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Les subventions nocives.

Les subventions, et autres exonérations sont une aide que l’État apporte à un secteur donné de l’économie nationale, avec pour objectif  de soutenir ce secteur, pour  faire baisser les prix et donc d’augmenter le pouvoir d’achat des plus pauvres.

Présenter ainsi ça parait idéal, l’aide publique à la demande qui permet une relance économique par la consommation, or ces subventions ont un cout, et dans certains cas ne favoriser pas l’investissement privé, donc l’offre.

Prenons l’exemple de la société Énergie du Mali, la production en Gwh est passée de 631 à 1500 entre 2003 et 2014, et les subventions publiques de 7 milliards à 57 milliards. Le coût moyen de production en 2014 etait de 113 francs le Kwh quand le coût moyen de vente était de 96 f/Kwh.

En résumé vous avez une entreprise publique qui reçoit chaque année des milliards en subventions, et qui vend à perte. Elle accumule les dettes et a de plus en plus besoin d’être soutenue par l’État, qui s’enferme dans la dépense publique pour maintenir un prix artificiel.

 Vous comprenez qu’à un moment donné, avec la pression des bailleurs internationaux, les prix vont augmenter pour éviter la faillite d’EDM avec les conséquences que l’on sait sur la vie des ménages, et, eviter que l’État ne continue à s’endetter.

Clairement nous sommes en face d’un système perdant-perdant économiquement. Un plan de relance pour la période 2014-2020 a bien été mis en place, mais il apparaît d’ores et déjà insuffisant face à l’ampleur des difficultés..

EDM S.A a besoin d’un investissement colossal et soutenu, avec une politique de diversification des sources d’énergie (Solaire, éolien).

Il est bon de noter que les centrales thermiques ont un cout de fonctionnement qui  dépend du prix du pétrole, pétrole qui aussi est subventionné par l’État. Vous avez donc des subventions, pour payer un produit subventionné, pour vendre un produit à perte.

Donc pour sauver EDM, il faut plus insister sur l’investissement que sur les subventions et accepter momentanément une hausse des prix qui aura un impact majoritairement sur la classe favorisée, plus consommatrice que les plus pauvres. En baissant les subventions on favorise les investissements privés, plus à même de fournir un service de qualité à moindre cout.

Autre secteur subventionné, l’alimentaire et plus précisément le riz. Là encore il faut être franc, les subventions aux importations ont tout simplement contribué à affaiblir  la production locale. Ces subventions accordées pour des raisons qui peuvent paraitre de prime abord logiques, ont un impact négatif sur la sécurité alimentaire.

D’après des chiffres de Djibril Aw expert reconnu « la production du riz au Mali était  de 185 000 tonnes de paddy en 1961  avec une population d’environ 3 425 000 habitants à raison de 27 Kg de riz par habitant contre 2 500 000 tonnes en 2015 avec une population d’environ 18 millions d’habitants et 81 Kg de riz par habitant par an. »

Le Mali importe  aujourd’hui en moyenne 300 000 tonnes de riz/an. Le pays a donc besoin d’augmenter sa production de riz pour satisfaire la demande intérieure. Plutôt que d’investir dans l’aménagement des terres, et le développement du rendement à l’hectare, on a fait le choix d’offrir de l’argent public à des sociétés ou des hommes pour importer. Avec l’explosion démographique la part des importations va aller croissante, or l’autosuffisance alimentaire est un objectif politique à atteindre lorsque l’on veut se developper.

En conclusion, la subvention, si elle profite un temps aux consommateurs nuit à la production car le riz importé n’a pas le même niveau de compétitivité que le riz produit localement, au final on tue une filière, détruit des emplois et crée des pauvres.

Que retenir de ces deux cas emblématiques?

Que les subventions sont de nature à freiner l’investissement privé, et sans investissement privé il est difficile de faire développer un secteur et d’offrir à la population les services adéquats. Il apparaît nécessaire pour l’État d’augmenter sa part d’investissement dans la modernisation du secteur de l’eau, de  l’énergie et l’agriculture, pour se désengager par la suite au profit du secteur privé.

Maintenir ses secteurs sous subventions et/ou favoriser les importations c’est construire les fragilités de demain. Un État stratège doit soutenir ses secteurs clés, tout en ayant un plan de désengagement pour laisser la place aux privés.

