Engager des pourparlers de paix avec le GSIM dans les conditions actuelles serait contre-productif

Dans la salle Bazoumana Sissoko-Palais de la culture à Bamako, le 14 décembre 2019. (VOA/Kassim Traoré)

Depuis les conclusions de la Conférence d’entente nationale en 2017, et celles du Dialogue national inclusif en 2019, l’idée de l’ouverture de négociations avec le groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) a fait son chemin. L’argument principal soutenant cette action est le manque de progrès enregistré malgré 8 années d’approche militaire.

Cette idée a été progressivement reprise publiquement par une partie de l’élite politique malienne. Plus discrètement elle a fait son chemin au sein de la hiérarchie militaire, avec des sentiments mitigés.

Malgré les bons sentiments qui animent les tenants de cette solution il est important d’observer certaines réserves et d’avoir une vision plus large de ce changement de stratégie.

Les éléments du GSIM ont appliqué une stratégie de violence absolue en attaquant les forces de défense et de sécurité maliennes, mais également les populations civiles. Par exemple plusieurs villages de la commune de Mondoro ont subi entre 2017 et fin 2019 une violence inouïe, faite d’enlèvements, d’assassinats, de famine organisée par des blocus, d’utilisation d’engins explosifs ayant visé des femmes et enfants. Ce « management de la sauvagerie » visait à pousser les populations locales à la reddition, ce qui fut fait sous la forme d’un accord négocié. Les populations ne doivent plus collaborer avec l’administration, les forces armées maliennes et tous les litiges doivent passer par un « tribunal islamique ».

Le même scenario est observé dans au moins 5 zones du centre dont le Kareri, où les villageois souffrant de la faim se sont pliés aux conditions imposées par les éléments du GSIM après 2 années de violence. Parmi ces conditions, là encore l’interdiction de toutes collaborations avec les représentants de l’Etat qualifiés de « Tawaghits » « qui gouvernent par une autre loi que celle d’Allah ». Pour le GSIM la violence et la terreur sont des moyens pour atteindre leurs objectifs politiques, ils doivent aboutir à la reddition de l’adversaire et à l’installation d’un régime islamique.

Le GSIM sait à côté de la violence faire preuve d’habilité politique, c’est ainsi que ces leaders se sont toujours dit disponibles au dialogue en posant comme condition première le départ de la Minusma et de la France. Par cette posture ils savent pouvoir compter sur le soutien de ceux qui sont favorables aux négociations et farouchement opposés à la présence de la Minusma et de Barkhane.

L’idée de négociations tant vantée par les autorités est apparue dans un contexte, où l’armée malgré des centaines de milliards d’investissements ne parvient pas à gagner du terrain.

En effet, l’ancien Président de la Commission de Défense de l’Assemblée nationale aimait rappeler que le pouvoir avait investi massivement dans la remise à niveau de l’armée. La loi de programmation militaire prévoyait des achats d’équipements, d’aéronefs, et de divers matériels qui auraient permis à l’armée de s’adapter pour faire face à la menace.

Or au fur et à mesure que des investissements étaient annoncés, l’armée perdait du terrain et les attaques meurtrières du GSIM puis de l’état islamique mettaient en lumière sa faiblesse. De plus, dès 2014 la presse malienne n’a cessé de révéler des affaires de malversation et de détournements de fonds. Pour faire court la remise à niveau n’a pas eu lieu.

Enfin, les stratégies n’ont jamais été claires et les opérations des FDSM notamment au centre du pays ont longtemps été entachées par des accusations d’exactions de la part des organisations de défense des Droits de l’Homme.

En conclusion la mauvaise gouvernance et le manque de stratégie ont plombé les capacités du Mali à faire face aux groupes armés. On peut légitimement se poser la question des progrès réalisés malgré 8 années d’investissements et de formation. Face à cette situation l’ouverture de négociation peut être interprétée comme un aveu d’impuissance de la part des élites qui constatent qu’elles n’ont pas été en mesure de construire un appareil de défense efficient.

Par ailleurs, le Ministre des affaires étrangères de la France a pour sa part, rappelé que la question des négociations avec le GSIM ne se posait pas. La France maintiendrait sa stratégie qui est d’affaiblir les groupes armés, permettre aux forces locales de monter en puissance, et avoir la maitrise du terrain. Cette stratégie doit également s’accompagner d’actions de développement et de progrès sur le plan politique.

Dans les faits les deux postures ne sont pas irréconciliables, et l’intérêt pour les autorités maliennes serait de maintenir le dialogue, tout en misant sur la pression militaire. Cependant tant que cette pression militaire est uniquement exercée par la force Barkhane, l’appel à la négociation apparait comme un aveu de faiblesse.

« La guerre est un acte de violence engagé pour contraindre l’adversaire à se soumettre à notre volonté ». Clausewitz

Les pourparlers sont certainement une étape importante, mais la communication des autorités maliennes qui donnent l’impression de courir derrière le GSIM est contre-productive et sonne comme un aveu d’impuissance masqué derrière « la volonté du peuple. » Il est tout à fait louable de vouloir mettre fin à un conflit meurtrier, cependant la position de faiblesse dans laquelle se trouve l’Etat lui ferait rejoindre la table de négociation en extrême fragilité. De plus des questions se posent sur la stratégie de dialogue. Se fera-t-il avec la CMA et la Plate-forme ou isolement?

Certains responsables affirment que l’idée serait de diviser le mouvement en attirant les plus « modérés » vers l’Etat. Quelles sont les données sur ces modérés ? Là aussi il y a beaucoup de spéculations.

Enfin, quid de la justice pour les victimes des groupes armés radicaux et de la lutte contre le terrorisme. Seront-elles marginalisées au nom de la paix, comme c’est le cas aujourd’hui dans le processus d’Alger?

Publié par askiamohamed

Consultant en Géopolitique, Sciences politiques.

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