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Pourquoi les politiciens maliens détestent les réseaux sociaux.

Contrairement à ce qui se dit, les hommes politiques font très attention à leur communication, mais pour cela ils décident de ne pas communiquer, ce qui est une forme de communication. Le silence est une vertu, notamment lorsque l’on a une forte propension au dérapage incontrôlé et autres envolées acidulées au jus de chaussettes.

Je ne reviendrai pas sur la crise de la pensée politique qui dure au Mali depuis les années 70, assez a été écrit là-dessus. Depuis l’avènement de la démocratie en 1992 et la libéralisation des ondes, le combat politique a pris place dans les médias fini la clandestinité.

Les médias sont un moyen d’accès direct au peuple, surtout les radios en langues nationales dans un pays, où l’illettrisme est un fléau, tout le monde l’écoute, du berger à Tessit, à l’agriculteur de Koulikoro.

Les médias qui devraient être le lieu de confrontation des idées, sont devenus, le lieu de la rumeur, du mensonge et du débat de caniveau.

La logique de la Communication s’est inversée, on ne cherche pas à séduire, l’auditeur, le lecteur ou le téléspectateur, on cherche à salir l’adversaire politique, qu’il devienne plus sale, qu’il ne pourrait me salir, ainsi les maliens devront choisir entre celui qui est le moins mauvais des deux.

Et, face à ces médias classiques, qui restent dominants sont apparus, Facebook, twitter et autres. Quelle révolution pour le citoyen, l’opinion est une denrée peu chère, chacun se lâche sur la place publique, sur tous les sujets. Et ça fait peur à nos politiques, qui se demandent finalement de quel droit un citoyen se permet de juger son action, après tout il est l’élu parmi les élus.

Par la force des choses, les politiciens ont débarqué sur les réseaux, la campagne 2013 fut un bel exemple de la bataille, mais avec une leçon, celui qui gagne sur les réseaux ne gagne pas forcement dans la vraie vie!

Et las d’être apostrophés pour leurs mauvaises conduite, ils ont fini pour certains par tomber dans le dédain, et l’insulte envers les internautes qui osaient les interpeller ou révéler leurs casseroles. Après tout ils sont ELUS, et dans leur mentalité ils n’ont de compte à rendre à personne.

Bien sûr parmi les internautes, il y a des grossiers personnages, des menteurs professionnels, des affabulateurs, mais aussi des gens doués d’intelligence qui ont su saisir toute la dimension de l’outil mis à leur disposition.

Au fond, le réseau a donné aux maliens, ce qu’ils n’ont pas osé prendre dans le réel, c’est ça à dire cette possibilité d’interpeller n’importe lequel des hommes politiques et de lui dire le fond de sa pensée, et ça ils n’y étaient pas habitués, et ça fait peur, perdre la lucidité à certains.

Un Ministre a traité ceux qui dénonçaient l’achat de l’avion Présidentiel « d’aigris », un autre s’est lâché à l’Assemblée nationale en traitant les débats sur Facebook et twitter de « débats de caniveaux », enfin c’est le Vice-Président de l’Assemblée nationale qui traite les utilisateurs de ces réseaux de « drogués », ces comportements traduisent une peur des réseaux et de ceux qui osent dire ce qu’ils pensent.

Pour exemple quand le poil à gratter Ras Bath, qui n’en rate jamais une, diffuse une vidéo sur YouTube, elle est vue 40.000 fois dans la journée, téléchargée sur les téléphones et partagée en audio, les rumeurs partent de Facebook et twitter, mais les fuites également.

Les politiciens ont peur de ce qu’ils ne peuvent contrôler, le journaliste qui écrit un article un peu trop salé il est possible de s’entendre avec lui, comment s’entendre avec des milliers d’aigris.

Les réseaux sociaux, sont un moyen pour des milliers de jeunes maliens, de s’informer, de débattre et de donneurs leurs opinions sur la manière dont le pays est géré, ils ne sont ni aigris, ni drogués.

L’union fait la force

Le Mali a de nouveau été frappé, le décompte macabre se poursuit. Une mine par-ci, un kamikaze par-là, une voiture piégée, les barbares frappent, forces de l’ordre, simples citoyens mais aussi ex-rebelles.

