Conférence d’entente nationale sur fond de mésentente générale.

La Conférence d’entente nationale est entendu par l’Accord pour la paix et la réconciliation issu au Mali, Article 5, comme un mécanisme qui doit permettre aux maliens d’apporter un traitement politique aux crises cycliques qui ont jalonné le septentrion malien. Pour ce faire, les composantes de la Nation malienne devront débattre sur les causes profondes du conflit, et dégager les éléments d’une solution pour la promotion de la réconciliation nationale.

Ce débat devra également prendre en charge la problématique dite de « L’Azawad ». Une Charte pour la paix l’unité et la réconciliation sera élaborée pour sceller l’unité nationale et l’intégrité territoriale.

Le Président de la République avait initialement annoncé la tenue de la CEN pour le mois de décembre 2016, avant de repousser celle-ci au mois de Mars 2017. Le Médiateur de la République, Mr Baba Akhib Haidara a été désigné comme Président de la Commission préparatoire, et Président de la Conférence d’entente nationale.

Dès lors ce dernier a entamé des consultations avec la CMA et la Plateforme, mais aussi des groupes non signataires de l’Accord, c’est-à-dire les dissidences de ces deux mouvements, la société civile, les parties politiques, et les syndicats.

Plusieurs visions se sont alors opposées sur la tenue de la CEN, tout d’abord celle des mouvements signataires de l’Accord, qui considèrent d’une part qu’ils n’ont pas été impliqués dans l’organisation de la tenue de la CEN et que d’autre part tant que les réfugiés n’étaient pas de retour, il ne fallait pas procéder à la tenue de la CEN, d’autant plus que selon leur entendement la CEN arrivait après le processus de cantonnement-DDR-Intégration.

Puis celle des partis politiques de l’opposition, de la société civile et des syndicats, qui considèrent qu’étant donné la situation globale du pays, le front social en ébullition et la mauvaise gouvernance, la CEN devait être assimilée à des assises nationales, et qu’en l’état actuel la CEN ne ferait que la promotion de la partition du pays.

La précipitation et la cacophonie régnant autour de la tenue de la CEN n’est que la conséquence de la dérive dans la mise en œuvre de l’Accord. En effet, si l’on se réfère aux dispositions du chronogramme de mise en œuvre de l’Accord, la première de étape était le cantonnement, suivi du redéploiement des FAMA et de l’administration, puis du processus de DDR, tout ceci en parallèle avec les actions humanitaires et de développement. Les autorités « intérimaires » arrivaient par la suite, et uniquement dans les zones où il n’était pas possible d’avoir une représentation de l’État.

Or  dès le départ il a fallu 10 mois pour régler en partie la question de la représentativité de tous les signataires au Comité de suivi de l’Accord, entraînant ainsi des difficultés majeures dans la mise en œuvre de l’Accord, le blocus de la ville de Tombouctou par le mouvement Congrès pour la justice dans l’Azawad, en est un exemple.

Ceci explique aussi pourquoi le Président de la CEN a tenu à rencontrer ces groupes qui aujourd’hui ne sont pas pris en compte dans la mise en œuvre de l’Accord, notamment sur le MOC et le DDR, mais qui représentent pour certains un poids militaire important sur le terrain.

Le risque est que la CEN ne soit qu’une conférence de plus qui ne répondra pas aux exigences de l’exercice, elle risquerait de créer plus de frustration, et de difficultés pour la suite de la mise en œuvre de l’Accord, et plus globalement dans le pays.

Passer à côté des questions essentielles, telles que la construction de la paix, la réconciliation nationale et la reconstruction du tissu national, ne peut que desservir le futur du Mali et de la Nation que l’on veut bâtir et plonger ce pays dans une crise plus grave que celle qu’elle a connu et qui profitera aux extrémistes.

Concernant la poursuite du processus de paix, le défi auquel il faudra s’atteler c’est celui de la représentativité, car on assiste à une multiplication des groupes crées sur des bases ethniques et avec des revendications locales, auxquelles on ne semble pas etre en mesure de répondre, et cela crée plus de frustration et plus de désordre, qui profite aux ennemis de la paix.

Enfin plus généralement, il y a une forte tension dans le pays, avec un front social en ébullition du nord au sud et le nombre de mécontents, va grandissant. Cette situation ne présage pas de lendemains radieux, il est important dès à présent pour les décideurs de prendre la mesure du problème et d’agir en conséquence.

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