 Sur un plan politique, il est difficile de dire aux gens, qu’ils vont connaitre une période difficile avec une hausse des prix, du fait du désengagement étatique, mais il faut passer par là pour restructurer ses secteurs clés.

Mali: Education et santé, deux secteurs en crise.

L’éducation et la santé sont deux secteurs clés du développement d’un pays. Ils agissent directement sur ce que l’on appelle le capital humain, et le capital humain est ce qui permet effectivement à un pays comme le nôtre de progresser.

Il est logiquement admis qu’une population qui a bénéficié du savoir, développé des compétences dans divers domaines, en bonne santé est un facteur d’accroissement de la richesse nationale.

L’éducation et la santé sont donc deux politiques stratégiques à mettre en œuvre pour tout gouvernant qui souhaite l’essor de son pays et le bien-être de son peuple, ce n’est pas pour rien que ces deux secteurs représentent en moyenne  40% du budget national.

Or la qualité des services malgré un investissement colossal, n’est pas à hauteur de souhait. Depuis 20 ans le niveau général de l’instruction a baissé au Mali. Il est apparu une cassure entre une minorité très diplômée ayant eu accès à des études de qualité et une majorité délaissée. Ici il n’y a pas de distinction entre ceux qui ont eu un parcours à l’extérieur du pays et ceux qui y sont restés. Ce critère bien qu’appréciable ne saurait être déterminant.

Idem pour le système de santé où il y a là aussi eu une cassure entre ceux qui ont accès aux meilleures soins et la majorité qui est peu ou pas prise en charge du tout, dans des centres où la qualité des soins est médiocres, du fait de l’insuffisance de formation des personnels de santé ou de l’absence d’infrastructures.

Le décrochage est lié à deux évènements et une fausse bonne idée qui s’avère aujourd’hui être une erreur stratégique majeure. Tout d’abord il y a eu la dévaluation du Franc CFA dans les années 90 qui a beaucoup affaibli nos États, puis les politiques d’ajustements structurelles de la Banque mondiale et du Fond monétaire international.

Ces politiques avaient principalement pour objectifs de réduire le train de vie de l’État, de faire des économies çà et là. C’est ainsi qu’on a dans un premier temps taillé dans les dépenses militaires, avant de commettre une erreur terrible, celle de prôner la libéralisation à tout va du secteur de l’éducation et de la santé.

Face à la démographie galopante et les faibles moyens de l’État, cette libéralisation pouvait paraitre logique, mais dépendait amplement de la bonne foi des promoteurs privés et de l’administration.

Le monstre a fini par échapper à son créateur, en multipliant les centres de santé et les écoles privés, nous avons dilué les problèmes, sans les résoudre, nous avons permis l’émergence de mafias dans le système éducatif qui inondent le marché de  l’emploi de jeunes peu ou mal formés, ayant pour beaucoup bénéficié de largesses pour obtenir un diplôme.

La promotion des cliniques privées par des médecins d’hôpitaux publics, a détruit le système de santé public, et crée deux classes de malades, une minoritaire ayant accès à toutes les commodités et une majoritaire n’ayant pas les moyens de se soigner convenablement.

Le lien est fait, entre ceux bénéficiant d’une bonne éducation, et de bons services de santé, la minorité nantie, et ceux ne bénéficiant pas des meilleurs soins et des meilleures conditions d’éducation.

Si cette position procède du raccourci, il n’en demeurre pas moins, que ce constat cruel est proche de la réalité et s’accentue encore plus lorsque l’on oppose zone rurale et zone urbaine.

Cela étant dit, ce n’est pas tant la libéralisation qui est en question, que la moralité des acteurs et notamment des acteurs étatiques devant d’une part, s’assurer que les populations bénéficient des meilleurs services sociaux  publics possibles et d’autres part scrupuleusement controller les structures privées.

Encore une fois, on en revient à la bonne gouvernance, et au refus d’une administration gangrenée par la corruption d’assumer son rôle, pour le bien-être des maliens.

L’injustice sociale qui découle de cette situation combinée à une démographie galopante, nous conduit droit dans le mur et vers une implosion sociale. Il apparait plus que nécessaire pour les gouvernants de mettre en place une politique de la santé et de l’éducation capable de réduire les écarts actuels et de gommer les différences. Cela demande bien sûr du temps et beaucoup de courage, mais avons- nous le choix? Reformer ou disparaitre il faut choisir, et ne pas choisir c’est déjà choisir.