La vie des habitants du nord est désormais rythmée par ces actes, on ne se vit plus comme avant, on fait plus attention à ce que l’on dit de crainte d’être assimilé à un informateur de la force Barkhane ou de l’armée malienne.

Voilà 4 années que le Mali est secoué par le terrorisme, d’autre lui préfèrent un autre nom, mais c’est bien de terreur dont il s’agit. De Bamako à Kidal la même horreur, ce sont les mêmes qui les commettent, s’appelant tantôt AQMI, tantôt Al Mourabitoune.

Ces kamikazes ne sont pas des étrangers, ils vivent parmi nous et ont grandi parmi nous, ils parlent nos langues, et partagent nos us et coutumes. Ils planifient leurs attaques chez d’autres concitoyens, soutenant l’idéologie de la mort. Interrogeons-nous sur cet état de fait! Qu’est ce qui fait que des fils du pays se lèvent pour tuer d’autres fils du pays? Ce débat doit être sur la place publique, il ne doit pas être occulté, il ne doit pas être réservé à l’élite, aux experts,  les communautés locales ont des réponses  à apporter et elles sont parfois plus efficaces que celles imposées du sommet.

En effet j’ai la conviction que la paix ne peut venir uniquement du sommet, elle viendra aussi de la base, car les populations elles savent mieux que quiconque leurs difficultés, et les solutions qu’il faut y apporter. Notre modèle démocratique centralisé ne permet par cela, il prône une recherche de solution au Sommet qui sera ensuite appliquée à la base.

Je propose d’inverser le processus, la solution doit venir du terrain et être appliquée par le sommet. La question du terrorisme ne se pose par de la même manière à Ségou ou à Kidal, or notre politique actuelle consiste à appliquer les mêmes schémas de manière systématique sur l’ensemble du territoire.

L’union ne se décrète pas, que constatons-nous? La solidarité nationale s’est effritée, le Mali est divisé et il y a une forme d’insouciance qui s’est développée dans les Régions les moins touchées et les plus peuplées qui au fond n’ont pas le sentiment d’être concernées par ce qui se passe dans ce nord lointain.  Ce n’est pas un reproche c’est un constat et il y a de nombreuses explications à cela!

Face à cela et avec la nécessité de bâtir une Nation unie face à la terreur, la Conférence d’entente nationale par exemple peut apparaitre comme un outil qui permettra aux populations locales d’exprimer leur ressenti, de le partager avec l’ensemble de la Nation et de proposer des solutions à cette question. A condition que le processus soit inclusif, et parte du terrain vers le Sommet.

L’injustice, la corruption, la mauvaise gouvernance ont engendré toutes nos difficultés et depuis 10 ans plusieurs communautés ont eu à souffrir de ces maux, elles ont eu à les dénoncer, quand une minorité elle s’empiffrait.

Nous ne tirons pas les leçons de nos erreurs passées, de notre laxisme coupable, de notre lâcheté à affronter les vraies causes de la crise, de notre promptitude à accuser l’autre pour nos tares.

Il est temps que cela change, et comme cela a déjà été écrit à plusieurs reprises ici, l’existence même du Mali en tant que pays unitaire n’est pas assurer.

 

Politiques et opinion publique la rupture consommée

Une élection présidentielle dans notre système tient du rationnel, mais aussi de l’irrationnel. Le rationnel c’est son coté mathématique, celui des candidats qui obtient la majorité rafle la mise et rien pour les perdants, ce que l’on appelle la tyrannie de la majorité. Et dans cet exercice les politiciens chevronnés savent qu’il y a un passage obligé au soir de l’élection pour le vainqueur, celui d’appeler au rassemblement du pays derrière lui.

En 2013 la situation du Mali était compliquée, on sortait d’un coup d’Etat, une partie du territoire était occupée et on avait la présence massive de la Communauté internationale. En 2015 un Accord a été signée et le la normalisation programmée dans un document accepté par toutes les parties sous l’égide de la Communauté internationale.

Lors du second tour de l’élection présidentielle de 2013 le candidat malheureux Soumaila Cissé a offert une belle occasion de rassemblement au futur Président de la République en lui rendant visite le soir, reconnaissant sa victoire, donnant ainsi l’image d’un pays unifié derrière un homme.

