De rebelles à diplomates

Les exploits de Zahaby Ould Sidi Mohamed en tant que patron du FIAA peuvent être résumés à travers quelques extraits de textes datant des années 90:

Le rapport Amnesty complet concernant toutes les parties au conflit ici

En juillet 1994, un groupe armé maure, le Front islamique arabe de l’Azawad (FIAA), aurait, à

L’occasion de plusieurs attaques contre des civils, tué au moins 60 personnes. Le 24 juillet,

Zahaby Ould Sidi Mohamed, leader du FIAA, a déclaré qu’il vengerait les victimes civiles

innocentes et que les attaques ne cesseraient que lorsque l’armée arrêterait elle-même de tuer

des civils. Il a toutefois également laissé entendre que les dirigeants des groupes armés

n’exerçaient qu’un contrôle très limité sur les combattants qui se livraient à ces agressions.

Les attaque suivantes ont été attribuées au FIAA :

le 30 mai 1994, à Fafa, au sud-ouest d’Ansongo : par mesure de représailles à la suite

des assassinats perpétrés par Ghanda Koy à Tacharan, des membres du

FIAA appartenant à la Commission de cessez-le-feu réunissant des représentants du

gouvernement et des MFUA, auraient maltraité plusieurs civils qu’ils interrogeaient au sujet

de l’emplacement d’un camp d’entraînement de Ghanda Koy. Dans ce camp, ils auraient

par la suite tué trois personnes et en auraient blessé dix autres, dont des civils. Trois

personnes auraient également été enlevées, notamment Kader Diallo, un professeur à la

retraite. En juillet, un responsable des MFUA a affirmé qu’il s’était agi d’un affrontement

entre factions armées.

-le 8 juin, à Niafunké, au sud-ouest de Tombouctou : une cinquantaine d’hommes armés

auraient lancé des attaques contre la prison et contre un camp militaire. Dans la prison,

quatre personnes auraient été tuées: un garde de l’armée, sa femme, son enfant et un

civil. Le gouvernement a attribué ces attaques à une faction dissidente des MFUA. Par la

suite, le FIAA a reconnu la responsabilité de ses membres dans les assassinats de

Niafunké.

– le 14 juillet 1994, sur la route de Nampala à Niono, près de la frontière mauritanienne :

des hommes armés auraient tué 18 à 25 civils : ils auraient tiré au hasard sur un groupe

de personnes qui se rendaient au marché en camion pour vendre leurs denrées. Parmi les

victimes figuraient le conducteur du camion, Moulaye Diakité, âgé de vingt-cinq ans, et son

frère cadet.

– le 25 juillet 1994, à Bamba, près de Gourma Rharous : selon certaines informations, des

« intégrés » appartenant au FIAA auraient tiré au hasard sur les villageois qui se trouvaient

rassemblés à l’occasion du marché hebdomadaire, tuant au moins 40 civils. Parmi les

victimes figurait le chef du village de Tahan et d’autres membres des communautés

voisines. Les chiffres officiels sont de 40 morts et de 13 blessés. Toutefois, le chef du

village de Bamba a indiqué ultérieurement que 103 personnes avaient été tuées, que 28

avaient été blessées et que 19 autres avaient disparu. Il s’agirait de la dixième attaque

contre Bamba depuis 1990, et, semble-t-il, la plus meurtrière.

Revue Afrique express: N° 67 du Vendredi 11 novembre 1994

Le processus de paix est complètement bloqué avec la rébellion touarègue

Le processus de paix, initié en avril 1992 entre le gouvernement et les Mouvements et fronts unifiés de l’Azawad (MFUA), est bloqué en raison de la menace d’une “guerre totale” lancée par le Front islamique arabe de l’Azawad (FIAA), l’un des signataires du Pacte de réconciliation.

Dans une “lettre ouverte” au président Alpha Oumar Konaré, le FIAA avait brandi la menace d’une “guerre totale” si, à la date du 30 septembre, il n’obtenait pas l’incorporation d’anciens rebelles dans l’armée, l’arrêt des représailles contre les populations touarègues et maures et la mise en place de projets de développement dans le nord.

Depuis cette échéance, le FIAA a revendiqué plusieurs attaques, dont celle perpétrée à la roquette, le 23 octobre, à Gao. Vingt-trois civils y ont été tués et les représailles des populations négro-africaines contre Touaregs et Maures ont entraîné la mort d’au moins une trentaine de personnes, dont un imam.

“Le gouvernement n’acceptera jamais de négocier avec le FIAA parce qu’il n’est qu’un des mouvements signataires du Pacte, que Zaha Bi, l’homme qui le dirige, n’a pas tout le FIAA derrière lui et que ce serait lui conférer une légitimité usurpée”, estime-t-on dans les milieux informés.

Revue Afrique express: N° 73 du Vendredi 23 décembre 1994

L’Alliance pour la démocratie au Mali (ADEMA, au pouvoir) et les principaux partis politiques d’opposition ont accusé, à Bamako, le Front islamique arabe de l’Azawad (FIAA) d’être responsable d’un “génocide contre les populations civiles innocentes du nord Mali”.

