Attaque (s) de Nampala: même scénario, même résultat

L’attaque de Nampala perpétrée probablement par la Katiba Macina du Groupe ansardine avec la  collaboration possible de certains groupes armés récemment crées dans le centre du pays nous amène à nous poser des questions légitimes sur la menace et les voies de ripostes mais surtout les dysfonctionnements au sein de l’armée.

On le savait à l’aube de l’intervention française en 2013, que les différents groupes armés terroristes, ne tiendraient pas les villes et qu’ils les abandonneraient pour se lancer dans une guerre asymétrique, une guerre d’usure.

On leur connaissait plusieurs repères, les deux plus importants étant les massifs montagneux au nord et à l’est de Kidal, mais aussi la forêt du Ouagadou, à la frontière mauritanienne. Ces zones ont été investies et occupées par Aqmi dès les années 2000, et malgré les différentes opérations maliennes et mauritaniennes, puis françaises, cette zone demeure difficile à contrôler.

Depuis maintenant une année, le centre du pays est entré à son tour en ébullition, profitant du désamour entre les populations et l’armée, plusieurs groupes , ont tenté de s’y installer, ce sera le cas pour Ansardine, dans sa volonté de frapper sur l’ensemble du territoire.

Aujourd’hui il y a un « no man’s land » de fait, une zone qui échappe à tout contrôle partant des environs de Koro à Bassikenou en Mauritanie. Cette zone est occupée par diverse Groupes, tous avec des objectifs propres.

Certains sont des groupes dits jihadistes, d’autres sont créés de manière opportune dans le but de participer au processus de DDR, comme c’est le cas du Mouvement de défense de la Patrie, qui après avoir rejoint la Plateforme, a annoncé avoir déposé les armes. Autre groupe présent dans la rejoint et ayant revendiqué l’attaque de Nampala, l’Alliance pour la sauvegarde de l’identité peule, un groupe récemment crée  qui entend « protéger la communauté peule des exactions de l’armée malienne ».

La zone a toujours été sensible, elle a été par le passé théâtre d’affrontements violents entre sédentaires (agriculteurs) et nomades (pasteurs). La fracture du pays en 2 de 2012 à 2013 a accentué cet antagonisme, et les groupes armés ont su profiter de cette situation en offrant aux nomades protections contre les sédentaires.

La situation s’est empirée lors de la reconquête du nord, et les nombreuses exactions commises contre les populations nomades accusées d’avoir été le soutien actif des groupes armés terroristes. Ce sentiment d’exclusion, et la répression violente et silencieuse contre ces populations a facilité l’installation et le développement de Groupes.

L’attaque contre le camp de Nampala, peut surprendre par l’ampleur des dégâts et le nombre élevés de victimes militaires (17 morts et 35 blessés). Cette garnison n’en était pas à sa première attaque, et toujours avec le même mode opératoire.

Le 5 janvier 2014 déjà, la ville de Nampala avait  été  attaquée et prise pendant quelques heures par les terroristes; 11 militaires maliens seront tués, les autres prenant la fuite en direction de Diabaly. Dans la nuit du 6 au 7 janvier, la localité de Djoura était à son tour attaquée, dans la région de Mopti. Le 16 janvier, Ténenkou  après des combats qui font 10 morts.

On estime à plus de 500 le nombre de soldats morts depuis 2013, et on ne recense pas moins de 115 incidents sécuritaires depuis 2015. Pas une semaine de répit pour les forces armées maliennes qui sont harcelées sur tous les fronts, en patrouille comme dans leurs camps.

Si l’on s’accordait pour dire que l’armée malienne était  relativement faible en 2013, pour faire face à la coalition de groupes armés, rien ne semble avoir réellement évolué depuis le début des formations EUTM, et la supposée restructuration de l’armée malienne entamée par les autorités.

Bien malin celui qui pourra vous dire avec exactitude le nombre de soldats et de matériels déployés sur le terrain. Non pas que cela soit un secret d’Etat, les problèmes organisationnels présents dans l’armée malienne constitue l’une de ses pires faiblesses. Aujourd’hui vous avez des zones où l’on vous dira qu’il y a 300 éléments déployés, mais dans les faits il n’y en aura à peine une centaine.  Les informations sur le matériel comme sur les hommes correspondent rarement à la réalité. Ce qui fait qu’il y a de nombreuses zones au nord où l’armée est supposée être en nombre, alors qu’elle serait plutôt en sous-effectif.

L’armée souffre toujours des mêmes maux qu’en 2011, c’est-à-dire le népotisme, la corruption et une hiérarchie parfois dépassée par l’ampleur de la tâche à relever

Autre difficulté: Que fait-on avec la quantité de renseignements recueillis ? Dès le jeudi au soir, des informations faisaient état d’un regroupement d’hommes dans cette zone, on pouvait donc s’attendre à une action d’éclat de la part des groupes. Il semblerait que ces informations recueillies n’est pas donné lieu à des précautions particulières.

La Mali a certes écrit sa loi de programmation militaire, bénéficie de l’appui de la communauté internationale, mais n’a toujours pas analysé la menace à laquelle il est confronté et ne semble pas vouloir faire évoluer son dispositif de défense. Et c’est là le problème, les Famas sont organisées comme s’il s’agissait de répondre à une menace conventionnelle.

Les famas ont besoin d’être formées pour faire face à la menace spécifique, le renseignement a besoin d’être renforcé à ce niveau, il faut développer une intelligence dans la chaîne logistique et favoriser la mobilité des forces. Tout ceci ne semble pas être au programme. On se base toujours sur plus de recrutement et plus de matériels. Cela est la seule réponse en cours en témoigne le Conseil de défense, où on a promis encore et toujours des moyens supplémentaires.

Enfin il faut rebâtir la confiance entre les Fama et les populations locales, pour cela il faut améliorer la gouvernance au sein des Fama, fixer un cap avec des objectifs clairs et mettre les moyens adéquats en face.

Hélas on peut dire que l’armée en tant qu’institution est à l’image de toutes les institutions du pays, sans cap, sans leadership, en autogestion. Malheureusement elle a subit les conséquences tous les jours, et paye très cher le prix des errements du politique.

 

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