Ils avaient comme beaucoup d’observateurs senti que dans la situation dans laquelle se trouvait le pays, ce dont il avait besoin était l’unité de la Nation derrière le  Président ,ce qui allait donc constituer un avantage considérable dans les rapports de force qui allaient s’installer dans le cadre des négociations sous l’égide de la Communauté internationale.

De couacs en couacs, le pouvoir s’est isolé et il a perdu le soutien d’une partie de son opinion nationale interloquée par l’affaiblissement de l’autorité du chef face aux dérives évidentes de certains de ses lieutenants. Trois choix ont été implicitement offerts aux citoyens, continuer à soutenir le régime, qui les avait délaisser, s’en détacher, ou le combattre politiquement.

Cette cassure a contribué fragiliser le pays lors des négociations d’Alger et continue à le fragiliser aujourd’hui dans les rapports qu’il entretient avec la Communauté internationale, qui a eu un temps bon dos lorsqu’il fallait trouver un coupable à la situation  du Mali. C’est mal connaitre ce que renferme ce terme que de vouloir lui attribuer un quelconque pouvoir. Elle n’est qu’agglomération d’intérêts divergents et non un bloc homogène avec une politique clairement définie.

Le Président IBK avec l’expérience qui est la sienne a bien senti une cassure au sein de l’opinion, et les résultats de l’élection municipale dans plusieurs centres urbains sonnaient comme un rappel brûlant, a tenté d’y répondre dans ses vœux de nouvel an à travers ce qu’il a appelé le Programme d’urgence sociale. A travers ce programme le Président a la volonté multiplier les cantines scolaires, faire des pistes rurales, développer les centres de santé communautaire, Eau, Electricité etc…sans expliquer comment financer tout cela.

Cette annonce n’a pas fait mouche, ses conseillers ont bien tenté de vendre ce nouveau concept dans la presse sans pour autant susciter le moindre enthousiasme sur la question, ils sont à bout de souffle, grisés d’une part par une opinion nationale et une presse globalement hostiles  et pétrifiés d’autre part par la situation sécuritaire et humanitaire au centre et au nord du pays.

De plus au sein de l’appareil d’Etat ceux motivés par la parure ont gagné la bataille sur ceux mobilisés par l’intérêt national et la reconstruction du pays. Ils ont perdu la bataille idéologique et qui oppose ceux venus pour le confort des maroquins et ceux que l’on appellent désormais, les idéalistes et qui ont le tort selon les premiers de penser aux pauvres et aux indigents.

Enfin on a une opinion nationale qui a beaucoup changé et qui n’a plus la même vision de l’avenir qu’en 2013. A l’instar de beaucoup d’autres pays, il y a un rejet des Hommes politiques qui est très fort et une plus grande confiance dans les chefferies traditionnelles et religieuses (toutes confessions confondues) un temps délaissées. Avec au fond cette idée qu’il faudrait introduire une dose conséquente de morale religieuse dans l’action publique sans pour autant franchir le cap de la théocratie.

Un pouvoir sans opinion publique est fragile, et il l’est aussi dans les rapports qu’il peut entretenir avec ses partenaires internationaux. Quant à savoir s’il fallait apporter un soutien au Gouvernement dans les épreuves qu’il va affronter beaucoup de maliens ont fait le choix de suivre tout ça avec beaucoup de distance.

Il est désormais difficile pour tous les politiciens de susciter l’intérêt de la population, ils l’ont bien senti, d’ou leur présence massive lors de la célébration du Maouloud organisée par l’Imam Haidara en décembre 2016, comme pour valider la fusion totale entre la politique et le religieux, dernier garant de l’ordre morale et de la justice sociale, qui fait tant défaut à l’action publique.

L’opinion publique est le résultat du fonctionnement des interactions  sociales et politiques, elle est la base du pouvoir, une fois perdue il faut la reconquérir, cela passe le plus souvent par de la manipulation subtile, et à ce petit jeu la, certains ont déjà un temps d’avance.

 

A propos du débat sur le Franc CFA

Dans plusieurs pays, un mouvement plus ou moins structuré, autour d’intellectuels du courant fourre-tout pan-africaniste tente de mener une fronde contre le Franc CFA.

Pour ces derniers, cette monnaie est le symbole de la survivance de la francafrique et de la politique néocoloniale française, qui a pour objet de maintenir les peuples d’Afrique francophone dans la dépendance, et la pauvreté. Ce débat de politique monétaire est ancien, et capital, notamment avec la recomposition des équilibres internationaux, mais n’a jamais su soulever les foules.

