Échec des Etats sahéliens dans la lutte contre les narcojihadistes.

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réunion des chefs d’état major à bamako en 2011

La bande sahélienne couvre un espace allant de la Mauritanie au Tchad en passant par le Mali, l’Algérie, le Niger et la Libye.

Le Sahel est un espace aride, désertique, avec une faible densité de population, c’est une région de nomadisme et de pastoralisme.

Il s’agit d’une zone de transhumance habitée par différents peuples nomades, comme les Touaregs, les zaghawas, les bagarras et les peuls, mais aussi pas des peuples sédentarisés  comme les songhay, les haoussas, les dogons et les Armas.

On a à faire à une zone de passage entre l’Afrique du nord, et l’Afrique noire, ou se rencontre des nomades et des sédentaires.

Comme toutes les zones désertiques, le sahel est en proie à la sècheresse, et l’une des conséquences de ce climat rude est la famine endémique qui y sévit.[1]

Espace tampon mais surtout de contact et d’échanges (Anciennes routes du sel, de l’or et des esclaves), difficilement contrôlable, l’arc sahélien tend à devenir une zone conflictuelle sur laquelle les acteurs de la zone semblent avoir peu d’emprise.

En effet depuis une vingtaine d’année la zone sahélienne est devenue un espace de trafics en tous genres, allant de l’immigration clandestine au narcotrafic, ainsi que le kidnapping.[2]

Le non contrôle de cette zone par les Etats a favorisé l’installation et le développement de nombreux groupes dont Al Qaida au Maghreb Islamique (Aqmi) anciennement groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC).

Les acteurs…

 

Face à cette menace grandissante 4 pays du champ, l’Algérie, le Mali, le Niger et la Mauritanie, vont s’organiser en créant le comité d’état-major opérationnel conjoint (Cemoc) en 2010 dont le siège se trouve à Tamanrasset.

Le Cemoc est une structure militaire regroupant les forces armées des pays du sahel sous l’égide de l’Algérie, la grande puissance de la région, et avec une présidence tournante tous les 6 mois. [3]

Première remarque sur la composition du Cemoc on s’aperçoit de l’absence de pays de poids et notamment le Maroc.  En effet lors de la création du comité le Mali était favorable à l’entrée du royaume chérifien, proposition rejetée par l’Algérie, du fait de leur conflit lié au Sahara occidental notamment.

En plus du Maroc, le Tchad et la Libye sont absents du comité, or les criminels de cette région ignorent les frontières des Etats.

L’autre but non avoué pour l’Algérie était de faire baisser l’influence grandissante de la France et des Etats-Unis dans la zone.

En effet dès 2009 les Etats-Unis et la France ont commencé à s’installer dans les pays limitrophes comme le Niger et la Mauritanie, et finançaient la formation de soldats maliens dans la lutte contre les groupes comme Aqmi[4]

Le Gspc en 2007 va devenir AQMI, groupe aujourd’hui à l’origine du trafic de drogue et des kidnappings dans la zone sahélienne.[5] L’Algérie a une « responsabilité historique » car dans sa lutte contre le terrorisme, elle a repoussé les groupes du Groupe islamique armé (GIA) et du GSPC vers le sud du pays, puis s’est alors contenté de la situation.

Les autres pays de la zone Cemoc qui sont le Mali, la Mauritanie et le Niger, disposent de faibles moyens de lutte et en s’alliant avec l’Algérie espèrent pouvoir bénéficier des moyens  de son armée. De plus ils considèrent qu’Aqmi est un problème algérien.

En plus des groupes terroristes cette zone est devenu une route du trafic de drogue en provenance d’Amérique du sud et à destination de l’Europe et ce depuis les années 2000.

Les trafiquants de drogue ont noué des contacts avec les groupes djihadistes et des dignitaires locaux afin de convoyer les convois de drogue, cela a permis à ces derniers de s’enrichir de manière substantielle et de financer à grande échelle leurs activités criminelles.

On estime à plusieurs millions d’euros les revenus que les groupes terroristes ont tirés de leurs différentes activités en 10 ans. Le sahel est devenu une véritable autoroute de la cocaïne[6].

En 2009 un avion en provenance du Venezuela s’écrase non loin de Takrint dans la région de Gao, il convoyait 6 tonnes de cocaïne qui ont été déchargés et transporter par les hommes d’Aqmi.[7]

De plus la guerre en Libye et le délitement de cet état va favoriser le trafic d’armes à grande échelle mais aussi le retour de milliers de combattants touareg qui appartenaient à la légion islamique de Kadhafi.[8]

En plus des combattants touareg qui vont mener une rébellion contre le Mali sous le nom du Mouvement national de libération de l’Azawad, il y aura l’émergence de AnsarDine (groupe islamiste touareg) lié à Aqmi et du Mujao (mouvement pur l’unicité et le jihad en Afrique de l’ouest). Ces groupes occuperont le nord du Mali durant 9 mois jusqu’à l’opération serval et l’intervention de la France suite à la volonté des djihadistes de descendre plus au sud du pays en janvier 2013.