Edito: les maliens ont raison de s’intéresser aux élections en France

L’élection en France, comme celle aux États-Unis avant, passionnent les maliens, et les africains en général. Les débats sur les réseaux sociaux et dans les grins font rage, entre les supporters de Macron, Lepen, Mélenchon, de Clinton ou Trump jadis.

Les débats sont à placer dans le cadre des relations entre la France et les pays africains, et au Mali, ils ont été particulièrement suivis, en janvier 2013 il y a eu serval, puis Barkhane et naturellement on se pose des questions sur l’impact des élections sur les opérations françaises au Mali et au sahel.

Cet intérêt exprimé pour la politique française et les élections a provoqué des réactions de la part de certains que l’on pourrait qualifier donneurs de leçon professionnels, qui considèrent que les maliens devraient plutôt s’intéresser à leurs propres affaires avant tout.

C’est une erreur de jugement de leur part, et ils sont coutumiers du fait, car considérer que le Mali vivrait couper de ce qui se passe dans le monde et notamment en France ou aux USA est un non-sens dans le siècle où nous vivons. A l’époque de la globalisation ce qui se passe aux États-Unis ou en France a un impact sur ce qui se passe au Mali ou ailleurs.

Penchons-nous sur le cas de Trump, ce dernier a annoncé une réduction de l’aide au développement de 30%, et une réduction de l’appui financier des USA à l’ONU. Quand on a une mission de maintien de la paix dans son pays, et un bailleur comme USAID qui financent des centaines de projets, on est dans l’obligation de s’intéresser à ce qui se passe aux USA.

Les élections en France nous touchent plus particulièrement du fait de notre passé, mais aussi du fait de la forte diaspora présente dans ce pays.  On peut y voir également un appétit pour la politique, pour le débat et le combat idéologique, les enjeux étaient connus de tous avec d’une part une vision d’une France ouverte sur le monde et d’autre part celle refermée sur elle-même, et chacun mesurait ce que cela pouvait signifier dans nos relations.

Il n’est démontré nulle part que s’intéresser à la politique internationale reviendrait à se désintéresser de la politique nationale, bien au contraire, il y a parfois, une volonté de reproduire ce qui se passe ailleurs, comme les primaires, les grands débats politiques etc…

Si l’on regarde de plus près, le nouveau code électoral du Mali en son article 70, stipule qu’il est organisé un débat contradictoire entre les candidats à l’élection Présidentielle entre les candidats s’il y a lieu, de plus on assiste à une recomposition des partis politiques sur des critères idéologiques certes flous, mais qui tentent de reproduire les standards de l’idéologie politiques, avec un pôle de gauche, un pôle du centre et un de droite. Le militantisme se développe, et le projet de constitution tente d’enrayer le phénomène de nomadisme politique. La campagne pour l’enrôlement sur les listes électorales bat son plein également sur les réseaux sociaux et dans les associations de quartier.

Après tout la France est une vieille démocratie, qui a fait ses preuves, pourquoi devrions-nous nous détourner d’un fait politique majeur. Le monde entier regarde ce qui se passe en France, pourquoi n’aurions-nous pas le droit de faire de même? En quoi s’intéresser à la politique internationale nous couperait-elle de la politique locale.

Je crois bien au contraire que cette élection en France et la victoire probable de E. Macron jeune candidat de 39 ans, réformateur et promoteur de la sociale-démocrate, dans un pays englué dans la politique des petits pas menée par des apparatchiks,  peut donner des idées et le parallèle est vite fait, avec nos gérontocraties inamovibles.

Nous n’attendons pas de messie, mais un message doit être lancée à la jeunesse malienne militante, volontariste urbaine et rurale,  lui dire qu’il est possible de faire bouger les lignes, et d’en finir avec un système qui nous fait stagner depuis 30 ans, le temps n’est plus au pessimisme et au fatalisme.

 « L’élite mondialisée » du Mali, est ouverte sur le monde et vit amplement tous les évènements de Bangkok à Montevideo,  donne son avis sur la destitution de Dilma Roussef, sur les manifestations à Caracas et sur le #BlackLivesMatter.

Plutôt que de vouloir la déconnecter du monde, nous devrions plutôt continuer cette ouverture et entrainer le même mouvement dans les zones rurales.