A l’indépendance plusieurs courants idéologiques se sont affrontés de manière parfois violente en Afrique francophone, il y avait d’une part les panafricains tendance communiste qui pensaient qu’il fallait couper le cordon avec la France et dès lors, le Franc CFA apparaissait comme l’emblème de ces liens.

L’autre courant pensait qu’il fallait au contraire maintenir les liens avec la France, et que dans l’Afrique post 1960, le Franc CFA représentait une monnaie sérieuse capable de rassurer les investisseurs et favoriser l’essor de leurs pays. Avec le soutien de la France, ce courant sera celui qui occupera le pouvoir, et n’osera jamais s’attaquer au dogme du CFA, et ce malgré la dévaluation dans les années 90 qui fut un choc rude à encaisser.

Aujourd’hui les tenants de cette ligne sont par le cycle naturel de la vie, en bout de course, vous ne trouverez pas grand monde pour défendre ouvertement le maintien de la politique monétaire actuelle, une génération ouverte sur le monde a pris le pouvoir et sent bien qu’il n’est plus possible de continuer dans ce sens, mais que faire?.

Les mouvements panafricains entre temps ont muté, ils sont devenus altermondialistes, leur vision du monde et leur idéal économique et politique s’est affirmé, ils sont toujours farouchement opposés au CFA et à la Francafrique. Le message a  une plus grande résonance que dans les années 60, la vague démocratique des années 90 et internet sont passés par la.

Il y a eu l’émergence des dragons asiatiques, et le basculement économique de l’Afrique FCFA vers l’Asie, de plus plusieurs événements ont favorisé le redéploiement de la France dans certains pays notamment en Côte d’ivoire et au Mali ont permis remettre au gout du jour des concepts et des mots qui avaient disparu du langage d’une partie des intellectuels africains.franc-cfa-afp

Cependant les mouvements anti-cfa commettent à mon les mêmes erreurs que leurs aînés, car plutôt que de poser le débat de manière technique, ils s’efforcent de le poser de manière émotionnelle, ce qui dénote aussi de la faiblesse argumentaire assez récurrente à ces mouvements qui défendent des idées sans toujours pouvoir les argumenter autrement que par l’émotion et des grands principes.

La monnaie c’est la souveraineté, quand on a dit ça qu’est-ce qu’on fait? Si nous prenons le cas de la CEDEAO, il existe 2 zones monétaires la ZMAO et l’UEMOA, ces deux zones travaillent à la convergence pour aller vers une monnaie unique et donc la sortie probable du CFA. Ce débat présent depuis 10 ans n’a jamais vu la contribution des frondeurs actuels, comme si dénoncer était plus important que d’apporter une solution alternative.

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Ceux qui ne mènent pas la fronde, sont pour leur part tétanisés à l’idée d’un débat public sur le CFA, préférant parfois le confort que leur offre cette monnaie sous couverture de l’euro que d’affronter le marché avec des économies pas aussi solides qu’on veut bien le croire et des régimes politiques fragiles n’arrivant pas à répondre à l’immense demande sociale liée au boom démographique.

De manière assez scolaire il est généralement admis que la politique monétaire répond à 3 objectifs: des taux d’intérêts stables, la stabilité des taux de change et la stabilité des prix, elle permet d’agir sur l’économie, par la gestion de l’inflation, la capacité d’investissement et le pouvoir d’achat des ménage ainsi.

Certains pays sont dans une certaine fragilité depuis 10 voire 15 ans, alors on peut comprendre la frilosité des dirigeants à vouloir lancer ce débat, sans soutien de ses pairs, Contrôler sa propre monnaie commence aussi par bâtir des états stables, justes et démocratiques respectant les droits de chacun.

En conclusion je dirais qu’avant de s’attaquer à la politique monétaire, il faut construire la paix, la sécurité,  et la stabilité, permettant de construire une économie stable capable d’encaisser les attaques sur sa monnaie par exemple, et qui ne sombrerait pas du jour au lendemain dans l’instabilité entraînant ainsi une dépréciation de cette dernière.

Vous avez donc d’une part ceux qui mènent le débat sans apporter de solution et ceux qui ne veulent surtout par y participer de peur de tout chambouler, et au milieu les citoyens.

