Konna un an déjà

Il y a de ces batailles célèbres qui marquent l’histoire des Nations, ces batailles révèlent la vraie nature des hommes et tendent à bouleverser le destin des Nations. De la même manière que la bataille de Tondibi en 1591 avait entrainé la chute de l’empire songhay et la recomposition de l’Afrique de l’ouest, celle de Konna allait renouveler le paysage malien et nous faire entrer dans une nouvelle ère. Il est important donc en préambule de rendre hommages à tous ces hommes courageux qui ont combattu ou sont morts pour notre patrie.

Le nord du Mali a été occupé le 6 avril 2012 par une coalition de rebelles indépendantistes, de rebelles islamistes et des djihadistes. Ces groupes extrêmement poreux ont planifié et organisé la conquête du nord du Mali et face à la débâcle de l’armée malienne se sont confortablement installés dans la région, administrant selon la charia les 3 régions. Les indépendantistes du MNLA furent par la suite expulser de toutes les régions du nord par les djihadistes.
  Après la mise à l’écart des putschistes de Bamako et l’installation d’un gouvernement de transition, les négociations commencèrent entre le Mali, les indépendantistes et les AnsarDine le mouvement d’Iyad Ag Ghali dès le mois de juillet 2012. 

Mi-décembre de nombreuses sources sécuritaires affirment qu’il y a du mouvement au Nord et que les groupes djihadistes sont en train de se regrouper vers la ligne de démarcation à Douentza. La ville de Bambara Maoudé attire principalement l’attention tant la concentration de matériel et de stock de carburant y est importante. Il ne faisait alors aucun doute qu’une attaque se préparait.
Le 3 janvier 2013 Iyad Ag Ghali rompt les négociations et réclame l’indépendance du nord et l’application de la charia, le 8 janvier les djihadistes franchissent la ligne de démarcation et le 10 après quelques heures de combat occupent la ville de Konna, qui ouvre la porte à une offensive sur Sévaré et Mopti. L’armée malienne vient de perdre en 10 heures une ville qu’elle a sécurisée 8 mois durant, attendant l’heure de la reconquête. Cette défaite entrainera l’entrée en guerre de la France qui lance alors l’opération Serval. On connait la suite…

Plusieurs interrogations furent posées sur cette attaque des djihadistes vers la ville de Konna qui a finalement entrainé leur perte, offensive étonnante à première vue, d’autant plus qu’AnsarDine était en position de force dans les négociations avec notamment un gouvernement Algérien qui a joué à fond la carte Iyad.
Pour certains les djihadistes voulaient s’emparer de tout le sud du Mali, mais cette théorie ne tient pas la route pour la simple raison que les djihadistes étaient 1500 à bord de 150 pickups et qu’il leur aurait été difficile de pouvoir contrôler une ville telle que Bamako tout en sécurisant Ségou, Mopti…sans risquer de perdre Gao, Tombouctou et Kidal.

Pour comprendre cette offensive il faut se rappeler que les autorités maliennes et notamment la junte étaient fortement opposées à toute intervention étrangère et à toute présence de soldats étrangers à Bamako. La ville de Sévaré et notamment son aéroport devait donc servir de rampe de lancement à une offensive pour la reconquête du nord. Les troupes ouest-africaines ainsi que le matériel auraient débarqué à Sévaré pour ensuite aller à la conquête du nord.

Les djihadistes ont voulu couper l’herbe sous le pied de la communauté internationale et renforcer encore plus leurs positions. Donc cette offensive n’avait pas à mon sens pour objectif d’aller occuper Koulouba, mais d’empêcher tout déploiement international en prenant l’aéroport de Sévaré. D’ailleurs Senda Ould Bouamama porte-parole d’AnsarDine avait le soir de l’attaque de Konna annoncé qu’ils avaient prévu de «  Prier le vendredi à sévaré ». La perte de la ville de Konna a entrainé l’entrée en guerre de la France et notamment des forces spéciales qui ont repoussé les colonnes de djihadistes avant de procéder à l’offensive sur le nord avec les forces armées de la Cedeao, les Tchadiens, et les bataillons de l’armée malienne qui étaient encore debout.

Les djihadistes avaient parié sur le manque de détermination de la communauté internationale qui s’était montré jusque-là plutôt « molle » face à la situation, ainsi pensaient-ils pouvoir attaquer Sévaré sans que cela ne fasse sourciller qui que ce soit.
Ils commettront la même erreur dans la bataille de l’Adrar des Ifoghas en pensant que la coalition franco-tchadienne n’oserait pas y mettre pieds se contentant juste de bombarder. La mollesse de la communauté internationale et les messages de la France disant qu’elle n’interviendrait  jamais et sous aucun prétexte au Mali ont très certainement conforté les djihadistes dans leur logique. Qui imaginait que la France pouvait en si peu de temps déployer 4000 hommes au Mali? On serait encore plus naïf en pensant que cela s’est décidé à la va vite, on peut penser qu’ils s’y étaient préparés.  Les français ont surpris les djihadistes par leur volonté à aller les chercher dans leur sanctuaire et à les détruire comme l’annonçait le président François Hollande au début de Serval.

Aujourd’hui nous avons sur le territoire au moins 2000 militaires français et 7000 soldats de la mission des Nations Unies.  Nous avons aussi le sentiment de revenir de loin d’avoir échappé au pire, que l’on soit pour ou contre l’intervention nier cela relèverait du déni de réalité cher à l’extrême gauche malienne et à certains altermondialistes que l’on peut qualifier « d’opposants par principe ».

Sans l’intervention française le nord du Mali aurait été dans une situation exécrable. Certes aujourd’hui il existe des poches d’insécurité réelles qu’il faut combattre mais on ne peut nier que la situation s’est améliorée. Finies les exécutions en place publique, les fermetures d’écoles et la charia. Malgré la situation particulière à Kidal des progrès ont été réalisés.

Sur le plan du terrorisme et de la lutte contre ce fléau, un coup terrible a été porté à Aqmi, plusieurs dirigeants d’AnsarDine chantent aujourd’hui à qui veut l’entendre qu’ils sont plus maliens que jamais et que la charia ils n’y pensent plus. Les djihadistes tentent tant bien que mal de se réorganiser et attendent leur heure, sans oublier de se signaler par des actions ponctuelles, d’où la nécessité de ne jamais relâcher la pression sur eux.

Demeurent cependant plusieurs défis, car la guerre contre le fanatisme ne saurait être que militaire, les racines du mal, que sont la corruption, le sous-développement, la marginalisation d’une partie du territoire sont présents. La situation politique quant à elle, s’est largement améliorée avec des élections qui ont porté au pouvoir un Président et mis en place une assemblée nationale.
Les maliens sont dans l’attente d’un retour effectif de l’état dans la région de Kidal qui nous échappe toujours, d’une amélioration de la situation économique, de perspectives d’avenir et enfin sont enthousiastes à l’idée de construire une Nation disposée à ne plus commettre les erreurs passées.

Plus jamais de Konna, d’Aguelhok, de rebellions et surtout ce sentiment d’humiliation. Le Mali et son armée ne doivent plus être la risée du monde.
« La crainte de la guerre est encore pire que la guerre elle-même » Sénèque.

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