Bilan des opérations….

Les objectifs initiaux du Cemoc étaient de lutter justement contre ce genre de danger, or à part quelques opérations de patrouille commune aucune action d’ampleur n’a été menée par l’organisation, pas une seule arrestation.

Bien au contraire les Nigériens ont préféré travailler avec les forces spéciales françaises, tout comme les Mauritaniens, du côté d’Alger et de Bamako on s’accusait mutuellement de complaisance voir de complicité avec ces groupes et le trafic de drogue.[9]

L’occupation du Nord-Mali et l’intervention de la France démontre que le Cemoc est une faillite totale sur le plan de la lutte régionale contre la criminalité transfrontalière.

Le déficit de coopération inter étatique a favorisé l’émergence de la crise au Mali, tout comme la porosité des frontières a favorisé les trafics en tout genre ayant permis aux groupes de s’enrichir.

Les groupes qui sévissent dans cette zone se sont ravitaillés en armes en Libye et sont passés par le Niger et le sud de l’Algérie pour venir au Mali, sans être inquiétés.

Sans oublier que l’Algérie a développé une doctrine depuis son indépendance qui veut que son armée n’intervienne pas hors de ses frontières, ce qui pose naturellement problème quand on sait que le Cemoc devait pouvoir agir sur l’ensemble du Sahel.

Quel avenir ?

Sur le papier, le Cemoc continue d’exister, mais reste à l’état de belle initiative, n’ayant pour l’instant pas aboutie.

A l’heure actuelle avec l’intervention de la France on comprend que toutes ces années de laxisme, d’hésitation ont permis à Aqmi et aux autres criminels de se sanctuariser dans le nord du Mali. Cette guerre contre les groupes auraient dû être menées depuis des années.

Pendant que les dirigeants tergiversaient les criminels eux se sont enrichis, renforcés à tel point qu’une armée comme celle du Mali n’était plus  capable de lutter seule contre eux.

L’une des leçons de l’opération serval, c’est qu’avec plus d’implication, de coopération, de volonté des Etats, la criminalité transfrontalière aurait pu être efficacement combattue et l’on aurait pu empêcher son installation et son expansion dans le Sahel.

La présence de combattants du Polisario (Sahara occidental) des shebabs (Somalie) et de Boko-Haram (Nigeria) au sahel démontre que les groupes djihadistes, tentent de tisser leur toile, alors que les états ont encore du mal à accorder leurs violons.

Le Cemoc peut être un élément important de la sécurité dans la zone, cependant il faudra penser à y impliquer tous les pays concernés, c’est-à-dire en plus des 4 déjà présents, le Maroc, la Libye, et le Tchad.

Or on voit mal l’Algérie et le Maroc à l’heure de leurs relations actuelles s’engager dans une coopération militaire, de plus la Libye demeure un état très instable, et le Mali un pays à reconstruire.

Une lutte efficace contre la criminalité doit avoir plusieurs volets, un volet développement et un volet purement militaire, or la coopération entre les états sur cette partie militaire a été une belle réussite sur le papier mais une faillite totale sur le terrain. De plus les Etats comme la Mauritanie, le Mali et le Niger sont parmi les pays les plus pauvres du monde et le sahel une zone délaissée avec une jeunesse désœuvrée qui peut s’adonner facilement à toutes sortes d’activités illégales. Il faudra un renforcement de la coopération militaire entre Etats du Sahel pour venir à bout de toutes les activités illégales qui pullulent dans le sahel, mais également un plan de développement cohérent pour assurer une sécurisation de la zone.


[1] Mahamadou Issoufou, président de la République du Niger « Agissons maintenant contre la famine et la crise alimentaire au Sahel » Lemonde 17 juillet 2012

[2] MENACE TERRORISTE EN AFRIQUE DE L’OUEST: ETAT DES REPONSES NATIONALES, REGIONALES ET INTERNATIONALES Par William Assanvo Septembre 2012

[4] Baba Ahmed « Les Etats-Unis pressent le Mali d’agir » Jeune Afrique  14 novembre 2011

[5] Institut géopolitique et  culturel Jacques Cartier « Genèse et caractéristiques d’AQMI » 2010

[6] Abdelkader Abderrahmane, chercheur à la Prévention des Conflits et Analyses des Risques «  terrorisme et trafic de drogues au sahel » Le Monde 19 juillet 2012,

[7] Stéphane Joahny  « Un français dans la tourmente d’air cocaïne »  Le Journal du Dimanche 24 juillet 2011

[8] Equipe de recherche sur le terrorisme et l’antiterrorisme « Les effets de la crise en Libye sur le trafic d’armes légères et lourdes dans la région du Maghreb-Sahel » 2012

[9] « L’opposition s’engouffre dans la brèche Wikileaks » Jeune Afrique 12 décembre 2010

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