Elections maliennes bilan et perspectives

La page de l’élection présidentielle 2013 au Mali s’est refermée (en attendant les résultats définitifs) hier soir, par un acte très symbolique et de haute valeur du challenger Soumaila Cisse, qui s’est rendu au domicile du favori, et désormais Président de la République du Mali Ibrahim Boubacar Keita.

Par ce geste que chacun interprétera à sa guise il tord le cou aux oiseaux de mauvais augures qui nous ont rabâché les oreilles avec leur supposée risque de crise post-électorale. Toute personne faisant sérieusement son travail et connaissant le Mali  se serait évitée une telle analyse, qui démontre une certaine paresse intellectuelle de ces commentateurs qui se contentent d’appliquer les mêmes schémas à tous les pays.


L’occasion pour nous de revenir sur cette élection, qui était en soi un défi immense à relever pour l’Etat malien, et notamment les autorités de la transition. Ces derniers avaient 2 missions principales, libérer le nord du pays et organiser l’élection, c’est désormais mission (presque) accomplie pour le tandem Traoré-Sissoko, qui a su traverser toutes les épreuves sans jamais transiger avec la ligne que leur avait fixé le peuple.

Cette élection au premier comme au deuxième tour a été caractérisée certes par une certaine désorganisation, mais lorsque l’on voit le taux de participation de 49% au premier tour, taux historique, on ne peut que s’en féliciter.

Il aurait pu être beaucoup plus élevé, si il n’y avait pas eu tous les manquements organisationnels, mais il est important de souligner quand même le travail titanesque réalisé par le ministère de l’administration territoriale de concert avec nos partenaires de la Minusma, pour mettre en place tout le dispositif électorale en moins de 4 mois du nord au sud de l’est à l’ouest, dans les consulats, et camps de réfugiés.

Tout n’a pas été rose il y a eu des manquements graves des fraudes et tentatives de fraudes, mais comme l’a dit Louis Michel chef des observateurs de l’UE  » ces manquements ne sont pas de nature à entacher la crédibilité du scrutin ».

IBK donc le grandissime favori, a commencé à construire sa victoire dès le lendemain du coup d’Etat de mars 2012, très proche de la junte, il a très vite compris qu’une partie du pays ne voyait pas d’un mauvais œil le coup las du laxisme dont faisait preuve ATT.

En refusant de s’associer au FDR (front du refus) groupe opposé au putsch il a su se dissocier de ce que les maliens ont nommé le système ATT.

En effet le FDR était composé par les partis considérés comme étant associés à la gestion récente du pays, donc ils avaient l’image de ceux qui avaient conduit le pays dans la situation qu’on connaissait, c’est à dire l’occupation du nord par les narco-djihadistes et leurs faire valoir du MNLA.

D’autre part IBK a su négocier le soutien puissant de nombreux dignitaires religieux, qui selon Mr Bah le responsable de la jeunesse du Haut conseil islamique sont en mesure de mobiliser « 15% de l’électorat. »

IBK a également compris que les maliens humiliés par les défaites successives de l’armée, avaient besoin qu’on leur redonne la fierté d’être malien, il a su tenir un discours sur l’honneur, la dignité retrouvée, la primauté au Mali et à ses intérêts.

IBK a plus gagné sur cela que sur les incantations religieuses qu’il a tenu à chacun de ses discours, on ne récupère pas 40% des voix  au premier tour grâce à des « Inch’allah ».

Son concurrent Cisse lui rentrait plus dans ses costumes de technocrate chevronné connaissant bien ses dossiers. Durant le meeting il déclinait des mesures économiques, agricoles alors que son concurrent lui restait sur des valeurs morales, un discours aux élans patriotiques.

Après la tragédie nationale que le pays a vécu les maliens étaient plus sensible à un discours faisant appel à la fibre patriotique, leur parlant d’un Mali « debout » plutôt qu’a un discours sur le développement économique même si cela reste une préoccupation.

Et maintenant le plus dur commence pour le président IBK, les chantiers ne manquent pas, la question du MNLA, de l’armée de la réconciliation nationale, et de la relance économique seront les plus difficiles.

IBK a été élu comme étant un homme à poigne, son électorat et plus largement les maliens attendent de lui qu’il tienne  la dragée haute aux indépendantistes du Mnla.  Il est bien vu par la troupe, qui attend de lui qu’il lui redonne son lustre d’antan, et enfin la situation économique est morose, l’aide va reprendre certes, mais les maliens veulent des emplois, une éducation de qualité pour leurs enfants, et la fin de la corruption et on le sait le peuple est impatient, le temps presse donc!

Au plan politique il aura aussi à gérer des alliés encombrants comme les leaders religieux qui ne voient « rien de mal à la charia à condition de ne pas l’appliquer avec les armes » par exemple, la junte, la pléiade de petits candidats s’étant ralliés à lui(consensus bis?) et la communauté internationale qui n’hésitera pas à peser de tout son poids lors des négociations avec le MNLA.

Quant à Soumaila Cisse il a indéniablement pris une posture d’homme d’Etat (pour ceux qui en doutaient) et s’affiche désormais comme chef de file d’une opposition à venir qui ne manquera pas de talents avec notamment Modibo Sidibé ancien premier ministre, Soumana Sacko également ancien premier ministre et Tiebilé Dramé qui a eu le mérite d’avoir déjà proposé une ambitieuse reforme constitutionnelle avant de se retirer de la course à la présidentielle.

Les maliens ont connu la politique du consensus et aspirent à vivre dans un pays ayant une vraie opposition, et je pense que c’est un rôle que pourront accomplir ces hommes, sans oublier le parti actuellement majoritaire à l’assemblée nationale l’Adema.

En effet le candidat de ce dernier, le très opportuniste Dramane Dembele a décidé d’apporter son soutien à IBK tandis que le parti lui a respecté ses engagements pré-électoraux en soutenant Cisse. Il s’agit de solidifier ses bases, de se remettre en question et repartir au travail.

Enfin la société civile aussi a son rôle à jouer celui d’être vigilant, et de participer au jeu démocratique, ce n’est que comme ça qu’on peut mettre la pression sur les politiciens afin d’éviter les erreurs passées.

Les défis qui attendent sont à relever pour tous vainqueurs comme vaincus, ils sont immenses à nous de nous retrousser les manches et de faire du Mali ce que l’on veut qu’il soit, ne nous laissons pas distraire par les fatalistes…

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