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Exemple Somaliland 

 

Les élections, le désamour entre le peuple et les partis politiques.

Résultat de recherche d'images pour "ibk election"Il faut se féliciter que le Gouvernement ait pu tenir les élections communales sur l’ensemble du territoire. Sur 703 communes, 68 n’ont pu élire d’élus municipaux, et sur 21000 bureaux de vote, 1000 ont été touchés par des violences.

Dans le contexte malien, cette élection constituait un défi sécuritaire, organisationnel et humain. Si les violences sont à déplorer et notamment le décès de 5 soldats victimes d’une embuscade, l’organisation des élections communales constitue un grand pas, vers le retour de l’administration dans plusieurs zones. Le Gouvernement a su passer outre les réticences de l’opposition et la position de la CMA, qui en tant que mouvement déniait à un Gouvernement souverain le droit d’organiser des élections.

Pour les 68 communes, qui n’ont pu élire un conseil communal, il s’agira maintenant de procéder à la mise en place d’autorités intérimaires communales dans chacune d’entre elles. Il s’agit principalement de communes dans les Régions de Mopti, Tombouctou, Kidal, Gao, où des bureaux de votes ont été attaqués par ceux qui pensaient ne pas pouvoir remporter le scrutin et devaient coûte que coûte interrompre le processus, mais aussi par des groupes locaux, voyant d’un mauvais œil le retour de l’État sans leur assentiment.

Les résultats, avec un taux de participation autour de 25%, ne sont pas encore définitifs, mais comparés aux législatives et à la présidentielle, le RPM du Président IBK est en fort recul. Malgré la forte implication des barons locaux dans leur fief, le RPM est devancé ou talonné à Koulikoro commune du PAN Issiaka Sidibé, à Mopti, Sikasso, Gao etc…Le bilan national n’est pas radieux, compte tenu de la « tradition » qui depuis 26 ans, favorise le parti au pouvoir raflant généralement toutes les élections.

Il y a dans ces élections un double message envoyé, le premier à la classe politique dans son ensemble. Le faible taux de participation, est le signe que le peuple après le fort engouement pour la Présidentielle de 2013, ne voit plus l’intérêt d’être impliqué dans la chose publique, avec au fond ce sentiment que peu importe celui qui sera au pouvoir, les choses ne changeront pas vraiment pour eux.

Puis un second envoyé au Parti au pouvoir, pour dire qu’il a déçu, que les réformes envisagées n’arrivent pas. La question que se pose beaucoup de maliens est la suivante: Qu’est ce qui a changé depuis 2013? La Gouvernance? L’emploi? La Justice? La défense?

C’est un avertissement envoyé à la classe politique et plus spécifiquement à la majorité Présidentielle. Les difficultés du Mali ne sont pas observées, et exposées de manière concrète et méthodique, ce qui biaise d’une part le débat et ne facilite pas l’émergence de solutions nouvelles outre que les vieilles recettes inopérantes.

En suivant la campagne électorale, la première chose qui vous frappe, est que tous les candidats, toutes sensibilités confondues, font le même constat, et pratiquement avec les mêmes mots, puis proposent les mêmes solutions. Si tous les programmes des Maires élus sont appliqués, Bamako par exemple pourrait devenir la ville au monde qui compte le plus de rues pavées, de terrains de sport et de parcs…

Que cela soit au niveau local, ou au niveau national, les mêmes maux traversent le monde politique malien, on se dit au fond peu importe la manière, il faut arriver au pouvoir, advienne que pourra. Le travail et la construction d’un vrai projet, ça viendra quand ils seront aux affaires.

Il faut que le monde politique sorte de sa petite bulle, pour prendre le pouls d’une population, exaspérée, au bord de l’explosion, des barrières ont depuis longtemps sauté, les repères moraux et éthiques sont inexistants. Nous sommes dans une situation compliquée sur le plan politique, économique et social.

Les ronronnements et atermoiements non pas leurs places dans cette situation d’urgence, la brutalité non plus, mais il s’agit de regarder les faits tels qu’ils se présentent. Inutile de continuer à se mentir, le Mali n’est plus un grand pays avec un grand peuple, mais un pays qui boitillant, qui refuse, de se remettre en question, de se mettre au travail pour retrouver le rang qui doit être le sien.

