Le Maroc se taille un boulevard au Mali

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Le Mali a été gratifié d’une visite de 5 jours du Roi Mohamed 6 du Maroc, venu avec de nombreux chefs d’entreprises, et ministres du Royaume. Le Mali était la première étape d’une tournée africaine, qui comprend la Guinée, le Gabon et la Cote d’Ivoire.

Alors évacuons tout de suite l’idée qui veut que les Marocains fassent tout cela par pure rivalité avec l’Algérie, s’il est vrai que les deux « puissances » entretiennent des relations exécrables, il n’en est pas moins vrai que la démarche marocaine est motivée par ses propres intérêts stratégiques et non par une volonté simple de faire de l’ombre.

Le Maroc par cette diplomatie, tente de se replacer tout simplement en Afrique, par l’économie, mais également par le sécuritaire et le religieux, et cela concerne la zone Sahélienne. Sur le plan économique, le Maroc s’était déjà par le passé offert la société de téléphonie malienne, plusieurs banques, et vient de signer récemment 17 conventions avec l’Etat malien et dans différents domaines, on parle d’investissements totaux frôlant les 3 milliards d’euros soit plus que l’aide promise par la communauté internationale.

Le Maroc va construire au Mali une usine de traitement de phosphate, une cimenterie, un hôpital mère-enfant, dans le même temps la Sotelma inaugurait un tronçon de 1064 km de fibres optiques, le BIM SA banque locale annonçait quant à elle une augmentation de 106% de son chiffre d’affaire depuis l’arrivée de Attijariwafa Bank au capital. La radio marocaine Hit radio va également s’implanter au Mali, elle est déjà présente dans la sous-région.

Le Maroc participera à la formation de la garde présidentielle malienne et construira des casernes et des logements sociaux pour les militaires maliens. Sans oublier la formation d’imams au Royaume afin de promouvoir je cite « Un islam modéré ».

Pour comprendre cette volonté du Maroc de s’investir et d’avoir une plus grande présence dans le Sahel, , il faut comprendre les liens historiques qui lient les peuples de ces régions.

En 1591 les marocains s’étaient emparés de Gao Tombouctou et Djenné mettant ainsi fin à l’existence de l’empire Songhay. Ils régnèrent jusqu’au début du 19ième siècle sur une partie Nord du Mali. Au 17ième siècle les Armas descendants des Marocains dirigeaient le Pachalik de Tombouctou tout en faisant allégeance au souverain Marocain. Leur règne prendra fin en 1791 lorsque l’Amenokal des  Iwillimidden entre à Tombouctou et prend possession de la ville.

Au début des années 50 se développe dans les cercles politiques marocains, l’idée de « Grand Maroc », sentant venir les périodes de décolonisation, ces derniers entendent bien récupérer leurs « terres » jadis possédées, et cela comprend une partie de la Mauritanie et du Mali, sans oublier le Sahara Occidental et la partie ouest du Sahara Algérien.  Il est bon de rappeler que malgré l’allégeance des armas au Roi du Maroc le Pachalik de Tombouctou bénéficiait d’une importante autonomie, voire indépendance. Cette thèse défendue par le parti Istiqlal, premier parti marocain a fini par s’éteindre peu à peu, même si par moment elle enflamme les plus nationalistes.

Aujourd’hui plus que de se reconstruire son « Grand Maroc », le pays tente de se replacer dans le jeu africain une zone dont elle est exclue du fait de sa non-participation à l’Union Africaine. En effet depuis la reconnaissance de la RASD  ( République arabe Sahraoui démocratique) par l’OUA en 1982 le pays s’est retiré des instances de l’UA, et ne participe pas aux grandes décisions et orientations prises sur le continent, il s’est de lui-même mis à l’écart, et c’est cela qu’il tente de corriger depuis 5 ans, sans oublier une offensive anti-RASD, qui s’est soldée par le refroidissement des relations entre ces derniers et plusieurs Etats, notamment le Mali.

