Kidal, Pouvoirs traditionnels à l’épreuve de la « démocratie ».

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Intalla Ag Attaher 1927-2014 Amenokal des Ifoghas

 

La crise à Kidal est perçue par une grande majorité de la population, comme la domination d’une minorité (Ifoghas) sur une majorité (Imghad) qui se révolte légitimement.

 

Si l’on se remémore l’histoire de ce féodalisme pas si ancien que cela, l’on trouve en sous-main, l’impact du colonialisme qui a redessiné les rapports d’autre fois, en donnant le pouvoir à certaines tribus sur d’autres afin de faciliter sa main mise sur  le sahel.

Le conflit actuel (Rébellion mars 2012) a rebattu les cartes et entraîné une volonté des « dominés » d’en finir avec un système féodal qu’ils jugent opprimant. Cette crise n’est pas propre au cas de Kidal, mais est mise en lumière du fait qu’un Accord pour la paix a été signé et que toute la lumière se trouve sur cette région.

Il faut remonter aux années 90, lors de la première décentralisation, pour rencontrer les difficultés de ce type liées à l’administration du territoire. Le Mali est un « pays » ancien, multiculturel. Dans chaque village, ville on trouvait un chef traditionnel, un griot, un chef religieux, un conseil de sages, qui administraient la ville et régulaient la vie.

Le pouvoir marxiste post colonial, avait un temps envisagé de mettre fin à ce mode d’administration, sans succès. Il y avait certes des Représentants de l’État, des maires, des administrateurs, mais tous respectaient les chefs traditionnels, et les équilibres locaux.

Avec l’avènement de la démocratie, du multipartisme et de la décentralisation, on est venu bousculer des équilibres anciens. Les chefs de villages et leurs familles ont parfois mal vécu de voir leurs anciens obligés devenir maire et donc chef du village.

Avec la mondialisation, petit à petit le pouvoir des chefferies traditionnels s’est effrité, et malgré une résistance farouche, il a fini par perdre en crédibilité, rongé lui aussi par le fléau de la corruption.

A partir de ces années-là, lorsqu’un conflit éclatait dans une zone, et que les administrateurs ne pouvaient le résoudre, ils allaient alors chercher les autorités traditionnelles, motivées parfois par de fortes sommes d’argent. Cette situation s’est reproduite de Kayes à Kidal.

Il faut noter que pour les Ifoghas, le conflit actuel à Kidal, c’est remettre en question  leur pouvoir traditionnel sur la zone, qu’ils jugent parfaitement légitime. Comme beaucoup d’autres chefferies au Mali, ils n’ont jamais vu d’un bon œil, la décentralisation et la démocratie, et ils ont réussi malgré les conflits ayant émaillé la région à conserver leur pouvoir, même s’ils ont fini par accepter un maire ou des députés originaires d’autres tribus. Le fait minoritaire et le fait majoritaire que l’on met en avant, ne peut être appliqué dans le cadre des chefferies traditionnelles.

Les Imghad quant à eux considèrent que le système féodal a assez duré, et qu’il est temps de le remettre en question. S’ils ont par le passé reconnu, la chefferie traditionnelle de Kidal, les différents conflits ont changé les rapports. Ils considèrent pour leur part la démocratie comme l’élément qui permettra leur émancipation. Il est à noter que les Imghad les plus virulents envers la chefferie traditionnelle Ifoghas ne sont pas originaires de Kidal, mais de la boucle du Niger.

Sans pour autant occulter, les questions liées au trafic en tout genre au Sahel, la crise de Kidal est en réalité une crise du 21ème siècle, opposant les tenants d’un pouvoir traditionnel et ceux qui veulent briser ce système ancien.

Le Mali dans sa politique de décentralisation, ne doit pas oublier son histoire, il ne faut pas tomber dans le copier-coller habituel que l’on fait du système français, il nous prendre en compte les équilibres traditionnels, une place doit être offerte dans la gestion des villes aux autorités coutumières.

L’insertion des cadis dans la justice civile est un bon exemple à suivre. En effet lorsque l’on s’est rendu compte que les populations préféraient régler leurs litiges devant les cadis, ou chefs de village plutôt que de se rendre en justice, le législateur a accordé une place importante à ces derniers.

On pourrait imaginer un système intégrant au mieux les chefs coutumiers dans la gestion des affaires locales, tout en insistant sur la redevabilité envers les citoyens et l’égalité de ces derniers devant l’autorité. Ces problèmes sont commun à tous les pays, où se superposent pouvoir moderne et coutumier.

Le problème de Kidal, doit être donc vu sous cette angle pour un traitement efficace et définitif.

« L’article 129 de la charte du Mandén portant le Mandén kolagnonkorognonya (la gouvernance du Mandén fondé sur la « concertation ») montre l’importance de ce principe : Kolagnokorognoya est un concept qui fait obligation de faire connaître, de rendre compte des actes que l’on pose en matière de gouvernance de la cité, et du pays à niveau utile. (Charte du Mandén selon Soulemana Kanté version écrite en N’ko).

Si le chef ou le responsable sait qu’il doit rendre compte, il va bien travailler et il se ravisera toujours en cas de mauvaise tentation. Il se préparera toujours à ça. S’il n’y a pas de compte rendu, ça veut dire que le principe du « Gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple » est faux.

Ce qui existe, c’est la démocratie importée d’ailleurs. La démocratie malienne n’existe plus. Cette démocratie n’est pas celle de l’égalité entre hommes et femmes. Nous ne devons pas être des suivistes. Ce qui ne peut pas marcher chez nous, qu’on le dise et qu’on sache que c’est nous-mêmes qui sommes responsables de notre gestion, de notre destin.

S’il faut des changements partout dans ce monde, c’est la tradition et la modernité qui vont ensemble pour assurer le développement. Ce n’est ni une question de royaume ni une question de république. C’est tout simplement une question de responsables, de Tigiya qui renvoie automatiquement à la redevabilité.

Maitre Karamogo Bamba

 

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