De plus au sein de l’appareil d’Etat ceux motivés par la parure ont gagné la bataille sur ceux mobilisés par l’intérêt national et la reconstruction du pays. Ils ont perdu la bataille idéologique et qui oppose ceux venus pour le confort des maroquins et ceux que l’on appellent désormais, les idéalistes et qui ont le tort selon les premiers de penser aux pauvres et aux indigents.

Enfin on a une opinion nationale qui a beaucoup changé et qui n’a plus la même vision de l’avenir qu’en 2013. A l’instar de beaucoup d’autres pays, il y a un rejet des Hommes politiques qui est très fort et une plus grande confiance dans les chefferies traditionnelles et religieuses (toutes confessions confondues) un temps délaissées. Avec au fond cette idée qu’il faudrait introduire une dose conséquente de morale religieuse dans l’action publique sans pour autant franchir le cap de la théocratie.

Un pouvoir sans opinion publique est fragile, et il l’est aussi dans les rapports qu’il peut entretenir avec ses partenaires internationaux. Quant à savoir s’il fallait apporter un soutien au Gouvernement dans les épreuves qu’il va affronter beaucoup de maliens ont fait le choix de suivre tout ça avec beaucoup de distance.

Il est désormais difficile pour tous les politiciens de susciter l’intérêt de la population, ils l’ont bien senti, d’ou leur présence massive lors de la célébration du Maouloud organisée par l’Imam Haidara en décembre 2016, comme pour valider la fusion totale entre la politique et le religieux, dernier garant de l’ordre morale et de la justice sociale, qui fait tant défaut à l’action publique.

L’opinion publique est le résultat du fonctionnement des interactions  sociales et politiques, elle est la base du pouvoir, une fois perdue il faut la reconquérir, cela passe le plus souvent par de la manipulation subtile, et à ce petit jeu la, certains ont déjà un temps d’avance.

 

A propos du débat sur le Franc CFA

Dans plusieurs pays, un mouvement plus ou moins structuré, autour d’intellectuels du courant fourre-tout pan-africaniste tente de mener une fronde contre le Franc CFA.

Pour ces derniers, cette monnaie est le symbole de la survivance de la francafrique et de la politique néocoloniale française, qui a pour objet de maintenir les peuples d’Afrique francophone dans la dépendance, et la pauvreté. Ce débat de politique monétaire est ancien, et capital, notamment avec la recomposition des équilibres internationaux, mais n’a jamais su soulever les foules.

A l’indépendance plusieurs courants idéologiques se sont affrontés de manière parfois violente en Afrique francophone, il y avait d’une part les panafricains tendance communiste qui pensaient qu’il fallait couper le cordon avec la France et dès lors, le Franc CFA apparaissait comme l’emblème de ces liens.

L’autre courant pensait qu’il fallait au contraire maintenir les liens avec la France, et que dans l’Afrique post 1960, le Franc CFA représentait une monnaie sérieuse capable de rassurer les investisseurs et favoriser l’essor de leurs pays. Avec le soutien de la France, ce courant sera celui qui occupera le pouvoir, et n’osera jamais s’attaquer au dogme du CFA, et ce malgré la dévaluation dans les années 90 qui fut un choc rude à encaisser.

Aujourd’hui les tenants de cette ligne sont par le cycle naturel de la vie, en bout de course, vous ne trouverez pas grand monde pour défendre ouvertement le maintien de la politique monétaire actuelle, une génération ouverte sur le monde a pris le pouvoir et sent bien qu’il n’est plus possible de continuer dans ce sens, mais que faire?.

Les mouvements panafricains entre temps ont muté, ils sont devenus altermondialistes, leur vision du monde et leur idéal économique et politique s’est affirmé, ils sont toujours farouchement opposés au CFA et à la Francafrique. Le message a  une plus grande résonance que dans les années 60, la vague démocratique des années 90 et internet sont passés par la.

Il y a eu l’émergence des dragons asiatiques, et le basculement économique de l’Afrique FCFA vers l’Asie, de plus plusieurs événements ont favorisé le redéploiement de la France dans certains pays notamment en Côte d’ivoire et au Mali ont permis remettre au gout du jour des concepts et des mots qui avaient disparu du langage d’une partie des intellectuels africains.franc-cfa-afp

Cependant les mouvements anti-cfa commettent à mon les mêmes erreurs que leurs aînés, car plutôt que de poser le débat de manière technique, ils s’efforcent de le poser de manière émotionnelle, ce qui dénote aussi de la faiblesse argumentaire assez récurrente à ces mouvements qui défendent des idées sans toujours pouvoir les argumenter autrement que par l’émotion et des grands principes.

La monnaie c’est la souveraineté, quand on a dit ça qu’est-ce qu’on fait? Si nous prenons le cas de la CEDEAO, il existe 2 zones monétaires la ZMAO et l’UEMOA, ces deux zones travaillent à la convergence pour aller vers une monnaie unique et donc la sortie probable du CFA. Ce débat présent depuis 10 ans n’a jamais vu la contribution des frondeurs actuels, comme si dénoncer était plus important que d’apporter une solution alternative.

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Ceux qui ne mènent pas la fronde, sont pour leur part tétanisés à l’idée d’un débat public sur le CFA, préférant parfois le confort que leur offre cette monnaie sous couverture de l’euro que d’affronter le marché avec des économies pas aussi solides qu’on veut bien le croire et des régimes politiques fragiles n’arrivant pas à répondre à l’immense demande sociale liée au boom démographique.