Cependant dès 2009 le Mali se plaignait des agissements du Polisario, groupe armé sahraoui qui était accusé d’enlèvements, de trafic de drogue et d’incursion au nord du Mali en collusion avec Aqmi. Les frontières sont poreuses et le Maroc est aussi concerné par le terrorisme au Sahara que la Libye, les aspects sécuritaires demeurent donc importants. La première apparition du Mujao date de décembre 2011 lorsque ce mouvement sorti du néant annonce le rapt de 3 humanitaires près d’un camp de réfugiés sahraouis à Tindouf dans le Sud-ouest algérien. Difficile d’operer une telle manoeuvre sans soutien, dès lors les regards se sont tournés vers le polisario. Pour le MAroc il ne fait aucun doute il existe bien une alliance Mujao-Polisario, pour les responsable de la RASD le Mujao serait une création des services marocains afin de discréditer leur combat.

walid

La présence de Sahraoui dans le Mujao est avérée, il y a notamment le porte parole Adnan Abou Walid Sahraoui, cependant cela n’est pas suffisant pour confirmer les soupçons d’alliance entre les 2 mouvements, tous les Sahraouis ne sont pas du Polisario. L’une des cibles du Mujao étant l’Algérie, il est difficile aussi d’imaginer le Polisario s’en prendre à un pays qui les soutient.

Dans une période où le Burkina est tombé en disgrâce totale aux yeux des maliens, et dont le rôle de médiateur n’est plus souhaité du fait de la trop grande largesse offerte aux rebelles du Mnla, où l’Algérie est occupée à gérer des élections présidentielles décisives pour le régime en place, le moment semble être le bon pour l’offensive diplomatique marocaine.

Malgré le fait que la médiation algérienne soit peu souhaitée par les rebelles et par le Mali qui est hésitant, l’Algérie avec sa position géographique, représente une zone de ravitaillement privilégiée et une zone de repli idéale pour les rebelles.

Et les autorités de ce pays à défaut d’encourager ont souvent fermé les yeux sur les agissements dans cette zone. Sans leur participation toute paix négociée s’annonce difficile à trouver tant ce sud est synonyme d’instabilité pour le nord du Mali. Croyez bien que le Nord du Mali est aussi une rampe de lancement pour les djihadistes ravis de se rappeler aux bons souvenirs d’Alger et que ce qui se passe à Kidal concerne au plus haut point Alger. L’axe Alger-Bamako vacille de temps en temps, on se souvient notamment des pics que s’envoyaient ATT et Bouteflika, chacun accusant l’autre d’être derrière Aqmi, mais il s’agit d’une alliance de raison à condition que chacun joue le jeu.

Dans le cadre de la médiation et après accord du Président IBK le roi du Maroc a reçu à Marrakech Bilal Ag Cherif chef du Mnla, auquel il a rappelé d’après le communiqué officiel, son attachement à l’unité du Mali, mais il faut avoir les moyens de ses ambitions. Map

Le Maroc a-t-il les moyens de s’imposer comme acteur incontournable dans le sahel? Cela passera par l’économie, car tout comme les grandes villes du Nord dépendent beaucoup de l’économie algérienne et des importations venues de Tamanrasset, le Royaume tente à son tour d’être plus présent sur le plan économique au Mali.

Pour ma part cette crise se réglera entre Alger Bamako et Paris, même si un concours marocain n’est pas à exclure, et que le Mali a tout à gagner dans un rapprochement avec toutes les bonnes volontés, il n’y a que des bénéfices à tirer de liens diplomatiques multiples.

Alger possède toujours ses réseaux vieux de plusieurs décennies aussi bien au Nord, qu’au Sud et malgré son échec cuisant avec la négociation Iyad Ag Ghali, n’en demeure pas moins l’acteur principal de la résolution de la crise. Aux autorités maliennes de savoir mener à bien la barque.

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