 

Les défis du nouveau PM A.I.Maiga: Cap sur 2018

Après 3 mois de rumeur et de tergiversations, le Président a désigné Abdoulaye Idrissa Maiga comme Premier Ministre, le 4ième du quinquennat.

D’après nos informations, la décision de changer de chef de Gouvernement aurait été actée dès le mois de décembre 2016, mais le PM sortant, Modibo Keita, tenait à inscrire la Conférence d’entente nationale à son bilan. Au final, il a été mis en marge de la CEN, et s’en va à un moment de forte tension dans le pays.

Le bilan de Modibo Keita à la tête du Gouvernement du Mali est contrasté, il n’aura pas su mettre en place un dialogue constructif avec toutes les forces vives de la Nation, ce qui lui a valu de passer son mandat à tenter de contenir la fronde sociale. En effet jamais des syndicats dans ce pays, n’avaient atteint un tel niveau de radicalité dans leurs revendications, la grève illimitée est devenue le moyen d’expression par excellence.

Sur le plan économique Modibo Keita a perpétué les erreurs de tous ces prédécesseurs à ce poste depuis 2002, c’est à dire, tout dans la subvention, et très peu dans l’investissement. Il n’aura pas réussi à remettre sur les bons rails le secteur de l’agriculture, malgré une bonne volonté affichée, idem pour le secteur de l’industrie, dont le Ministère sectoriel ne semble pas faire cas des difficultés pour les entrepreneurs d’avoir accès aux crédits bancaires, et préfère investir dans des panneaux publicitaires pour vanter l’industrialisation du pays.

Sur le plan de l’éthique, de la morale et de la vertu, on nous avait vanté le PM lors de son arrivée comme un homme de rigueur qui allait remettre sur le droit chemin, l’administration, or ce ne fut pas les cas, les scandales financiers se sont enchaînés et lui-même s’est retrouvé empêtré dans une affaire de logements sociaux, qu’il a attribué à ses proches.

En définitive, Modibo Keita laisse le pays, un peu comme il l’a trouvé, s’il a tenté dans un premier temps d’apporter une touche de rigueur notamment au niveau de la gestion des finances publiques, très rapidement il est apparu dépassé par l’environnement qui l’entoure, ne trouvant aucune solution aux différentes crises sociales et sécuritaires. Repos bien mérité!

Le nouveau PM est l’ancien Ministre de la Défense, avec un bilan là aussi mitigé, il n’aura pas su à la suite de Thieman Hubert Coulibaly apporter les modifications nécessaires à l’outil de défense pour s’adapter à la menace. Ses soutiens affirment qu’il n’en a pas eu le temps, mais c’est la cruauté de l’exercice, le temps est compté. La presse le présente comme un homme de rigueur, parfois un peu rigide, et ce n’est pas sans rappeler les présentations qui étaient faites de son prédécesseur.

Les défis auxquelles il doit faire face sont nombreux, il y a la fronde sociale grandissante, la crise sécuritaire, la mise en œuvre de l’Accord, la réforme du secteur de l’éducation, de la santé, le chômage des jeunes, l’explosion démographique, etc…Vous l’aurez compris il est déjà trop tard pour ce quinquennat.

On admet généralement, sans que cela soit une règle absolue, qu’un Président de la République doit lancer dans les 100 premiers jours les grands chantiers qu’il souhaite voir réaliser lors de son mandat. C’est la période durant laquelle on fixe le cap, on montre la direction dans laquelle on veut aller, les années suivantes on procède à des réorientations, et la dernière année on présente les résultats au peuple pour une éventuelle réélection. On a du mal depuis 2013 à voir le cap!

Or il n’est pas raisonnable d’exiger du PM de résoudre les difficultés des maliens, dont la prise en charge n’est pas palpable depuis 2013, en moins d’une année. En réalité on a le sentiment, que c’est plus une équipe de campagne qui va être mise en place pour les échéances électorales, qu’un basculement dans la prise en charge des préoccupations légitimes des maliens.

En effet les échéances sont nombreuses, il y a les municipales partielles, les Régionales, le référendum constitutionnelle et la Présidentielle en 2018. En désignant son ancien directeur de campagne, ou en se le faisant imposer par son parti le Rassemblement pour le Mali (RPM), selon les versions, la course à la Présidence de la République vient de démarrer et ça les syndicats comme l’opposition parlementaire l’ont bien compris.

