(1) La moralisation de la vie publique et politique doit être au cœur de la Construction de l’Etat Malien

 © ANNIE RISEMBERG / AFP

Après le renversement du Régime IBK le 18 août 2020 par un groupe de militaires, le Mali a de nouveau basculé dans une période de transition. Les débats font rage depuis plusieurs semaines entre spécialistes sur le fond et la forme de cette transition. Les hommes politiques ne sont pas en marge de ce débat et selon leurs intérêts personnels ils se positionnent. Cette nouvelle transition selon ce que les acteurs décideront d’en faire ne doit pas faire l’impasse sur les causes profondes qui ont conduit à la faillite d’un système global qui s’est montré incapable de répondre aux aspirations légitimes du peuple malien.

Dans les faits l’Etat malien post-colonial n’a que rarement été en mesure d’assumer ses fonctions régaliennes. Il a failli à protéger les citoyens et à leur fournir santé, éducation, justice, sécurité…etc. Pire, dans les zones rurales, éloignées des centres de décisions l’administration publique est perçue comme intrusive et spoliatrice. Dans ce cadre-là l’Etat se met en danger et les populations en position de défense de leurs intérêts. Elles ne voient naturellement pas d’un mauvais œil la chute d’un système qui leur apporte peu et leur prend beaucoup comme mentionné déjà ici le 22 juin 2020.

De plus, la faillite de l’Etat est liée à celle d’un régime politique à savoir la démocratie. Cette chute n’est pas le seul fait des administrateurs publics et a été accentuée par les principaux acteurs et animateurs du régime, c’est à dire les partis politiques, qui n’ont pas encore abandonné les réflexes du « Parti-Etat » des années postindépendance. Le 20 avril 2020 je publiais ici un texte sur la vie de nos partis politiques et j’y parlais de leur fonctionnement peu démocratique. L’objectif de ces partis était en grande parti articulé autour de la conquête du pouvoir, non pas du fait d’une idéologie uniquement, mais motivés par les avantages financiers conférés par l’occupation de postes de pouvoir.

Dès lors qu’on est occupé à mettre en place un système néo patrimonial et avec confusion volontairement entretenue entre les fonds publics et les fonds privés, cet Etat ne peut qu’être voué à l’échec. L’illustration parfaite de cet échec est le rôle que la Cour Constitutionnelle a joué dans les élections législatives de 2020. Ce clientélisme devenu insupportable pour les citoyens a conduit à accentuer une crise politique qui finira par emporter le Président et son régime.

Pour ces quelques raisons mentionnées ci-dessus la question de la moralisation de la vie publique est un thème qui doit apparaître dans les débats concernant le futur du Mali. Sans confiance il est difficile de construire un Etat accepté de tous et capable de remplir ses fonctions. Cette moralisation s’appuie sur la probité, l’exemplarité et la transparence.

Il existe différents textes déontologiques sur la question, mais ces derniers sont peu respectés. A titre d’illustration, il n’est pas rare de voir des Députés qui sont en même temps hommes d’affaires, idem pour les Ministres sans que cela n’émeuve. Pourtant ces comportements sont contraires à la loi et aux principes d’une vie publique transparente, morale et exemplaire. Les intérêts personnels sont placés au-dessus de l’intérêt général, et il est primordial de combattre ce phénomène pour atteindre le seuil du « changement structurel ».

Ci-dessous quelques modestes propositions :

  • L’encadrement stricte des dépenses des partis politiques lors des campagnes électorales ;
  • Rendre public les dépenses des partis politiques qui bénéficient de financements publics sur une base annuelle;
  • Que tous les élus locaux et nationaux déclarent leurs biens ;
  • Que tous les fonctionnaires déclarent leurs biens comme prévu par la loi ;
  • Accompagner l’office central de lutte contre l’enrichissement illicite d’un comité citoyen pour la transparence de la vie publique et politique ;
  • Rendre inéligible pour plusieurs élections générales (législatives et municipales) ceux qui changent d’étiquette en cours de mandat.
  • Augmenter les capacités d’enquête du pôle économique.

Publié par askiamohamed

Consultant en Géopolitique, Sciences politiques.

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