Apologie de la médiocratie

Homme fort ou Institutions fortes? Comme dans beaucoup de pays bloqués  sous-sol du développement le Mali connait depuis de longues années des difficultés de gouvernance qui impactent son « essor ».

Dans ce cadre plusieurs débats « d’intellectuelles » ont eu lieu, les uns prônant le renforcement des institutions, les autres plutôt adeptes du modèle Poutine et Kagamé, celui de l’homme fort.

En réalité les deux concepts sont totalement imbriqués, pour ne pas dire indissociables. Les Institutions maliennes souffrent de la faiblesse des dirigeants, elles ne jouent pas leurs rôles car ceux qui sont à leur tête ne sont pas en mesure de le faire. Alors de la question qui de l’œuf ou la poule, ici on pourra répondre que les hommes forts font les institutions fortes.

Sans entrer dans de la psychologie de bas étage, on peut dire concrètement qu’au Mali nous n’avons guère eu ce type de dirigeants, aussi bien au niveau national que local.  Il ne s’agit pas tous les mettre dans le même panier….

  • Manque d’imagination

La première des caractéristiques communes aux dirigeants maliens dans leur ensemble c’est-à-dire local, et national, c’est le manque d’imagination. Beaucoup ne cherchent le pouvoir (fanga) que pour la sensation et les avantages que cela procure. Le pouvoir n’est pas conceptualisé comme étant l’ensemble d’actions qui permettrait de répondre à l’intérêt général. Il est le fruit d’un effort gigantesque, pendant lequel on écrase tous les concurrents, et pour lequel on a droit à tous les privilèges. En cela nous pouvons dire que nous avons une conception quelque peu moyenâgeuse de la démocratie à l’occidentale. On reproduit au niveau des sphères de pouvoir, le paternalisme sociétal, où celui qui a le pouvoir, fait la pluie et le beau temps à condition que les serviteurs soient bien dociles. Le dirigeant n’est donc pas là pour servir le peuple, c’est le peuple qui est là pour le servir contre d’éventuelles bonnes actions. Le résultat de cette conception est qu’il n’est pas besoin de programme politique, ou d’agenda, juste convaincre que l’on sera généreux avec le bon peuple.

  • Planification et indécision

Étant donné que le dirigeant arrive au pouvoir sans avoir besoin de prôner des actions concrètes allant dans le sens de l’intérêt général, il se retrouve parfois démuni face à un grave problème qui surviendrait. Prenons par exemple l’emploi des jeunes, nous savons pertinemment que le pouvoir en place n’a aucune idée sur la façon dont résoudre le problème. Il n’a aucune idée parce qu’il n’a jamais envisagé ce problème tout simplement. Cela peut paraitre effarant, mais c’est hélas la réalité, ils n’ont aucun plan.

Après 20 années d’infantilisation, il va naturellement se retourner vers les bailleurs de fonds, ces derniers lui traceront un joli plan et lui donneront plein d’argent. Celui qui paye oriente, sans s’en rendre compte, on applique depuis plus de 30 ans des programmes totalement inadaptés, qui ne répondent en rien aux crises que nous traversons, mais il y a de l’argent, et en plus on a invité la télé pour couvrir tout ça, alors faisons comme si on avançait.

  • Égoïsme

L’égoïsme est une des caractéristiques de nos dirigeants, s’ils étaient mus par l’intérêt général et non l’intérêt personnel, ils ne verraient pas leur rôle comme un moyen d’ascension personnel peu importe la manière, mais comme un lieu d’altruisme. Nous le savons, des dirigeants ont détourné de l’aide alimentaire destinée aux plus démunis, des médicaments pour les malades, des fonds pour les orphelins etc…Comment expliquer de tels comportements? C’est parce que la réussite personnelle suscite une fascination chez les victimes même de ces détournements, que ce comportement se poursuit et s’accentue. Chacun veut la « belle vie » peu importe la manière, on comprend, donc on accepte ce qui est intolérable. (par dirigeant ici il faut entendre tout responsable, qu’il soit associatif, ou politique).

  • Manque d’ambition pour s’élever au-dessus de la médiocrité

Face à la médiocrité ambiante, les titres ronflants sont plus prisés que les réussites et les réalisations. Aujourd’hui quels dirigeants peut venir dire qu’il a posé des actes, ayant amélioré la vie de ces concitoyens? Ils sont rares, car ils se succèdent mais savent au fond d’eux pour les raisons citées ci-dessus qu’ils sont dans l’incapacité de faire mieux.

Le festin des médiocres est ouvert! La fête est belle tous y sont conviés, il y a à boire et à manger, ne réfléchissez pas trop, car « réfléchir c’est commencer à résister ». Ne pensez pas à ces malheureux affamés, ne pensez pas à la veuve, à l’orphelin, au mendiant, pensez à vous-même, à votre famille, à cette belle maison que vous construirez grâce aux fonds de cet hôpital qui ne verra jamais le jour.

Et le peuple dans tout ça? Une partie est sous la table, collecte les miettes, elle est parfois plus odieuse que ceux réunis autour du festin. Une partie regarde par la fenêtre, elle espère se retrouver à la table, ou sous la table si possible, une autre a tourné le dos, depuis longtemps, en attendant ce jour fatidique, celui où plus personne ne contrôle lien, celui où l’on renverse la table sans se douter des lendemains.

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