Vrai-Faux débat sur l’Azawad

Un mot est sur toutes les lèvres et dans toutes les bouches, c’est le mot Azawad. Malgré des débats passionnés, passionnants, des interpellations virulentes, la Conférence d’entente n’a pu trancher la question.

Il faut dire que la question éveille toutes les passions, et pour tenter d’y répondre il faut réussir le difficile exercice de se mettre à la place des opposants, des partisans et tenter de faire un exercice de synthèse.

Sur un plan géographique, l’Azawad est une cuvette située entre Tombouctou et Araouane, c’est une zone où venaient paitre les animaux. Vous retrouvez ce nom sur toutes les cartes officielles du Mali, produites par l’institut de géographie du Mali. Donc sur l’existence du terme il ne doit pas y avoir de débats donc pour ceux qui persistent à dire que l’Azawad n’existe pas, il y a lieu de mettre un peu d’eau dans le tchapalo.

Pour les mouvements rebelles, qui réclament une autonomie, ou une indépendance, il est nécessaire de réunir un certain nombre d’éléments fédérateurs. Pour cela on délimite le territoire que l’on revendique, on choisit un drapeau et on baptise les lieux. Voilà comment depuis les années 90 les mouvements ont décidé de revendiquer l’autonomie de l’ensemble des trois régions du Nord, qu’ils ont décidé d’appeler Azawad. Ils auraient pu décider de l’appeler autrement.

C’est donc le nom de baptême qui a été choisi et qui restera dans les mémoires. La plupart des groupes armées utiliseront le terme Azawad sans leur cycle sauf le Mouvement touareg du Nord-Mali (MTNM), Alliance démocratique du 23 mai pour le changement (ADC), et  l’Alliance touareg du Nord-Mali pour le changement (ATNMC).

En d’autre terme ils ont choisi le terme Azawad et lui ont donné un contenu politique, une délimitation géographique, un drapeau, et ce sont battus pour  son indépendance, son autonomie, ils auraient très bien pu l’appeler l’Adrar.

Sauf qu’à force de ne pas apporter le traitement politique efficace, et à continuer à mettre la poussière sous le tapis, la notion de l’Azawad politique est devenue le point de ralliement de tous les radicaux de la zones, décidés à prendre les armes pour exprimer leur rejet. Pour motiver du monde vous avez besoin d’un objectif, d’un projet politique et c’est ce qu’est devenu l’Azawad.

Pour les autres, la majorité des Maliens et spécialement des habitants des 3 régions du nord l’Azawad est une supercherie qui n’a jamais recouvert ces 3 Régions du nord, sans aucune existence historique. Pour eux c’est le projet politique qu’il faut combattre, car ils sont directement concernés par les conséquences des conflits qui peuvent en découler.

Ils reconnaissent cependant l’existence de l’Azawad comme une cuvette située dans la Région de Tombouctou/Taoudéni comme il existe d’autre zone dite géographique et culturelle comme le Dendi, Le Gourma ou le Wassolou.

Ces deux positions sont réconciliables et pour cela, il faut appliquer d’une part la loi, qui confère à chaque région du Mali le choix de prendre la dénomination qu’elle souhaite, de plus il faut dépolitiser cette notion.

Dès lors que les Accords de Ouaga ont été signés et que tous les mouvements rebelles acceptent l’unité et l’intégrité nationale, l’Azawad comme symbole d’une revendication autonomiste, tombe, mais il faut y apporter le traitement politique nécessaire afin de désamorcer les esprits.

Les rebelles d’aujourd’hui sont les enfants du pacte nationale, pacte qui n’a pas permis de résoudre justement la crise politique née en 1991, qui n’a pas permis de recoudre le tissu social et de baptiser ce que l’on présentait alors qu’on la nouvelle Nation malienne.

En réalité tout ce débat autour de l’Azawad est une façon de faire croire qu’on prend en charge les préoccupations de ces partisans, quand en réalité, plus que de sémantique ils ont besoin de voir se concrétiser les projets de développement, le retour de la sécurité, des services sociaux de base.

Tant qu’il y aura des révoltés, le débat sur l’Azawad ne sera pas clos, il faut donc gagner les cœurs et les esprits!

 

Edito: Il faut une solution politique à la crise du Centre.

