Des systèmes politiques imparfaits

Le 19 avril 2020 s’est tenu le second tour des élections législatives au Mali, ce scrutin se déroule dans un contexte particulier sur le plan sanitaire et sur le plan sécuritaire. Après avoir été reporté à deux reprises et consécutivement aux conclusions du Dialogue national inclusif, le Gouvernement était déterminé à aller au bout du processus.  Alors que les résultats sortent au compte-goutte et que les citoyens maliens attendent de connaitre la configuration de la nouvelle Assemblée nationale, plusieurs enseignements peuvent d’ores et déjà être tirés sur le fonctionnement politique du pays.

Tout d’abord à l’instar de nombreux autres régimes en Afrique, le système démocratique malien est dit électorale. Cela signifie qu’il se caractérise avant tout par l’organisation régulières d’élections même imparfaites, par des Institutions donnant le sentiment de jouer leur rôle et par un système partisan relativement faible.

Lorsque l’on regarde de plus près le système partisan du pays on peut distinguer plusieurs types de partis politiques :

  • Les anciennes formations issues de la décolonisation;
  • Des partis issus des transitions démocratiques des années 1990;
  • Des partis satellites des deux premières catégories.
  • Et des partis minoritaires faiblement organisés dont les objectifs réels sont peu connus

Les principaux animateurs de la vie politique actuels sont issus de la transition démocratique de 1990. Les partis sont le fruit de la scission du parti hégémonique qui a dominé la politique malienne pendant 15 ans. Ces nouvelles formations se caractérisent par les éléments suivants :

  • Un « big man » il est l’homme fort du parti, président rarement contesté qui possède en général une fortune personnelle conséquente ;
  • Une gestion clientéliste qui assure une de discipline au sein du parti ;
  • Une faible démocratie interne malgré parfois un système de primaire ;
  • Une forte instabilité des cadres sujets à la transhumance politique.

On constate dès lors compte tenu des caractéristiques ci-dessus que l’idée pour les individus est de participer au jeu politique en étant soit dans le parti hégémonique, soit dans un parti où le système de redistribution est efficace. Cela garanti l’accès aux fonctions les plus importantes et nourrit un réseau de clientélisme important. Les individus naviguent donc au-delà des convictions vers les formations où leurs intérêts privés sont avant tout les mieux. La jouissance des biens publics construit ce système néo patrimonial et assure une redistribution des biens.

Comme pour illustrer ce qui précède, au cours de cette élection dans les 55 circonscriptions électorales du pays, on dénombre 39 listes anormales. On entend par liste anormale des listes composées de partis se réclamant de l’opposition et de la majorité. Cela signifie qu’au cours de la campagne des membres de l’opposition et de la majorité qui se sont affrontés pendant 7 années avec des interpellations et des motions de censure, ont défendu ensemble le même bilan qui les opposait.

De plus, ces pratiques ne semblent pas correspondre à des consignes nationales, tant les alliances entre partis de la majorité et de l’opposition sont disparates, mais répondent plutôt à des intérêts privés locaux.

Ainsi ces jeux d’alliances, on pourrait éventuellement voir à une assemblée nationale composée de Députés ayant été élus sur la même liste, ayant eu la confiance des populations, pour le même programme, s’affronter dans un futur proche. A moins que l’on ne se dirige pour finir vers une forme de consensus qui verrait les partis de la majorité et de l’opposition procéder à une redistribution des postes au sein du Parlement. Il n’y aurait donc pas de contrôle de l’action gouvernementale ou très peu, fondement même de notre modèle d’équilibre des pouvoirs.

Il est important de noter le faible taux de participation au 1er tour, cela doit être vu comme le résultat d’années de pratiques politiques, avec des hommes qui depuis 20 ans changent de discours et d’alliances tous les 5 ans.  Une vision volontariste voudrait dire que pour changer les choses, il faut voter, mais c’est méconnaître les dessous de l’abstention, dont le terreau est le divorce entre les élites, les institutions et le peuple. Le délitement de l’Etat de droit naît de ces pratiques, cela conduit à une perte de souveraineté. L’Etat ne remplit plus ses fonctions de manière optimale et laisse donc le champ libre à des organisations parallèles.

 Ainsi à la lecture des listes électorales, l’on peut voir en substance les causes profondes du délitement du système politique local et nationale. Les débat sur l’adaptation de la démocratie en Afrique sont vains ! Les africains n’ont pas découvert la Démocratie, l’Etat et l’administration en 1900, il en est de même pour le respect de la dignité de la personne humaine. Pour ce qui nous concerne le système a produit ses propres bugs fruit d’années d’errements consentis. S’agit-il de se réinventer, pensant qu’un système alternatif qui reste à inventer conduirait comme par magie à des changements de comportement ?

Publié par askiamohamed

Consultant en Géopolitique, Sciences politiques.

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