 

CPI: Une certaine idée de la justice universelle

L’idée d’une justice universelle, renvoie à l’humanité, à l’idée que nous formons une communauté certes diverse, mais avec un socle commun, qui est le refus d’un certains nombres d’actes ignobles qui pourraient être commis par des membres de la communauté contre d’autres membres.

C’est l’idée que l’humanité ne devrait pas tolérer certaines ignominies et que ceux qui se rendraient coupables de tels actes devaient répondre devant la communauté entière, sans exceptions possibles. Cela deviendra encore plus vrai à la fin de la seconde guerre mondiale, face à l’horreur, il y a eu nécessité de punir certains crimes d’une rare gravité.

Parmi ces crimes, il y a le crime de guerre au regard des conventions de Genève et des protocoles internationaux.

Il y a le crime contre l’humanité qui selon l’Article 7 du Traité instituant la CPI est caractérisé par actes graves commis contre une population civile dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique pour des motifs d’ordre politique, racial, national, ethnique ou religieux.

Il y a le crime de génocide qui est aussi un crime contre l’humanité commis avec  l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique ou religieux, comme tel.

Pour que la CPI soit compétent en sus il faut que l’accusé soit ressortissant d’un État partie au statut ou qui accepte la juridiction de la CPI. A ce jour 124 pays. Il faut que le crime ait été commis sur le territoire d’un État partie ou qui accepte la juridiction de la CPI en l’espèce. Ou que le Conseil de sécurité ait saisi le procureur en vertu du chapitre VII de la Charte des Nations unies.

Voilà d’une manière globale de quelle sorte fut organisée l’idée d’une justice, universelle, qui au nom de l’humanité n’accepterai plus l’impunité pour qui que ce soit, car les crimes ci-dessus qui touche à la dignité humaine sont bien trop graves pour être ignorés.

A ce jour la CPI travaille sur plusieurs dossiers, Le Congo, le Mali, la Bosnie, la Libye, la RCA, le Darfour, Kenya et Cote d’ivoire., on peut également penser que la Cour pourrait se pencher sur le cas syrien, et pourquoi pas birman avec le cas des Roghingas minorité musulmane, victime de ce que l’on peut des attaques systématiques et ciblées.

Mais voila, aussi universelle que soit l’idée de justice, et de lutte contre l’impunité, la CPI a également depuis sa création fait l’objet de nombreuses attaques et de nombreux tiraillements.

La CPI ne fait pas l’unanimité, des membres du CSNU ne sont pas parties, et de nombreux pays africains, commencent à se retirer de la CPI, certains pour de réelles questions idéologiques, d’autres par pur populisme.

Le débat sur la CPI ne remet pas en cause l’idée de la justice universelle, et de la lutte contre l’impunité, elle remet la manière dont elle a été construite, avec l’idée que certains pays auraient le droit d’y échapper, alors que d’autres y seraient contraints par les premiers.

A tort ou à raison, le débat sur la CPI est lancé et c’est une bonne chose.

Développer l’éducation de masse pour un pays plus riche(1)

Il a été assez souvent fait, ici même et ailleurs, le bilan des 20 années de « démocratie », et des 56 années d’indépendance. Les tares du Mali sont connues, ses succès et ses échecs également, parmi ceux la l’école .

L’école à mon sens est la clé pour l’émancipation  du citoyen, et permet le développement du pays. Aujourd’hui les pays les avancés, sont ceux qui produisent le plus de citoyens éduqués, le plus de scientifiques, d’intellectuels, de personnes formées à un métier. Ces pays dominent les autres car ils ont un savoir qui le leur permet.

Il y a un lien fort en éducation et développement, il explique la différence de niveau de richesse entre citoyens d’un même pays, mais également entre États.

Jacques Brasseul professeur de Sciences Économiques dans son étude du lien entre l’éducation et le développement des États-Unis fait la démonstration suivante:  » Éducation de masse précoce -> Maîtrise technique répandue -> Croissance économique sur le long terme -> Niveaux de vie élevés ». il est d’autant plus facile d’acquérir de nouvelles connaissances et compétences que l’on possède déjà un stock de connaissances et compétences, ce qui permet à la maîtrise technique de se développer.  Hanusshek et Woesmann ont en 2008 pour leur part démontré le lien entre croissance économique et qualité de l’enseignement.