9 partis politiques ont invité, dans une déclaration écrite, le gouvernement à “engager une lutte sans merci contre les terroristes, ennemis de l’unité nationale et de l’intégrité territoriale, à doter l’armée de tous les moyens nécessaires pour assurer la sécurité des personnes et des biens” dans le nord du Mali.

Ils ont réclamé “l’extradition” de Zahabi Ould Sidi Mohamed, le dirigeant du FIAA”, soulignant qu’il avait revendiqué publiquement les “récentes attaques contre les populations civiles de Gao et Tombouctou”.

Près de 500 personnes ont trouvé la mort au cours des six derniers mois lors d’attaques contre des civils, souvent revendiquées par le FIAA ou qui lui sont attribuées par les autorités.

De rebelles à diplomates en passant par ministres, Zahaby Ould Sidi Mohamed n’est pas un cas isolé: 

A la fin des années 1990 le président Alpha Oumar Konaré a envoyé Monsieur Zahaby Ould Sidi Mohamed travailler aux nations unies et plus précisément au PNUD.

Abderrahmane Galla  est nommé à l’ambassade à Riyad, puis Tamanrasset,  il était membre de l’ARLA (armée révolutionnaire de libération de l’azawad), son compère Mohamed Ag Bilal lui fut assigné à l’ambassade à Abidjan avant de revenir à Bamako travailler au gouvernement.

Babacar Ould Sadeck Mohamed du FIAA a eu un poste en Arabie Saoudite tout comme Iyad Ag Ghali un peu plus tard.

Zeidan Ag Sidi Lamine du front populaire de libération de l’azawad, offre lui ses bons services à l’ambassade du Mali en Chine, AgHatam Ag Alhassane du même mouvement a été ministre de l’environnement en 2007….et beaucoup d’autres exemples encore.

 

La politique malienne en ce qui concerne le traitement de la rébellion et de ses conséquences semble être d’envoyer les chefs le plus loin possible, de leur permettre de s’enrichir tout en intégrant leurs combattants dans l’armée.

Cette politique dure depuis les années 80 et n’a pas connu un franc succès, de plus il ne semble pas très judicieux d’envoyer en Arabie Saoudite des personnes qui tissaient des liens avec les jihadistes algériens, et se revendiquaient déjà d’un islamisme poussé.

On peut faire la remarque qu’Iyad Ag Ghali a repris la recette gagnante de Zahaby Ould Sidy Mohamed en embrassant l’islamisme. Il a pu ainsi bénéficier des financements importants de « frères » portés sur la cause. Il n’est d’ailleurs pas étonnant d’apprendre qu’Iyad avait deux volontés, être au consulat du Mali en Arabie saoudite ou en Egypte…Finalement ATT lui offrira le Royaume d’ou il sera expulsé pour avoir fricoté avec des radicaux.

Les hommes changent, la paix est passée par la et si Zahaby Ould Sidi Mohamed est aujourd’hui ministre, c’est sans doute au nom de la réconciliation nationale des années 90, mais on ne peut que faire le rapprochement avec les rebelles d’aujourd’hui, et s’imaginer que peut être eux aussi seront graciés ministrables dans quelques mois, années au nom de la même paix qui a érigé l’impunité en norme sociale.

Sans doute l’époque du FIAA est elle lointaine pour beaucoup de nos concitoyens mais pas pour les habitants du nord et de Gao plus précisément, ou ils recevaient assez régulièrement des roquettes de la part des hommes de Zahaby.

Enfin la nomination de Zahaby n’a rien d’un symbole comme le pensent les médias qui s’empressent de dire « il est du nord », non c’est stratégique, il est réputé être très proche d’Alger, et a des contacts en Mauritanie. Pour rappelle le FIAA était reconnu par ce pays comme mouvement légitime dans les années 90. Enfin il a un réseau très large au nord et cela pourrait aider dans les futures négociations à venir.

Injustice généralisée 

Justice ne sera pas rendu dans ce pays pour les victimes d’exactions, de la part de tous les groupes armés confondus en passant par la junte à Bamako et n’en soyez pas étonnés, c’est un mode de fonctionnement qui a cours au Mali depuis les années 60, le pardon signifiant l’oubli. Je ne dirais pas comme certains que c’est social, qu’il s’agit du mode de fonctionnement des Maliens, je dirais que c’est laxiste, comme le mode de fonctionnement Étatique qui veut que le Général Moussa Traoré dictateur sanguinaire de 1968 à 1991 se retrouve encensé par le nouveau Président lors de son investiture.

Ce mode de fonctionnement a conduit le President ATT a sa chute lui qui ne voulait pas « envoyer un père de famille en prison », peu importe si ce père de famille était convaincu de corruption.

Les victimes sont toujours les mêmes, les civils abandonnés par les puissants depuis longtemps, ce sont les mêmes qui souffrent en silence. La République du Mali est caractérisée par l’injustice l’irresponsabilité et l’impunité, personne n’est responsable de ses actes et les victimes on leur donne quelques billets, une moto, on prie pour elles , et puis on passe à autre chose.

Il faut restaurer l’Etat et cela passe par la justice, la fin de l’impunité et surtout la prise de conscience des citoyens.

A bon entendeur.

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