« On se reverra à Paris » Le jour où j’ai voyagé avec des migrants.  

 

A pair of flip flops, which were left behind by a migrant, lie on the ground in the desert near the border between Algeria and LibyaIl y a de ces évènements qui vous font remonter des souvenirs, enfouis depuis bien longtemps dans le subconscient.

Nous étions en août 2007, l’heure des grandes vacances, une éternité que je n’avais pas mis les pieds à Gao, la porte d’entrée du Sahel, ses paysages, son hospitalité me manquaient, je décide alors de m’y rendre pour quelques semaines, afin de décompresser et oublier la grisaille européenne.

On se sentait en pleine sécurité à l’époque, loin de se douter de ce qui se tramait déjà au nord du pays, nous décidons d’emprunter les nombreux cars qui relient la capitale à la ville de Gao. C’est tout une aventure, ces 1200 km de bitume vous permettre de refaire l’histoire du Mali, et de vous enrichir à la vue de ses magnifiques paysages, de la savane au désert, on passe par toutes les émotions.

Je me souvenais que quelques années auparavant, j’avais fait le voyage avec des touristes allemands, qui se rendaient à Gao pour visiter le Tombeau des Askia, la dune rose, avant de se rendre à Kidal pour faire du vivre à la Touareg grâce aux nombreuses agences de voyages qui existaient dans la zone.

Cette fois-ci, le voyage sera différent, dès la gare de Bamako, je remarque un groupe de nigérians grâce à leur fort accent, au moins une dizaine, puis plus loin, un autre groupe parlant une langue dont j’arrive à saisir quelques mots. Je comprends rapidement qu’ils sont guinéens, et qu’ils partent tous pour Gao.

J’ai été très surpris, et j’avoue m’être posé beaucoup de question sur la motivation de tous ces jeunes gens, qui étaient bien habillés, bien coiffés et avaient juste des sacs à dos pour voyager. Un homme s’approche de chacun des groupes, et leur indique de monter, il était malien et parlait un anglais approximatif avec les nigérians.

Et nous voilà parti pour Gao, une fois dans le bus, je constate qu’ils étaient beaucoup plus nombreux que je ne pensais, et que les autochtones se rendant à Gao étaient en fait peu nombreux dans le car. Au cours des nombreux arrêts sur la route de Gao, je croise le regard d’un d’entre eux, nous sommes à la gare de Ségou, il engage la discussion, et me demande où je vais, je lui réponds que je vais à Gao et lui de me dire qu’il va bien plus au nord et que Gao n’était qu’une étape.

En poursuivant la discussion, il m’explique qu’il occupait un emploi dans son pays, mais que son rêve a toujours été de voyager et de découvrir le monde, qu’il était un aventurier et comptait vivre sa passion pleinement. Je comprends alors qu’il veut se rendre en Algérie pour y vivre. Je connais bien le pays, on engage une discussion sur l’Algérie, son histoire, son peuple, sa culture.

Une fois dans le bus, la discussion se poursuit, nous débattons de la situation politique dans nos pays, du manque d’espoir pour la jeunesse et de la nécessité de faire évoluer les mentalités. Il tente d’en savoir plus sur moi, je lui explique que je suis un de ces nombreux africains qui étudient en Europe, je lui parle des difficultés d’adaptation, du climat de racisme ambiant, du manque de solidarité entre les africains en Europe, bref un tableau en demi-teinte qui a l’art d’agacer mon interlocuteur.

Nous continuons notre chemin, jusqu’à Douentza, moment choisi par les autorités maliennes, pour effectuer un contrôle d’identité à l’intérieur du Bus. Les gendarmes circulent parmi nous, mais ne contrôlent pas, ils sont vite appelés par l’homme que j’avais aperçu à la gare et qui indiquait aux étrangers d’entrer dans le bus. Ce dernier se met à l’écart, en tirant le gendarme avec lui, après 5 minutes de discussions, ils s’engouffrent dans le petit local qui leur sert de poste, puis ressort et indique au chauffeur que tout est OK.

Nous continuons vers Gao, nous dépassons les paysages tout aussi magnifiques les uns que les autres, j’en profite pour faire un cours d’histoire à mes nouveaux camarades, sur la main de Fatma, la fondation de la ville de Hombori, de Gao, les Askia, le Pachalik etc…La nuit passe, au petit matin, nous voilà arrivés au poste de Gao.

Les contrôleurs semblent alors très nerveux et très remontés, ils fouillent méticuleusement le bus, et regardent avec attention les pièces d’identité, tous ceux possédants des passeports étrangers sont débarqués du bus et leurs pièces gardées par les gendarmes. Le chauffeur, son apprenti et l’homme qui guidait les étrangers, s’engouffrent dans le petit bureau du chef. Ils ressortent au bout de 5 minutes, puis y retournent, le chauffeur et l’apprenti sortent à leur tour, laissant le chef seul avec l’homme. Ce petit manège va durer une heure.

Et la décision de tomber, le chef de poste demande alors à tous les étrangers de sortir du bus, ce qu’ils font en petit groupe, je ne comprends pas je demande au chauffeur ce qui se passe, il me répond, que le chef veut juste vérifier ce qu’ils vont faire à Gao. Après 1h30, décision est prise de continuer sans ce groupe d’étrangers, et un de mes compagnons de voyage de me lancer « On se reverra à Paris ».

C’est une fois à Gao, qu’on m’expliqua que depuis 2 ans, des personnalités locales avaient fait fortune en convoyant des migrants de Bamako, à Gao, qu’une fois à Gao ils seraient pris en charge par d’autres hommes qui leur feraient traverser le désert algérien, marocain, libyen, avant de les confier à d’autres chargés de leur faire traverser la méditerranée en direction de l’Espagne, ou de l’Italie. Plus tard je vais comprendre que ce trafic suivait les mêmes itinéraires que celui de la drogue et que ces mêmes hommes se retrouveraient impliqués 4 ans plus tard dans ce que l’on nomme le « Conflit malien ».

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s