Politiques et opinion publique la rupture consommée

Une élection présidentielle dans notre système tient du rationnel, mais aussi de l’irrationnel. Le rationnel c’est son coté mathématique, celui des candidats qui obtient la majorité rafle la mise et rien pour les perdants, ce que l’on appelle la tyrannie de la majorité. Et dans cet exercice les politiciens chevronnés savent qu’il y a un passage obligé au soir de l’élection pour le vainqueur, celui d’appeler au rassemblement du pays derrière lui.

En 2013 la situation du Mali était compliquée, on sortait d’un coup d’Etat, une partie du territoire était occupée et on avait la présence massive de la Communauté internationale. En 2015 un Accord a été signée et le la normalisation programmée dans un document accepté par toutes les parties sous l’égide de la Communauté internationale.

Lors du second tour de l’élection présidentielle de 2013 le candidat malheureux Soumaila Cissé a offert une belle occasion de rassemblement au futur Président de la République en lui rendant visite le soir, reconnaissant sa victoire, donnant ainsi l’image d’un pays unifié derrière un homme.

Ils avaient comme beaucoup d’observateurs senti que dans la situation dans laquelle se trouvait le pays, ce dont il avait besoin était l’unité de la Nation derrière le  Président ,ce qui allait donc constituer un avantage considérable dans les rapports de force qui allaient s’installer dans le cadre des négociations sous l’égide de la Communauté internationale.

De couacs en couacs, le pouvoir s’est isolé et il a perdu le soutien d’une partie de son opinion nationale interloquée par l’affaiblissement de l’autorité du chef face aux dérives évidentes de certains de ses lieutenants. Trois choix ont été implicitement offerts aux citoyens, continuer à soutenir le régime, qui les avait délaisser, s’en détacher, ou le combattre politiquement.

Cette cassure a contribué fragiliser le pays lors des négociations d’Alger et continue à le fragiliser aujourd’hui dans les rapports qu’il entretient avec la Communauté internationale, qui a eu un temps bon dos lorsqu’il fallait trouver un coupable à la situation  du Mali. C’est mal connaitre ce que renferme ce terme que de vouloir lui attribuer un quelconque pouvoir. Elle n’est qu’agglomération d’intérêts divergents et non un bloc homogène avec une politique clairement définie.

Le Président IBK avec l’expérience qui est la sienne a bien senti une cassure au sein de l’opinion, et les résultats de l’élection municipale dans plusieurs centres urbains sonnaient comme un rappel brûlant, a tenté d’y répondre dans ses vœux de nouvel an à travers ce qu’il a appelé le Programme d’urgence sociale. A travers ce programme le Président a la volonté multiplier les cantines scolaires, faire des pistes rurales, développer les centres de santé communautaire, Eau, Electricité etc…sans expliquer comment financer tout cela.

Cette annonce n’a pas fait mouche, ses conseillers ont bien tenté de vendre ce nouveau concept dans la presse sans pour autant susciter le moindre enthousiasme sur la question, ils sont à bout de souffle, grisés d’une part par une opinion nationale et une presse globalement hostiles  et pétrifiés d’autre part par la situation sécuritaire et humanitaire au centre et au nord du pays.

De plus au sein de l’appareil d’Etat ceux motivés par la parure ont gagné la bataille sur ceux mobilisés par l’intérêt national et la reconstruction du pays. Ils ont perdu la bataille idéologique et qui oppose ceux venus pour le confort des maroquins et ceux que l’on appellent désormais, les idéalistes et qui ont le tort selon les premiers de penser aux pauvres et aux indigents.

Enfin on a une opinion nationale qui a beaucoup changé et qui n’a plus la même vision de l’avenir qu’en 2013. A l’instar de beaucoup d’autres pays, il y a un rejet des Hommes politiques qui est très fort et une plus grande confiance dans les chefferies traditionnelles et religieuses (toutes confessions confondues) un temps délaissées. Avec au fond cette idée qu’il faudrait introduire une dose conséquente de morale religieuse dans l’action publique sans pour autant franchir le cap de la théocratie.

Un pouvoir sans opinion publique est fragile, et il l’est aussi dans les rapports qu’il peut entretenir avec ses partenaires internationaux. Quant à savoir s’il fallait apporter un soutien au Gouvernement dans les épreuves qu’il va affronter beaucoup de maliens ont fait le choix de suivre tout ça avec beaucoup de distance.

Il est désormais difficile pour tous les politiciens de susciter l’intérêt de la population, ils l’ont bien senti, d’ou leur présence massive lors de la célébration du Maouloud organisée par l’Imam Haidara en décembre 2016, comme pour valider la fusion totale entre la politique et le religieux, dernier garant de l’ordre morale et de la justice sociale, qui fait tant défaut à l’action publique.

L’opinion publique est le résultat du fonctionnement des interactions  sociales et politiques, elle est la base du pouvoir, une fois perdue il faut la reconquérir, cela passe le plus souvent par de la manipulation subtile, et à ce petit jeu la, certains ont déjà un temps d’avance.

 

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