2014 année du changement ?

Le président de la république IBK a décidé de faire de l’année 2014 une année de lutte contre la corruption, une année où la justice va devoir cravacher pour punir les corrupteurs, les corrompus etc… Les intentions du président sont louables, même si elles franchissent la barrière très peu visible, il est vrai, de la séparation entre le pouvoir judiciaire et exécutif.
L’année 2014 sera donc judiciaire et cela a commencé par la possible mise en accusation par le gouvernement de l’ancien président  ATT pour haute trahison. Il est bon de rappeler que l’ancien président du fait de son statut ne peut être jugé que pour haute trahison et devant la Haute Cour de Justice. Cette décision ne peut être prise que par le président de l’Assemblée Nationale -faisant sa rentrée ce lundi 6 janvier 2014- qui soumet aux parlementaires la motion, une majorité des 2/3 est nécessaire. Dans cette procédure n’apparaissent que la cour suprême et l’Assemblée Nationale, il n’est pas question d’un rôle quelconque de l’exécutif. Là aussi la question de la séparation des pouvoirs se pose.
ATT devra donc répondre de Haute Trahison pour avoir notamment favoriser l’entrée et l’installation des groupes djihadistes « étrangers » ainsi que pour la destruction de l’outil de défense malien. Alors il y a plusieurs éléments factuels que l’on peut d’ores et déjà apporter sur ces accusations sans présager des suites judiciaires.
D’une part les groupes djihadistes étrangers étaient installés bien avant l’année 2000 et d’autre part il a été démontré que l’armée malienne n’a pas perdu la guerre pour un manque d’armement. Mais pour une chaine de commandement minée par les conflits de personne, et la mise à l’écart d’une partie de l’armée après le coup d’état du capitaine Sanogo.
Prenons pour exemple la ville de Konna, qui a été occupée par l’armée durant 7 mois, avec plusieurs milliers d’hommes,  des moyens aériens, des BRDM, des armes lourdes et des centaines de pickup. Deux semaines avant l’attaque de Konna des mouvements de troupes ennemis ont été signalées dans la région de Bambaramaoudé où les djihadistes se regroupaient avec armes et  carburant. L’état-major des armées étaient informés de cela, alors comment expliquer que l’on arrive à perdre une ville occupée pendant 7 mois en 1 jour, face à moins 1000 hommes sans appui aérien juchés sur des Pickup ? Il faut rappeler que la compagnie d’Aguelhok avait infligé de terribles pertes aux assaillants mais n’a finalement perdu la ville que par l’incapacité de nos officiers à organiser un ravitaillement de la garnison sans que les convois ne soient interceptés par l’ennemie. Ce n’est pas un problème d’armement c’est un problème de compétence de nos officiers, n’ayons pas honte de le dire.  Quand nous n’arrivons pas à lire une carte correctement ou même à sécuriser une communication, c’est un problème d’homme et d’une institution à la dérive devenu un outil à recycler les jeunes en échec scolaire.
Récemment un soldat de première classe témoignait en disant que 9 officiers sur 10 sont des héritiers, à première vue il n’y a rien de choquant, dans la mesure où un fils de médecin a bien le droit de vouloir devenir médecin. Cependant cela s’est fait dans notre armée sans aucun mérite, le népotisme a pris le dessus et c’est là qu’intervient cette notion de destruction de l’outil de défense. Il va falloir que ATT si jamais il était incriminé dise comment a-t-il pu laisser s’installer ce favoritisme au sein de l’armée et quel était son rôle ? A qui profitaient les détournements des soldes de nos militaires ? Autant de questions qui méritent des réponses.
Concernant les dossiers pour corruption, un coup de balai est nécessaire quand on s’aperçoit du rapport accablant du vérificateur général à condition de ne pas tomber dans la justice spectacle.
Il est d’ailleurs intéressant de s’attarder sur ce phénomène que veut combattre le Président de la république. D’après le rapport du vérificateur, l’état perd beaucoup plus d’argent du fait de la mauvaise gestion que du détournement de fond et de la corruption, même si ce sont des notions qui peuvent s’imbriquer. Il est vital de lutter contre la corruption mais il est aussi important de reformer l’état afin de mettre fin à cette mauvaise gestion.
La justice nécessite des investigations des preuves des mises en accusation des procès etc…Ce ne sont pas des discours politiques, et jeter des hommes en pâture afin de contenter l’appétit féroce et légitime des maliens qui la feront. Qu’on se comprenne bien comme tous les pays africains le Mali est touché par la corruption et le détournement de fond et comme tous les africains nous avons soif de justice et c’est une occasion qui nous est offerte de demander des comptes. Cela doit se faire selon les règles de l’art et non en jetant des noms de politiciens à la presse, ou en menant des accusations sans fondements afin d’attiser la rumeur et de salir des hommes. C’est le revers de la médaille de toute opération de ce type. La justice doit pouvoir travailler sereinement et dans le respect de son indépendance.
Cette phrase peut raisonner bien creux quand l’on pense que certains mandats lancés contre des rebelles par la justice ont tout simplement été levés pour favoriser la réconciliation. Sur le plan de l’éthique cette décision est incompréhensible, cependant ces mesures faisaient partie de l’accord de Ouagadougou signés par la transition et auxquels IBK a de nouveau apporté son soutien. Les meurtriers d’Aguelhok siègeront à l’assemblée et ne seront probablement jamais poursuivis, nous payons notre mollesse vis-à-vis de nos alliés et des rebelles. Pour rappelle le cantonnement prévus par les accords de Ouaga n’est toujours pas effectif et l’on découvre des camps d’entrainement de la rébellion notamment dans la région de Foyta. Sans cantonnement comment mettre fin aux attentats et échanges de tirs entre la Minusma les Fama et les rebelles ? On est en droit d’attendre plus de fermeté du gouvernement par rapport à cette disposition !
En cette année 2014 il n’y aura pas de petits chantiers, tous les dossiers seront importants. Cette année doit être décisive sur le plan de réforme. Plus que des slogans ayant attraits à la dignité 2014 doit marquer la rénovation de l’état malien, l’entrée de notre pays dans une ère nouvelle. Cela nécessite que les caciques du régime de 1992-2012 fassent place nette aux idées de la nouvelle génération qui je pense a une vision différente de celle des ainés. Il faut plus de justice sociale, une économie dynamique et novatrice. Dans son discours de fin d’année IBK a annoncé la fin de l’état Jacobin ce qui s’il est réalisé est déjà un grand pas à mon sens. Notre pays a trop souvent été centralisateur, nous avons trop souvent tout attendu de l’état même là ou l’initiative privée est plus souhaitable. Il faut libérer le Mali, libérer le Malien que ce dernier comprenne que le rôle de l’état est d’assurer les services de bases, de mettre en place les conditions nécessaires au succès des citoyens, le reste s’obtiendra à force de sueur. La tâche sera difficile tant on nous a accoutumé à tout attendre de l’état, mais aussi à rejeter nos échecs sur ce dernier.  Au gouvernement de travailler à mettre en place les conditions nécessaires au développement du pays, c’est-à-dire des routes, des écoles des hôpitaux dignes, une économie ouverte favorisant les investissements de nos partenaires régionaux et internationaux sans que cela ne se fasse au détriment du peuple.
Tout est question de volonté. Bonne année 2014.

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