Depuis, la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, le nord du pays connait un terrorisme et un banditisme résiduels. Les terroristes appliquent une stratégie classique, c’est-à-dire, harceler les forces (Minusma, FAMA, Barkhane) par des attaques dites « asymétriques ».

Cette situation était prévisible, on savait en 2013, qu’ils quitteraient les villes, pour se réfugier en brousse, ou se mêler à la population pour mener des attaques spectaculaires en nombre réduit, on savait également que tout retard pris dans la mise en œuvre d’une solution politique au conflit leur serait favorable.

Ce que nous avons été peu avoir est la déflagration de la situation politique, sociale et sécuritaire dans le centre  du pays, et les impacts que la crise dite du nord avait eu sur les équilibres déjà fragiles. Aujourd’hui on tente d’y apporter une réponse sans vraiment cerner les causes exactes.

Pour les uns il s’agit de terrorisme, dans le sillage des prédicateurs Amadou Kouffa et Ibrahim Malam Dicko, pour les autres il s’agit de règlements de compte liés à des conflits ancestraux entre pasteurs et agriculteurs, et enfin pour les derniers il ne s’agit ni plus ni moins que d’une instrumentalisation pour déstabiliser le Mali.

Il y a un peu de vérité dans tout ça, tout d’abord, dans sa stratégie pour répandre la terreur en Afrique de l’Ouest les leaders d’Al-Qaïda au Maghreb Islamique ont toujours essayé de se baser sur les communautés locales, et de profiter de la situation d’extrême fragilité dans laquelle elles se trouvaient.

C’est ainsi que l’idéologie dite radicale s’est peu à peu répandue, et qu’avec la crise de 2012 plusieurs groupes sur bases communautaires se sont ralliés à Aqmi, il s’agit notamment d’AnsarDine et du Mujao, ce dernier était présenté comme un mouvement contenant une forte communauté peul, notons que certains ont rejoint ce mouvement plus pour assurer la sécurité de leurs communautés que par adhésion idéologique.

Lorsque l’Etat est inexistant le dernier rempart, la dernière structure qui tient est celle du clan, de la Communauté, et c’est ce que l’on a vu dès 2012, lorsque chaque communauté, a commencé à chercher des armes pour se protéger. Le caractère inter/intra ethnique du conflit s’accentue à partir de ce moment.

Certaines communautés pastorales gardaient un ressentiment très fort envers, les autorités traditionnelles, les représentants de l’Etat et des groupes ethniques bien précis. Si vous ajoutez des rancœurs anciennes, un afflux d’armes, et aucun contrôle de l’Etat, vous obtenez une zone de non droit, ou la vie est rythmée par des règlements de compte.

C’est ainsi que les premières cibles du mouvement surnommé par la presse « Front de libération du Macina », furent des maires, des agents des eaux et forêts, des chefs religieux et coutumiers. Dans un second temps, le conflit monta en intensité avec des affrontements avec les communautés dozos, avec de nombreux massacres dans plusieurs villages. Ce conflit comme celui du nord, nécessite un traitement politique et non militaire, car il tourne globalement autour du partage des ressources naturelles, certains conflits datant d’il y a plus de 60 ans.

La pression démographique a fortement réduit les zones de pâturages, et celles qui étaient protégées de la spéculation par la loi ont été justement vendues par des autorités locales, ce qui a contribué à provoquer des affrontements entre agriculteurs bambara, dogons et pasteurs peuls. Ce conflit agriculteurs/nomades n’est pas propre au Mali, ce qui change c’est que dans la même zone il y a plusieurs groupes prêts à exploiter ce conflit, à l’instrumentaliser pour atteindre leurs objectifs.

Les politiques aujourd’hui sont dépassés par ce conflit, et ne savent pas comment y répondre si ce n’est pas l’emploi de la force, qui est tout aussi nécessaire, mais la solution ne peut être que politique, encore faut-il avoir des interlocuteurs crédibles avec un pouvoir d’influence en face, les chefs traditionnels ont perdu ce pouvoir sur beaucoup de ces jeunes que l’on appelle « radicalisés ».

Cette problématique vient s’ajouter aux autres, dans un pays très fragile, qui tangue depuis 15 ans, du fait d’une classe politique et d’une société civile qui refusent d’admettre la dimension politique de ces crises.

 

Conférence d’entente nationale sur fond de mésentente générale.

