Orchestre symphonique à Bamako.

Selon des informations rapportées par l’agence de presse Reuters, le Mali serait en discussion avec le groupe paramilitaire Wagner pour le déploiement de 1000 mercenaires chargés de la protection des autorités et de la formation des forces armées maliennes.

Le Premier Ministre a justifié cette éventualité par la restructuration programmée de Barkhane qui risquerait de laisser des zones vides et l’arrivée de Wagner servirait plutôt à combler ce vide. Avouant au passage l’incapacité des forces locales à assumer cette mission. La France a estimé de son côté que cette initiative était incompatible avec la stratégie à l’œuvre au Sahel.

Ces débats arrivent dans un contexte où le pouvoir intérimaire à Bamako est sous pression de la communauté internationale qui pousse au respect du calendrier prévoyant l’organisation des élections en février 2022. Le Premier Ministre peine à convaincre avec sa proposition d’assises nationales. La situation sécuritaire n’a pas évolué, les attaques ont continué et les groupes armés terroristes étendent leur zone d’action.

Le bilan du pouvoir intérimaire est donc famélique. Pour contrer les critiques elle a suscité au cours des semaines passées des actions sur le plan judiciaire, une attente forte des populations. L’annonce de l’arrivée de Wagner accompagnée d’une propagande orchestrée par des agents d’influence, répond à une autre préoccupation: le sécuritaire. Cela fonctionne d’autant plus que les résultats de l’opération Barkhane sont remis en cause et la politique de la France en Afrique contestée. Enfin l’insécurité s’approche du coeur de la contestation politique à savoir Bamako.

Au delà des manoeuvres politiciennes la question de Wagner ouvre un debat sur l’état des forces de défense et de sécurité maliennes. Il arrive assez tard paradoxalement. On aurait pu penser que les Colonels allaient ouvrir ce dossier au lendemain de leur arrivée au pouvoir.

Le Président déchu dont le fils était le président de la commission de défense de l’Assemblée nationale a longtemps vanté la loi n° 2015-08 du 05 mars 2015 portant loi d’orientation
et de programmation militaire (LOPM) pour les années 2015-2019. Cette dernière prévoyait des investissements en hommes et matériels à hauteur de mille deux cent trente milliards cinq cent soixante trois millions neuf cent soixante douze mille trois cent quarante sept (1.230.563.972.347) francs CFA.

Le gouvernement de l’époque détaillait les investissements comme suit : l’acquisition d’aéronefs et de matériels de soutien technique de l’armée de l’air pour un montant d’environ 200 milliards FCFA; l’acquisition de véhicules de combat et de transport de troupes modernes pour un montant d’environ 100 milliards FCFA ; la réalisation de matériels spécifiques pour les forces de sécurité notamment pour la garde nationale et la gendarmerie nationale pour un montant d’environ 70 milliards FCFA ; la réalisation de matériels spécifiques pour le renseignement et les transmissions pour un montant d’environ 20 milliards FCFA et enfin l’amélioration du  soutien, de l’appui à la mobilité et contre-mobilité au profit des unités opérationnelles pour un montant d’environ 100 milliards FCFA.

Or malgré ces investissements inédits les résultats n’ont pas été pas au rendez-vous. On peut l’expliquer d’abord par la délinquance financière qui touche l’ensemble des Institutions et qui pousse à interroger l’utilisation des fonds. A cela on peut ajouter la tenace méfiance des élites (dont des hauts commandants) envers l’armée, et enfin la délégation de la sécurité à Barkhane et aux milices communautaires.

Durant cette période que les autorités de l’époque ont qualifié de « montée en puissance » des FDSM leur dépendance s’est plutôt maintenue. A titre d’illustration Barkhane et la Minusma ont continué à fournir du carburant, des rations ou encore le soutien les évacuations sanitaires.

L’urgence de 2012 est donc toujours là et la LOPM garde toute sa pertinence. Il importe donc de procéder à une analyse de ces investissements et réajuster la stratégie. Cela paraît plus convenable que de promouvoir la multiplication d’acteurs dont la plus-value est plus que questionnable.

La société de Wagner reste sur des échecs serieux en Libye et au Mozambique face au groupe jihadiste Ahlu Sunnah wal Jamaa. Mocimboa da Praia a fini par tomber et il a fallu le soutien de l’armée Rwandaise pour les forces Mozambicaine puissent y reprendre pieds. Les hommes de Wagner se retrouvent épinglés pour de graves violations des droits de l’homme en République centrafricaine. Au Soudan elle a participé à la brutale répression des manifestations contre Omar El Béchir.

Cette orientation si elle se realiser serait à moyen terme contre productive. La nature de la crise appelle avant tout les maliens à dresser une stratégie ambitieuse basée sur leurs propres capacités politiques et sécuritaires. L’arrivée de nouveaux acteurs conduira en plus à placer le Mali au centre querelles entre puissances moyennes, prenant le risque de devenir un « dommage collatéral » à long terme.

Auteur : askiamohamed

A la recherche du juste milieu

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