A propos du débat sur le Franc CFA

Dans plusieurs pays, un mouvement plus ou moins structuré, autour d’intellectuels du courant fourre-tout pan-africaniste tente de mener une fronde contre le Franc CFA.

Pour ces derniers, cette monnaie est le symbole de la survivance de la francafrique et de la politique néocoloniale française, qui a pour objet de maintenir les peuples d’Afrique francophone dans la dépendance, et la pauvreté. Ce débat de politique monétaire est ancien, et capital, notamment avec la recomposition des équilibres internationaux, mais n’a jamais su soulever les foules.

A l’indépendance plusieurs courants idéologiques se sont affrontés de manière parfois violente en Afrique francophone, il y avait d’une part les panafricains tendance communiste qui pensaient qu’il fallait couper le cordon avec la France et dès lors, le Franc CFA apparaissait comme l’emblème de ces liens.

L’autre courant pensait qu’il fallait au contraire maintenir les liens avec la France, et que dans l’Afrique post 1960, le Franc CFA représentait une monnaie sérieuse capable de rassurer les investisseurs et favoriser l’essor de leurs pays. Avec le soutien de la France, ce courant sera celui qui occupera le pouvoir, et n’osera jamais s’attaquer au dogme du CFA, et ce malgré la dévaluation dans les années 90 qui fut un choc rude à encaisser.

Aujourd’hui les tenants de cette ligne sont par le cycle naturel de la vie, en bout de course, vous ne trouverez pas grand monde pour défendre ouvertement le maintien de la politique monétaire actuelle, une génération ouverte sur le monde a pris le pouvoir et sent bien qu’il n’est plus possible de continuer dans ce sens, mais que faire?.

Les mouvements panafricains entre temps ont muté, ils sont devenus altermondialistes, leur vision du monde et leur idéal économique et politique s’est affirmé, ils sont toujours farouchement opposés au CFA et à la Francafrique. Le message a  une plus grande résonance que dans les années 60, la vague démocratique des années 90 et internet sont passés par la.

Il y a eu l’émergence des dragons asiatiques, et le basculement économique de l’Afrique FCFA vers l’Asie, de plus plusieurs événements ont favorisé le redéploiement de la France dans certains pays notamment en Côte d’ivoire et au Mali ont permis remettre au gout du jour des concepts et des mots qui avaient disparu du langage d’une partie des intellectuels africains.franc-cfa-afp

Cependant les mouvements anti-cfa commettent à mon les mêmes erreurs que leurs aînés, car plutôt que de poser le débat de manière technique, ils s’efforcent de le poser de manière émotionnelle, ce qui dénote aussi de la faiblesse argumentaire assez récurrente à ces mouvements qui défendent des idées sans toujours pouvoir les argumenter autrement que par l’émotion et des grands principes.

La monnaie c’est la souveraineté, quand on a dit ça qu’est-ce qu’on fait? Si nous prenons le cas de la CEDEAO, il existe 2 zones monétaires la ZMAO et l’UEMOA, ces deux zones travaillent à la convergence pour aller vers une monnaie unique et donc la sortie probable du CFA. Ce débat présent depuis 10 ans n’a jamais vu la contribution des frondeurs actuels, comme si dénoncer était plus important que d’apporter une solution alternative.

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Ceux qui ne mènent pas la fronde, sont pour leur part tétanisés à l’idée d’un débat public sur le CFA, préférant parfois le confort que leur offre cette monnaie sous couverture de l’euro que d’affronter le marché avec des économies pas aussi solides qu’on veut bien le croire et des régimes politiques fragiles n’arrivant pas à répondre à l’immense demande sociale liée au boom démographique.

De manière assez scolaire il est généralement admis que la politique monétaire répond à 3 objectifs: des taux d’intérêts stables, la stabilité des taux de change et la stabilité des prix, elle permet d’agir sur l’économie, par la gestion de l’inflation, la capacité d’investissement et le pouvoir d’achat des ménage ainsi.

Certains pays sont dans une certaine fragilité depuis 10 voire 15 ans, alors on peut comprendre la frilosité des dirigeants à vouloir lancer ce débat, sans soutien de ses pairs, Contrôler sa propre monnaie commence aussi par bâtir des états stables, justes et démocratiques respectant les droits de chacun.

En conclusion je dirais qu’avant de s’attaquer à la politique monétaire, il faut construire la paix, la sécurité,  et la stabilité, permettant de construire une économie stable capable d’encaisser les attaques sur sa monnaie par exemple, et qui ne sombrerait pas du jour au lendemain dans l’instabilité entraînant ainsi une dépréciation de cette dernière.

Vous avez donc d’une part ceux qui mènent le débat sans apporter de solution et ceux qui ne veulent surtout par y participer de peur de tout chambouler, et au milieu les citoyens.

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Exemple Somaliland 

 

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