Pour une politique de Souveraineté alimentaire au Mali

En 2015, selon une étude de l’université de Cambridge, le continent africain abriterait neuf des dix pays qui mangent le plus sainement au monde. Raz de marée sur les réseaux sociaux, où les jeunes en mal de bonne nouvelle relaient fièrement cette étude, qui pour les spécialistes du secteur est en réalité une vaste blague, compte tenu des défis auxquels sont confrontés ces pays.

Au delà du caractère candide de ce genre d’études, il faut rappeler qu’au Mali, il y a en 2017 quatre millions d’habitants, sur les 17 millions, qui souffrent de l’insécurité alimentaire, dont 600000 en situation d’urgences. Cette situation concerne toutes les Régions du Mali et non uniquement les régions en crise. Dans la Région de Koulikoro il y a 624.000 personnes sous pression alimentaire.

Cela signifie, qu’il y a 1/4 de la population malienne qui est aujourd’hui  dans une situation qui ne garantit pas à tout moment , l’accès à une nourriture à la fois sur le plan qualitatif et quantitatif. Cela signifie-t-il pour autant que les 13 millions autres mangent de manière saine et abondante?

Loin de là, comme beaucoup de pays, le Mali doit faire face à la malbouffe qui touche les citoyens, l’obésité, les cas de diabète et d’hypertension artérielle inquiètent les professionnels de la santé.

La malnutrition aiguë globale (alimentation mal équilibrée en quantité et/ou en qualité) affecte  Selon les chiffres de l’Unicef, 15 % de la population malienne, alors que le niveau d’alerte international est fixé à 10%. Quant à la malnutrition chronique, elle atteint 38 % des enfants de moins de 5 ans dans le pays et  80 % des enfants de moins de 5 ans et plus de 65 % des femmes souffrent d’une carence en fer.

Au Mali, les dirigeants et autres promoteur de l’investissement autoproclamés, aiment mettre en avant la disponibilité des terres arables au Mali, qui pourrait devenir un hub agricole, 20 ans qu’on nous vend que le concept d’un Mali grenier de l’afrique de l’Ouest, grenier qui n’arrive pour le moment, pas à nourrir sa population, et dont les humeurs dépendent de la pluviométrie.

L’agriculture est un secteur économique non négligeable, environ 35% du PIB et 60% de la population active, investir dans le secteur agricole, peut avoir des effets bénéfiques et sur la sécurité alimentaire et sur l’économie, à condition de ne pas verser dans la culture de rente, qui consisterait à cultiver pour exporter.

De plus il faut prendre en compte une donnée importante, c’est celle de la croissance démographique, plus le temps passe plus il faudra nourrir de gens, plus il y aura une bataille pour l’accès aux ressources, avec son lot de conflits. Le Mali doit promouvoir une politique agricole axée sur la souveraineté alimentaire et cesser les mesures cosmetiques, voire electoralistes. Ce ne sont pas la distribution de 1000 tracteurs qui apporteront la reponse adéquat, ni faire la promotion des importantions, via une politique agricole faiblarde, qui alimente un système de retro-commission opaque.

Plusieurs stratégies sont à envisager pour repondre au défi de la souverainété alimentaire:

1- Mise en valeur des terres: Cela signifie dans un premier temps vider les contentieux multiples qui existent entre les villages et les communautés. Deds contentieux crées et parfois alimentés par des dignitaires locaux. Il faut également sécuriser l’accès à la terre, cela passe par une mise à plat des services de l’Etat en charge de ces dossiers

2- Investir dans la technologie agricole pour favoriser de meilleure rendement, et ne plus dépendre des facteurs climatiques. Une guerre a actuellement lieu au niveau mondial et elle se fait sur le dos des millions de paysans, c’est celle des semences. Quelques firmes au niveau mondial tentent de se batir un monopole à ce niveau. Nous devons prendre conscience de ce combat et nous preparer en conséquences. Des instituts existent au Mali, comme l’IER, mais manquent cruellement de moyen. Nous devons donc investir massivement dans la recherche agricole, en faire un secteur d’excellence, sans quoi nous serons dépendant des grands groupes internationaux. Nous devons etre en mesure de produire des semences (Non -OGM) qui resistent mieux au Mali, à la faible pluviométrie et qui ont un rendement à l’hectare plus élévé.

3- Il nous faut promouvoir l’industrialisation du secteur pour satisfaire la demande intérieure. La transformation des produits agricoles est indispensable si l’on veut atteindre la souveraineté alimentaire dans la Région. Le manque d’infrastructures conduit à exporter les produits bruts puis à les importer une fois transformés pour la consommation. Cela signifie aussi la construction de routes, de chemin de fer pour relier les zones de production, aux industries, et aux marchés.

La sécurité alimentaire est influencée par de nombreux facteurs, et notamment l’accessibilité monétaire aux denrées alimentaires. Or la zone subit de plus en plus les sousbresauts des marchés internationaux. Les prix sont volatiles et dans des pays ou plus de la moitié de la population vit avec moins d’un dollar par jour cela accroit l’insécurité alimentaire. L’objectif d’une politique agricole sensée doit etre la mise en place de toutes les mesures necessaires, pour gagner son indépendance vis à vis des importateurs. C’est une vision à long terme et il faut y consentir les sacrifices necessaires. Car au dela du marché malien il y a le marché de la CEDEAO.

 

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