Quelques idées sur la démocratie au Mali.

Au Mali, au Burkina Faso et en Guinée trois Présidents ont été renversés à quelques mois d’intervalle. Ces prises de pouvoir par des acteurs armés ont été salués par une partie de la population. Les régimes en place faisaient face à des contestations parfois violentes. Le forcing de Alpha Condé 83 ans, pour accomplir un 3ième mandat aura coûté la vie à plus de 90 personnes selon l’opposition. Au Mali ce sont les résultats contestés des législatives de 2020 qui conduiront le régime à sa perte avec là aussi la mort de plusieurs manifestants. On note un point commun à toutes ces manifestations, une soif de démocratie. Cette soif peut s’expliquer par une dérive observée au sein de nos Etats depuis une quinzaine d’années.

Plusieurs organismes dont Freedom House et The Economist group (EUI) analysent annuellement l’état de la démocratie dans le monde en se basant sur plusieurs dizaines d’indicateurs dont la qualité du processus électoral, le cadre partisan, les libertés, le fonctionnement des institutions ou encore la culture politique. La trajectoire du Mali (qui nous intéresse ici) est significative, le pays est passé selon EIU d’une démocratie considérée comme imparfaite en 2006 à un régime hybride en 2015 et enfin à un régime autoritaire en 2020. C’est une détérioration significative du système démocratique qui se traduit par des Institutions patrimonialisées, des élections ni libres ni équitables, un Etat de droit faible et une corruption généralisée. La dérive vers l’autoritarisme s’accompagne de privation des libertés fondamentales et de l’affaissement du système judiciaire.

Koffi Annan déclarait à juste titre en décembre 2000 à Cotonou que « Les Africains, j’en suis convaincu, ont beaucoup à apprendre sur ce qu’est la démocratie en puisant dans leurs propres traditions et peuvent faire bénéficier les autres de ces enseignements. Nous devons nous pénétrer de l’idée que la démocratie ne se résume pas à la tenue d’élections ni au choix d’un candidat ou d’un parti représentatif de la majorité. » Or c’est la voie qui a été privilégiée.

La période entre 2006 et 2020 couvre les Présidences de Amadou Toumani Touré et de Ibrahim Boubacar Keita, tous deux élus (2002, 2007, 2013 et 2018) et tous deux victimes de coups d’Etat (2012 et 2020). Ces deux régimes qui se sont effondrés avaient une pratique très électoraliste de la démocratie, vidant la possibilité de contrôle par exemple, du fonctionnement des institutions par un contre-pouvoir.

Il est donc intéressant de noter que dans les différents mouvements de contestation observés au Mali les participants portent des revendications qui vont vers le respect des critères d’une démocratie pleine et non uniquement électoraliste. Il ne s’agit pas d’un appel à la mise en place d’un régime militaire, mais plutôt à réclamer une meilleure gouvernance, le respect des libertés fondamentales, des dispositions de la Constitution. Le sentiment de ne pas être écouté ou représenté par les Institutions de la République est également très fort parmi les contestataires, pour qui la rue est devenu l’unique lieu d’expression de leurs frustrations et colères. La perception extrêmement négative de ces systèmes et de ses animateurs a contribué à l’ancrage d’une forme de dégagisme dont la classe politique ne semble s’inquiéter.

Compte tenu de ce qui précède on peut s’étonner de l’émergence du concept de « dictature éclairée ». Comment peut-on considérer que la solution à une dérive autocratique serait encore plus d’autocratie à condition que l’autocrate soit éclairé. A l’heure où les peuples se battent pour plus de liberté, pour plus de prise sur les décisions publiques, cette inanité dévoile chez ses porteurs, une dérive certaine.

Les idéaux de mars 91 sont encore partagés dans la société malienne, mais ne le sont pas pour autant au sein de la classe dirigeante. Ce système à la dérive est le fruit des actions d’une élite qui s’y est complu pour des questions d’intérêts particuliers.  Aujourd’hui la question de la construction d’un système qui permette à tout un chacun de se réaliser est en discussion, or le débat manque cruellement de sérénité, pire des méthodes qui ne brillent pas par leur caractère démocratique sont plébiscitées pour avoir une telle discussion, ce qui est préjudiciable et présage déjà de la difficulté à sortir par le haut d’un tel processus.

Auteur : askiamohamed

A la recherche du juste milieu

3 réflexions sur « Quelques idées sur la démocratie au Mali. »

  1. « Nous devons nous pénétrer de l’idée que la démocratie ne se résume pas à la tenue d’élections… » a dit Kofi Annan. J’ai entendu la même idée dans le discours du PM devant le corps diplomatique 😉

  2. A reblogué ceci sur MALI-INFORMATIONENet a ajouté:
    Ein « Gastbeitrag », der gut zum Thema passt.
    « Nous devons nous pénétrer de l’idée que la démocratie ne se résume pas à la tenue d’élections… » – Wir müssen uns mit der Idee vertraut machen, dass Demokratie mehr ist als die Abhaltung von Wahlen… – wird dort Kofi Annan zitiert, 2000 in seiner Eigenschaft als Generalsekretär der Vereinten Nationen.
    Das kommt auch in der Rede des malischen Premiers zum Ausdruck. Die deutsche Übersetzung folgt

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