Dans cette démonstration le premier objectif qui est le développement de l’éducation de masse précoce n’est pas encore atteint, derrière le développement de l’éducation de masse, l’Etat y joue le rôle principal.

Malgré les milliards accordés à l’éducation, les écoles sont de plus en plus vétustes, les professeurs mal formés, mal payés en perte d’autorité. Le Mali de 1992 à 2002 a accompli de gros efforts,  le taux brut de scolarisation en 2001/2002 était de 64 % (75 % pour les garçons, 54 % pour les filles), très peu d’entre eux arrivaient cependant au niveau universitaire ou sortait avec la possibilité d’exercer un métier technique.

Contrairement à la légende, l’école ne se portait pas mieux sous la dictature de Moussa Traoré, puisque durant son règne le taux de scolarisation passera de 29% à 22%, ce qui ne doit pas donner à se réjouir, cependant cette minorité qui était scolarisée avait sans doute accès à un enseignement de qualité, avec la possibilité de se parfaire en dehors du pays, sans affronter les tracasseries administratives que nous connaissons de nos jours.

Face aux difficultés financières causées par les ajustements structurels des années 90, l’État fut contraint à favoriser le développement  des structures d’enseignement privées, avec là aussi des résultats mitigés. S’il y a des établissements qualifiés qui dispensent une éducation de bon niveau, environ 80% de ces institutions ne seraient pas aux normes, ajouté à cela la corruption et le clientélisme qui ont pu conduire à de nombreuses dérives.

L’État s’est aussi appuyé sur l’éducation communautaire, gérée par les communautés villageoises afin de permettre  au plus grand nombre d’avoir accès à l’éducation, avec des résultats mitigés, puisque 56% des garçons âgés de 12 ans en milieu rural n’ont pas eu accès à l’école, et 72% pour les filles du même age.

Il y a aussi eu un soutien à l’enseignement est franco-arabe dans les merdersa, qui représentent 15% des inscrits, cependant, il n’y a pas de données  fiables sur la qualité de l’enseignement qui y est dispensé.

Enfin il y a une baisse du niveau général, malgré le différents programmes d’investissement notamment Le Programme d’investissement sectoriel de l’éducation (PISE). Ce n’est faire injure à personne que de dire que nos enseignants ne sont pas suffisamment formés, qu’ils travailles dans des conditions difficiles et qu’ils sont très mal payés, toute chose pouvant conduire à un abaissement de la qualité de l’éducation.

S’il y a bien un secteur où l’État ne doit pas accepter de faiblir c’est l’éducation, pour cela il faut une reprise en main, du système, commençant d’abord par un investissement dans les infrastructures scolaires, permettant de répondre à la pression démographique. Le Mali ne manque pas si cruellement de moyen, ces moyens sont mal utilisés, et l’administration fiscale d’une efficacité relative.

Les IFM ont démontré leurs limites, il faut une reforme dans la formation des maîtres et pour enseigner dans les nouvelles classes construites il doit être permis à des diplômés d’Université d’embrasser la fonction d’enseignants du primaire ou du secondaire avec des salaires satisfaisants. Il y a en moyenne un maître pour 66 élèves, si l’on considère qu’il faut 1 enseignant pour 33 élèves, il faudra au moins doubler d’ici à 5 ans le nombre d’enseignants.

Les pistes de réflexion ne manquent pas, que cela soit du changement de programme, à l’instauration de l’école obligatoire de l’Age de 5 à 17 ans.

On parle souvent de refondation de l’État, nous devons également parler d’une refondation du système éducatif, qui devra être inclusive. Les Nations les plus éduquées sont les plus développées, le retard que nous accumulons dans la formation est en train de freiner l’émergence du pays.

Pistes de réflexion pour le développement d’une éducation de masse:

  • Taxe spéciale sur les produits miniers pour financer programme d’investissement éducatif,
  • Construction de 3000 classes supplémentaires par an sur 5 ans,
  • Embauche 15.000 enseignants sur 5 ans, principalement des diplômés d’Université
  • Conférence nationale pour la refondation de l’école dont l’un des résultats sera le changement de la durée de la scolarité et des contenus des programmes scolaires.
  • Cantine obligatoire dans toutes les écoles fondamentales (permet de lutter contre la malnutrition et favorise l’assiduité)