De manière assez scolaire il est généralement admis que la politique monétaire répond à 3 objectifs: des taux d’intérêts stables, la stabilité des taux de change et la stabilité des prix, elle permet d’agir sur l’économie, par la gestion de l’inflation, la capacité d’investissement et le pouvoir d’achat des ménage ainsi.

Certains pays sont dans une certaine fragilité depuis 10 voire 15 ans, alors on peut comprendre la frilosité des dirigeants à vouloir lancer ce débat, sans soutien de ses pairs, Contrôler sa propre monnaie commence aussi par bâtir des états stables, justes et démocratiques respectant les droits de chacun.

En conclusion je dirais qu’avant de s’attaquer à la politique monétaire, il faut construire la paix, la sécurité,  et la stabilité, permettant de construire une économie stable capable d’encaisser les attaques sur sa monnaie par exemple, et qui ne sombrerait pas du jour au lendemain dans l’instabilité entraînant ainsi une dépréciation de cette dernière.

Vous avez donc d’une part ceux qui mènent le débat sans apporter de solution et ceux qui ne veulent surtout par y participer de peur de tout chambouler, et au milieu les citoyens.

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Exemple Somaliland 

 

Les élections, le désamour entre le peuple et les partis politiques.

Résultat de recherche d'images pour "ibk election"Il faut se féliciter que le Gouvernement ait pu tenir les élections communales sur l’ensemble du territoire. Sur 703 communes, 68 n’ont pu élire d’élus municipaux, et sur 21000 bureaux de vote, 1000 ont été touchés par des violences.

Dans le contexte malien, cette élection constituait un défi sécuritaire, organisationnel et humain. Si les violences sont à déplorer et notamment le décès de 5 soldats victimes d’une embuscade, l’organisation des élections communales constitue un grand pas, vers le retour de l’administration dans plusieurs zones. Le Gouvernement a su passer outre les réticences de l’opposition et la position de la CMA, qui en tant que mouvement déniait à un Gouvernement souverain le droit d’organiser des élections.

Pour les 68 communes, qui n’ont pu élire un conseil communal, il s’agira maintenant de procéder à la mise en place d’autorités intérimaires communales dans chacune d’entre elles. Il s’agit principalement de communes dans les Régions de Mopti, Tombouctou, Kidal, Gao, où des bureaux de votes ont été attaqués par ceux qui pensaient ne pas pouvoir remporter le scrutin et devaient coûte que coûte interrompre le processus, mais aussi par des groupes locaux, voyant d’un mauvais œil le retour de l’État sans leur assentiment.

Les résultats, avec un taux de participation autour de 25%, ne sont pas encore définitifs, mais comparés aux législatives et à la présidentielle, le RPM du Président IBK est en fort recul. Malgré la forte implication des barons locaux dans leur fief, le RPM est devancé ou talonné à Koulikoro commune du PAN Issiaka Sidibé, à Mopti, Sikasso, Gao etc…Le bilan national n’est pas radieux, compte tenu de la « tradition » qui depuis 26 ans, favorise le parti au pouvoir raflant généralement toutes les élections.

Il y a dans ces élections un double message envoyé, le premier à la classe politique dans son ensemble. Le faible taux de participation, est le signe que le peuple après le fort engouement pour la Présidentielle de 2013, ne voit plus l’intérêt d’être impliqué dans la chose publique, avec au fond ce sentiment que peu importe celui qui sera au pouvoir, les choses ne changeront pas vraiment pour eux.

Puis un second envoyé au Parti au pouvoir, pour dire qu’il a déçu, que les réformes envisagées n’arrivent pas. La question que se pose beaucoup de maliens est la suivante: Qu’est ce qui a changé depuis 2013? La Gouvernance? L’emploi? La Justice? La défense?

C’est un avertissement envoyé à la classe politique et plus spécifiquement à la majorité Présidentielle. Les difficultés du Mali ne sont pas observées, et exposées de manière concrète et méthodique, ce qui biaise d’une part le débat et ne facilite pas l’émergence de solutions nouvelles outre que les vieilles recettes inopérantes.

En suivant la campagne électorale, la première chose qui vous frappe, est que tous les candidats, toutes sensibilités confondues, font le même constat, et pratiquement avec les mêmes mots, puis proposent les mêmes solutions. Si tous les programmes des Maires élus sont appliqués, Bamako par exemple pourrait devenir la ville au monde qui compte le plus de rues pavées, de terrains de sport et de parcs…

Que cela soit au niveau local, ou au niveau national, les mêmes maux traversent le monde politique malien, on se dit au fond peu importe la manière, il faut arriver au pouvoir, advienne que pourra. Le travail et la construction d’un vrai projet, ça viendra quand ils seront aux affaires.

Il faut que le monde politique sorte de sa petite bulle, pour prendre le pouls d’une population, exaspérée, au bord de l’explosion, des barrières ont depuis longtemps sauté, les repères moraux et éthiques sont inexistants. Nous sommes dans une situation compliquée sur le plan politique, économique et social.

Les ronronnements et atermoiements non pas leurs places dans cette situation d’urgence, la brutalité non plus, mais il s’agit de regarder les faits tels qu’ils se présentent. Inutile de continuer à se mentir, le Mali n’est plus un grand pays avec un grand peuple, mais un pays qui boitillant, qui refuse, de se remettre en question, de se mettre au travail pour retrouver le rang qui doit être le sien.