Covid 19: Vers un nouvel ordre mondial?

Alors que le décompte des victimes du COVID 19 au niveau mondial se poursuit, cette pandémie met à nu les fragilités des Etats. Les réponses politiques se maintiennent pour tenter de freiner l’évolution de la maladie et consécutivement à ces mesures sanitaires, des voix s’élèvent en Afrique pour demander la « révision » d’un système global, intégrant la question des relations entre le nord et le sud. Cela s’est exprimé par la profusion d’idées émanant de nombreux intellectuels africains.

A y regarder de plus près, il est communément admis que les rapports entre les Etats sont régulés par leurs attributs de puissance (poids militaire, politique, et économique) et pour l’instant la pandémie n’a pas remis en cause ces attributs permettant à de nouvelles puissances d’émerger. On suppose alors que le bouleversement demandé se baserait sur la bonne foi des dominants qui décideraient de bon cœur qu’ils seraient égaux des plus faibles. Une lecture bien candide des relations internationales donc.

Pour illustrer les rapports de force qui me paraissent bien ancrés à ce stade, il nous faut observer les jeux politique dans les grandes organisations internationales comme l’ONU/l’OMC, où la place des Etats africains restent marginales dans les prises de décisions. D’abord elles ne financent pas ces Organisations, mais en sont plutôt bénéficiaires, et si on de base sur l’organisation du commerce mondial, l’Afrique subsaharienne représente à peine 2% des échanges commerciaux au niveau mondial. Ainsi le Continent n’est pour le moment pas en mesure d’affirmer dans ces espaces d’expression politique sa souveraineté.

Il est par ailleurs intéressant dans le même temps, d’observer les nouvelles puissances qui émergent au niveau mondial comme la Chine, l’Inde et le Brésil, ces pays investissent massivement en Afrique, pas par bon cœur, mais parce que cela s’s’inscrit dans une politique globale de croissance et d’affirmation de leur rang de puissances mondiales. Le Continent est riche en opportunités et est un lieu d’affrontement entre les anciennes puissances et celles émergentes. Mais il n’est pas le lieu d’affirmation de la puissance des Etats africains. Ces derniers subissent donc globalement la politique mondiale sur leur propre sol. Il n’est donc pas incohérent d’affirmer, au regard de la situation mondial que les Etats d’Afrique subsaharienne, sont dans l’ensemble des Etats fragiles qui peinent à affirmer leur souveraineté depuis la fin de la colonisation. Leur souveraineté est sans cesse remise en cause par de nombreux intervenants, qu’ils soient étatiques ou privés.

De plus les différentes politiques mises en place par ces pays ou par les partenaires bilatéraux ont été des échecs. D’ailleurs, la comparaison entre les pays d’Afrique subsaharienne ceux d’Asie du sud est impitoyable, on constate qu’en moins de 40 ans il y a eu un véritable décrochage économique entre ces deux zones. Ceux qu’on appelle les « tigres » ou les « dragon », malgré des régimes politiques « imparfaits » ont massivement réussi leur transformation agricole et industrielle, quand en Afrique les dirigeants s’embourbaient dans des politiques de développement qui ont eu des résultats forts mitigés. Alors que les populations asiatiques sortent de la pauvreté en masse, qu’une classe moyenne émerge, l’Afrique peine à amorcer ce basculement et les vieilles recettes qui ont échoué continuent à être prisées.

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Un nouvel ordre mondial émerge autour de la Chine, la Russie, l’Inde, le Brésil, la Turquie et dans une moindre mesure l’Afrique du Sud. Les pays d’Asie du Sud-Est ne sont pas en reste, avec tous les bouleversements au niveau mondial, et le déplacement du commerce mondial vers la zone pacifique, ils seront en première ligne. Pour ces acteurs, s’implanter en Afrique et y concurrencer les puissances occidentales est primordiale, ne serait-ce que pour l’accès aux matières premières, mais pas uniquement, il s’agit aussi de gain sur le plan politique mondial. La question pour nous africains est de savoir comment tirer profit de ce nouvel ordre, comment faire en sorte de ne pas à nouveau être en marge.

 

Il convient donc de dire qu’un nouvel ordre mondial ne se décrète pas par des vœux pieux, des grands discours creux à Sotchi ou ailleurs, il se construit à travers une politique concrète avec des objectifs et des moyens.

La pandémie ne bouleversera pas l’ordre mondial et les rapports de forces se maintiendront, avec des pays d’Afrique subsaharienne qui dans leur globalité resteront en périphérie sur le plan politique.

Sur le plan économique, la tendance n’est clairement pas à l’apparition d’une agriculture performante soutenue par une industrie qui permettent d’absorber les 50% de personnes vivant avec moi de 1.25 dollars par jour, dans un proche avenir. Or ce sont là des pistes qui permettront à ces pays de jouer un rôle au niveau mondial, à défaut il demeureront des acteurs marginaux.

Publié par askiamohamed

Consultant en Géopolitique, Sciences politiques.

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