Retour sur 53 années d’independance

En cette année 2013 le Mali fête ses 53 années d’existence (soit un peu plus que espérance de vie à la naissance d’un malien). Traditionnellement cette occasion, se traduit pas toutes sortes de réjouissances, mais trop rarement avons-nous dressé le bilan de ces 53 années.

En ce 22 septembre 1960 Modibo Keita premier président de la République du Mali déclarait l’indépendance du pays, après l’éclatement de l’éphémère fédération du Mali qui comprenait le Sénégal.

Le règne de Modibo Keita père de l’indépendance ne durera que 8 ans, il sera renversé en 1968 par le général Moussa Traoré.
Keita en bon communiste était partisan de l’unité africaine, du panafricanisme et s’était rapproché du bloc communiste, tout en étant membre des pays non alignés. Le Mali avait des accords avec les Etats-Unis, Israël, mais aussi la Chine et l’Urss.

Keita à l’instar de la Guinée rompt ses relations avec la France, ce qui ne manquera pas de fâcher le président De Gaulle et n’a eu de cesse avec Sékou Touré et Kwame Nkrumah de prôné l’unité africaine,. Suite à l’exigence de Modibo Keita la France évacue le 20 juin 1961 la base militaire de Kati, en solidarité avec le FLN algérien, engagé dans une lutte pour l’indépendance. Il s’opposera également avec le Maroc et l’Egypte à travers le groupe de Casablanca aux essais nucléaires français dans le Sahara. Dans le même temps éclatait la première révolte touareg (Chacun jugera du timing) qui sera matée dans le sang avec l’aide du Maroc et de l’Algérie.

En 1962 Modibo Keita décida de quitter le Franc CFA (Monnaie indexée sur le Franc Français) pour crée le franc malien, et c’est à partir de cette année que commence la décadence de la première république.
La création de cette monnaie se révèle être économiquement calamiteuse, entraînant de nombreuses manifestations et l’arrestation de Fily Dabo Sissoko et Hamadoun Dicko pour une tentative de coup d’Etat. Ces derniers mourront en 1964 dans des conditions obscures.

Le régime de Modibo Keita bascule dans l’autoritarisme avec la création de milices de jeunes chargées de surveiller le parti unique, mais aussi les citoyens. Cela ne l’empêche pas d’avoir des victoires sur le plan international puisqu’il sera celui qui réunira à Bamako l’Algérie et le Maroc pour mettre fin à la Guerres des sables, l’année suivant il rompt ses relations avec le Royaume uni suite à l’affaire de la Rhodésie.

Le second avertissement pour Modibo Keita vient du coup d’Etat au Ghana qui renverse son ami Kwame Nkrumah, il décide alors la création d’un comité de défense de la révolution.
C’est en 1967 que le Mali pense revenir dans la zone CFA, après un accord avec la France qui accepte de consolider la dette abyssale du pays causée par la réalisation du barrage de de sotuba, mais aussi par l’hypertrophie de la fonction publique et des dépenses excessives de l’Etat pour financer son économie socialiste. Le Franc malien sera dévalué à 50%.

En cette même année 1967 Modibo Keita ainsi que les milices procèderont à une épuration en règle du parti USRDA, tous les membres jugés anti révolution sont mis à la porte, l’année suivante il dissout le parlement et gouverne par ordonnance. En juin 1968 éclatera une révolte paysanne, en effet ces derniers sont las de payer des contributions à l’Etat, et surtout de remettre leur production à l’organisme d’Etat ayant le monopole de sa commercialisation. Le 19 novembre 1968 14 officiers mettent fin à la fonction du premier président de la République du Mali.

Le putsch initié par le capitaine Yoro Diakité, le capitaine Mamadou Sissoko et les lieutenants Youssouf Traoré, Kissima Dounkara et Moussa Traoré a conduit à l’installation du comité militaire de libération nationale présidé par Traoré.

Modibo Keita dans sa dérive autoritaire s’est attiré l’inimitié de beaucoup de monde dans son parti mais aussi dans la population lassée par une économie socialiste à bout de souffle.
Les maliens ont tendance à magnifier cette période du Mali, mais mis à part sur le plan international ou le Mali avait un rôle important parmi les non-alignés, au plan intérieur la situation économique était catastrophique et s’était très peu améliorée en 8 ans. Le taux d’alphabétisation au Sénégal était de 20% alors qu’au Mali il était de 8% et malgré tous les efforts l’écart n’a jamais été comblé.

La lune de miel entre Moussa Traoré et la population ne durera qu’une année; ce dernier va installer un régime policier avec Tiecoro Bagayoko comme fer de lance. La société entière est sous surveillance, et particulièrement les enseignants réputés hostiles au régime. La deuxième république est instaurée en 1974 alors que le pays traverse une sècheresse sans pareille, et malgré l’aide internationale la situation ne fera qu’empirer, une partie de l’aide ayant été détournée. La sécheresse fera 100000 victimes au nord du pays et sera l’occasion d’une nouvelle révolte touareg.

