Corruption, cette purge tant attendue qui n’aura pas lieu

La corruption et tous les comportements malsains qui l’accompagnent handicapent le développement du Mali. Cette pratique a transformé le visage de la société malienne, les rapports avec l’administration, ou entre particuliers sont regulés par ces pratiques. Une simple autorisation, un marché public, un document officiel, vous avez très peu de chance d’être satisfait, d’obtenir un service regulier, sans qu’il ne vous soit suggéré de glisser un petit billet pour « booster » la procédure. Comprenez que sans lui graisser la patte votre interlocuteur, détenteur du pouvoir fera trainer votre demande.

Ces tracasseries, sont devenues le quotidien des maliens, et rares sont ceux que vous croiserez qui vous diront n’y avoir jamais été confrontés, ou n’avoir jamais glissé un petit biller pour accélérer une procédure. Bien évidemment au plus haut niveau du pouvoir, on ne parle pas de glisser un petit billet, mais de sommes folles, colossales se chiffrant en milliards de francs CFA (Rapports du VGE).

Face à cela plusieurs solutions ont été expérimentées (VGE, CASCA) sans véritablement impacter le phénomène, l’impunité, et le manque de réaction de  la population spoliée a au contraire rassuré ceux qui sont visés.  La corruption, et les pratiques connexes ont eu de graves conséquences mesurables sur la vie des maliens.

Si l’on prend la crise au centre du pays par exemple, dans certaines zones bien précises, des insurgés ont pris les armes pour protester contre ce qu’ils ont nommé le racket des hommes en arme. Exemple, lors du marché hebdomadaire d’une grande ville bien connue, les forces de l’ordre avaient pour habitude d’ériger un barrage pour collecter des « taxes » illégalement sur les forains. Ces derniers se sont armés et ont chassés ces forces manu militari.

Face à l’ampleur du problème et au manque de sanctions, l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali en son article 46 a demandé au Gouvernement du Mali la création d’une Commission de lutte contre la corruption et la délinquance financière. Le lien est fait entre la lutte contre la corruption et la paix au Mali.

Le Mali prendra plusieurs textes de lois parmi lesquels le Décret N° 2015-0719 P-RM du 9 novembre 2015 portant organisation et modalités de fonctionnement de l’Office central de lutte contre l’enrichissement illicite (OCLEI), le  Décret N°2015-0606 P-RM du 05 octobre 2015 fixant les modalités d’application de la Loi N° 2014-015 du 27 mai 2014 portant prévention et répression de l’enrichissement illicite et l’ordonnance N°2015-032 P-RM du 23 septembre 2015 portant création de l’Office central de lutte contre l’enrichissement illicite

Créée en septembre 2015 OCLEI n’est devenue opérationnelle qu’en 2017, avec la nomination des 12 membres en mars. Déjà à l’œuvre l’OCLEI a demandé aux 55000 fonctionnaires de faire une déclaration de patrimoine qui sera évaluée comparativement à leurs revenues. Vous imaginez bien la réaction de celui qui a  à peine 300.000 francs de salaire mensuel et un patrimoine estimé à plusieurs milliards, sans le moindre prêt bancaire. La fronde et la dissimulation s’organisent, et le mécontentement  est remonté au plus haut niveau.

Pour rappel le fonctionnaire assujetti, qui manque à cette obligation, doit être révoqué de ses fonctions et être interdit d’exercer les fonctions d’assujetti pendant cinq ans. Face au blocage que certains fonctionnaires entendent organiser pour échapper à l’OCLEI, seule la fermeté du plus haut niveau de décision, peut permettre de faire le travail comme il faut, de sanctionner et mettre fin à cette pratique honteuse.

On se souviendra de la malheureuse formule de l’ancien Président ATT disant « On ne peut pas mettre en prison un père de famille » autrement dit un père de famille peut se déshonorer et en humilier un autre pour son petit pécule, sans rien craindre. La déclaration est pourtant révélatrice d’une certaine mentalité chez nos élites, d’un sentiment d’impunité, du fait qu’on ne touche pas à un père de famille parce qu’il a fauté, du fait de son statut.

L’OCLEI butera sur à la malice des contrevenants, sur leur capacité de résistance, ne sera pas aidé par la faiblesse d’un Etat gangréné par la corruption, qui pourrait encore une fois fermer les yeux, notamment sur les gros poissons  qui seront épinglés.

 

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