La Conférence d’entente nationale est entendu par l’Accord pour la paix et la réconciliation issu au Mali, Article 5, comme un mécanisme qui doit permettre aux maliens d’apporter un traitement politique aux crises cycliques qui ont jalonné le septentrion malien. Pour ce faire, les composantes de la Nation malienne devront débattre sur les causes profondes du conflit, et dégager les éléments d’une solution pour la promotion de la réconciliation nationale.

Ce débat devra également prendre en charge la problématique dite de « L’Azawad ». Une Charte pour la paix l’unité et la réconciliation sera élaborée pour sceller l’unité nationale et l’intégrité territoriale.

Le Président de la République avait initialement annoncé la tenue de la CEN pour le mois de décembre 2016, avant de repousser celle-ci au mois de Mars 2017. Le Médiateur de la République, Mr Baba Akhib Haidara a été désigné comme Président de la Commission préparatoire, et Président de la Conférence d’entente nationale.

Dès lors ce dernier a entamé des consultations avec la CMA et la Plateforme, mais aussi des groupes non signataires de l’Accord, c’est-à-dire les dissidences de ces deux mouvements, la société civile, les parties politiques, et les syndicats.

Plusieurs visions se sont alors opposées sur la tenue de la CEN, tout d’abord celle des mouvements signataires de l’Accord, qui considèrent d’une part qu’ils n’ont pas été impliqués dans l’organisation de la tenue de la CEN et que d’autre part tant que les réfugiés n’étaient pas de retour, il ne fallait pas procéder à la tenue de la CEN, d’autant plus que selon leur entendement la CEN arrivait après le processus de cantonnement-DDR-Intégration.

Puis celle des partis politiques de l’opposition, de la société civile et des syndicats, qui considèrent qu’étant donné la situation globale du pays, le front social en ébullition et la mauvaise gouvernance, la CEN devait être assimilée à des assises nationales, et qu’en l’état actuel la CEN ne ferait que la promotion de la partition du pays.

La précipitation et la cacophonie régnant autour de la tenue de la CEN n’est que la conséquence de la dérive dans la mise en œuvre de l’Accord. En effet, si l’on se réfère aux dispositions du chronogramme de mise en œuvre de l’Accord, la première de étape était le cantonnement, suivi du redéploiement des FAMA et de l’administration, puis du processus de DDR, tout ceci en parallèle avec les actions humanitaires et de développement. Les autorités « intérimaires » arrivaient par la suite, et uniquement dans les zones où il n’était pas possible d’avoir une représentation de l’État.

Or  dès le départ il a fallu 10 mois pour régler en partie la question de la représentativité de tous les signataires au Comité de suivi de l’Accord, entraînant ainsi des difficultés majeures dans la mise en œuvre de l’Accord, le blocus de la ville de Tombouctou par le mouvement Congrès pour la justice dans l’Azawad, en est un exemple.

Ceci explique aussi pourquoi le Président de la CEN a tenu à rencontrer ces groupes qui aujourd’hui ne sont pas pris en compte dans la mise en œuvre de l’Accord, notamment sur le MOC et le DDR, mais qui représentent pour certains un poids militaire important sur le terrain.

Le risque est que la CEN ne soit qu’une conférence de plus qui ne répondra pas aux exigences de l’exercice, elle risquerait de créer plus de frustration, et de difficultés pour la suite de la mise en œuvre de l’Accord, et plus globalement dans le pays.

Passer à côté des questions essentielles, telles que la construction de la paix, la réconciliation nationale et la reconstruction du tissu national, ne peut que desservir le futur du Mali et de la Nation que l’on veut bâtir et plonger ce pays dans une crise plus grave que celle qu’elle a connu et qui profitera aux extrémistes.

Concernant la poursuite du processus de paix, le défi auquel il faudra s’atteler c’est celui de la représentativité, car on assiste à une multiplication des groupes crées sur des bases ethniques et avec des revendications locales, auxquelles on ne semble pas etre en mesure de répondre, et cela crée plus de frustration et plus de désordre, qui profite aux ennemis de la paix.

Enfin plus généralement, il y a une forte tension dans le pays, avec un front social en ébullition du nord au sud et le nombre de mécontents, va grandissant. Cette situation ne présage pas de lendemains radieux, il est important dès à présent pour les décideurs de prendre la mesure du problème et d’agir en conséquence.