Sur le plan international la junte va prendre le même chemin de Keita, mais rompt ses relations avec Israël par solidarité avec les pays arabes. Traoré accueillera Valery Giscard d’Estaing en 1974 à Bamako et jouera le rôle d’arbitre entre la Mauritanie et le Front Polisario qui réclame le Sahara occidentale annexé par le Maroc.
En 1971 une première vague de répression vise Yoro Diakité en 1971 accusé de complot il mourra en 1973 dans les mines de Taoudéni.
Lors de la mort de Modibo Keita en 1977, à Kidal, dans des conditions suspectes, il y aura une forte mobilisation pour ses obsèques. Contrarié le régime réagira de manière violente par des arrestations arbitraires.
L’année suivante il fait emprisonner Bagayoko et Kissima Doukara ceux la même chargés de la répression. Le motif est comme souvent un complot contre l’Etat. 43 officiers seront aussi accusés et reconnus coupables de tentative de coup d’Etat plus celui qui avait été nommé pour enquêter sur les 43 officiers….

Le régime de parti unique est celui qui prime grâce à la constitution de 1974, et tous les jeunes et les femmes sont membres d’union nationale des femmes du Mali et de l’union nationale des jeunes du Mali. Dès 1974 éclatent les premiers conflits frontaliers avec le Burkina Faso qui se solderont par un maintien du statu quo.
C’est à partir de 1980 que le mécontentement s’accentue des révoltes étudiantes éclatent et la répression se met en place. Traoré sera la même année l’objet d’une tentative d’assassinat par des gendarmes.

Face au mécontentement de la jeunesse Alpha Oumar Konaré alors ministre de la jeunesse remet sa démission.
L’état de l’économie est catastrophique et les seules richesses du pays ne profitent qu’à une minorité de très riches laissant de côté le monde rurale, plongée dans une pauvreté absolue. La dette du Mali est multipliée par 4, ce qui conduit la France à procéder à une aide budgétaire pour de faciliter le retour du Mali dans la zone CFA qui deviendra effectif en 1984. De nombreux retards de paiement dans la fonction publique malienne à cette époque sont le fruit de la corruption qui existe. L’année suivante il est réélu avec 99,94% des voix. C’est en novembre 1988 que sera fermé le bagne de Taoudéni avec la libération de 300 détenus politiques.

L’etat calamiteux de l’économie et le manque de liberté feront tomber le régime de Moussa Traoré en mars 1991. Suite à des manifestations estudiantines qui feront des dizaines de morts, un coup d’Etat viendra mettre fin au règne de Traoré.
Amadou Toumani Touré, Siaka Koné et les caporaux Nawé Keïta, Souleymane Dao, les soldats de première classe Boubou Sidibé, Soumaila Coulibaly, Siaka Diarra et Yacouba Togola mirent aux arrêts Moussa Traoré en 1991.

Suite au coup seront organisées des élections démocratiques qui verront la victoire d’Alpha Oumar Konaré en 1992. Il fera 2 mandats et malgré les troubles avec l’opposition et les étudiants, il entreprit une réforme de l’Etat et la mise en place d’un multipartisme. Cependant le régime a été émaillé par des affaires de corruption et malgré des progrès conséquents la situation de bon nombre de maliens restait precaire.
En 2002 sera élu Amadou Toumani Touré, il sera réélu en 2007. Comme AOK il continuera à moderniser l’Etat, mais cependant son régime est émaillé aussi par la corruption et la déliquescence de l’autorité de l’Etat.

On parlera de mirage démocratique n’ont pas qu’on ait eu à faire à des dictatures mais plutôt parce que la corruption y a été scientifiquement orchestrée.
Le Mali à la fin 2007 était devenu un narco Etat, avec en son nord des sanctuaires terroristes. S’en suivront la crise de 2012 sur laquelle beaucoup de choses ont été dites et écrites, mais le constat est frappant un pays indépendant depuis 53 ans balayé par 3000 jihadistes en 4×4…

En 53 ans ne Mali n’a à mon sens connu que des régimes transitoires, nous n’avons pas eu de pouvoir mis en place pour construire, mais des pouvoirs pour panser les plaies causées par les prédécesseurs.
A l’aube du pouvoir d’Ibrahim Boubacar Keita beaucoup espèrent enfin le vrai démarrage du Mali, car un pays ne se construit pas avec des projets éphémères mais dans la continuité. Chaque nouveau pouvoir doit s’appuyer sur ce que lui a laissé son prédécesseur.
Le discours du Président élu axé sur les valeurs laisse présager le retour de la volonté politique d’aller vers l’avant, ce qui a tant manqué par le passé.

Les coups d’Etat ne sont que la conséquence du manque de volonté politique, dans un pays où l’on refuse de prendre des décisions courageuses pour ne pas déplaire.
Il y a des vérités qui ne sont pas dites et qui handicapent encore le fonctionnement de nos institutions. Les corrompus sont connus de tous et ne sont pas inquiétés, la justice est corrompue jusqu’à la moelle sans oublier les différents corps de la fonction publique où chacun fait comme bon lui semble.

La question du vivre ensemble avec des citoyens qui ne se sentent pas maliens et n’ont pas l’impression d’être pris en compte reste entière. Les maliens face à une administration absente sont livrés à eux-mêmes.
Ces problèmes subsistent depuis 53 ans car aucun dirigeant n’a eu le courage de siffler la fin de la recréation. Ce laxisme étatique érigé en mode de fonctionnement a sérieusement décrédibilisé l’Etat au plan national comme international.

Aux nouvelles autorités de redorer le blason Mali et d’enfin nous lancer sur la voie de la modernisation et du développement, le Mali ne pourrait supporter d’autres humiliations

Bonne fete.

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