Mali:Thérapie de groupe

L’adage veut que l’on sache d’ou on vient, pour savoir ou l’on va. Dans le cas précis de mon cher Mali il est important à l’heure actuelle de savoir où on doit aller.

Dans l’analyse de la situation actuelle, beaucoup de gens par facilité intellectuelle, y compris notre premier ministre tape sur le président déchu Amadou Toumani Touré.

ATT avait fait de la politique de consensus sa marque de fabrique, voilà ce que déclarait le premier ministre CMD dans son interview télévisée « célébrant » ses 100 jours de pouvoir  » Le consensus tue ».

CMD est un homme éduqué il sait donc ce que signifie les mots consensus, et ce que signifie son contraire pour un pays comme le Mali dans sa situation actuelle.

En fait il est admis comme analyse politique aujourd’hui de tout mettre sur le dos de l’ancien pouvoir, cette posture est même très appréciée, certains n’hésitent pas à remonter aux années Alpha Oumar Konaré.

Nous avons même assisté en une renaissance d’un amour pour l’ancien dictateur déchu Moussa Traoré, à qui l’on attribue un  » Mali fort, qui savait quoi faire lors des rébellions ».

Ces raisonnements sont, vous l’aurez compris surtout basé sur la facilité, la méconnaissance du sujet, la paresse intellectuelle, une dose de mauvaise foi et de démagogie.

Remontons dans le temps pour établir certaines bases permettant d’analyser concrètement notre passé afin de pouvoir construire un pays sur des bases solides.

Le Mali sous AOK 1992-2002

Il ne s’agit pas dans ce chapitre de faire l’apologie de la gouvernance du président AOK mais de faire une analyse objective des points positifs et des points négatifs.

Tout d’abord, il faut reconnaître à l’homme une grande carrière, militant clandestin, leader syndicaliste, journaliste, président du Mali, président de la Commission de l’UA, il fait partie des grandes figures maliennes et africaines.

En 1992 après des élections gagnées par son parti politique ADEMA, il est le premier président démocratiquement élu.

Quel était l’état du pays?

Le Mali sortait de 23 ans de dictature, pas d’institutions solides, une économie terrassée par la fuite des investisseurs et qui tenait debout grâce à ces mines d’or.

Comme toute dictature qui se respecte, la liberté de la presse était bafouée des gens embastillés….

Le mérite de AOK c’est d’avoir pu offrir au Mali une transition institutionnelle, par rupture avec le régime antérieur, en l’occurrence le régime du Général Moussa Traoré, au pouvoir de 1968 à 1991.

La gestion quotidienne de l’Etat a rencontré de nombreux défis durant ses premières années. Outre le traitement de la rébellion touarègue, compliqué par la constitution d’une puissante milice songhaï d’autodéfense dans le nord, le Mouvement Patriotique Ganda Koy (MPGK), le pouvoir fait face à des troubles sociaux impliquant élèves et syndicats de travailleurs. La première question est finalement réglée avec la signature à Alger, le 11 avril 1992, du « Pacte national » entre le gouvernement, les différents mouvements et le front unifié de l’Azawad. La signature, le 11 novembre 1994, des accords de paix entre les rebelles et le Mouvement Patriotique Ganda Koy ainsi que la rencontre de Tombouctou entre le gouvernement et les partenaires pour le développement du Nord-Mali du 15 au 18 juillet 1995 mettent un terme définitif à la rébellion touarègue.

Durant sa présidence le statut de la fonction publique est revu, par l’ordonnance n°77-71/CMLN. La loi n°93-59 du 8 septembre 1993 répartis les fonctionnaires en quatre catégories (A, B2, B1, C).

La libre administration des collectivités territoriales est prévue par la Constitution. En outre, la loi 93-008 du 11 février 1993 déterminant les conditions de la libre administration des collectivités territoriales, a rendu active la politique de décentralisation menée par le gouvernement. Un arsenal juridique adopté le 10 octobre 1996 est venue compléter cette loi en prévision des élections locales : la loi 96-050 sur la constitution et la gestion du domaine des collectivités ; la loi 96-051 déterminant les ressources fiscales des communes ; la loi 96-058 concernant les ressources fiscales du district de Bamako et des communes qui le composent ; la loi 96-059 portant création des communes.

L’appareil judiciaire est en rénové, avec le programme décennal de développement de la justice (PRODEJ).

Le multipartisme est désormais inscrit dans la Constitution. Le pays compte près de 78 partis déclarés. Parmi eux, environ, « 20 sont représentés dans les conseils municipaux, 5 sont au gouvernement et 8 à l’Assemblée nationale (11 à l’Assemblée nationale précédente). Les deux institutions sont toutefois largement dominées par le parti au pouvoir, l’Alliance pour la Démocratie au Mali, malgré les démissions de février 2001.

Sur le plan économique le Mali relève petit à petit la tête, le retour des investisseurs favorisent la construction d’infrastructure dans la capitale, la réouverture de nombreux hôtels, et la résolution de la crise au nord du Mali, permet l’essor du tourisme.

Entre 1996 et 2002, le taux de croissance moyen est de 5,1 % Dans l’ensemble, les chiffres suggèrent une amélioration des indicateurs de scolarisation et de santé, à l’exception du taux de malnutrition infantile mesurée par le rapport poids/âge. Ce taux est passé de 27 % en 1996 à 33 % en 2001.

Un bon nombres de chiffres et de faits indiquent une amélioration de la condition de vie des maliens et une baisse des inégalités durant ces 10 années, le Mali a rattrapé beaucoup de son retard sur ses voisins.

Seul ombre au tableau les problèmes récurrents avec du président AOK avec son opposition, qui finira même par boycotter les élections de 1997, et le problème du développement des régions dites éloignées au nord du pays, qui accusent un retard par rapport à celles plus proches de Bamako.

Le président AOK s’en est allé conformément à la constitution en 2002, et contrairement à la tradition de tripatouillage constitutionnelle très répandue en afrique.

Le Mali sous ATT 2002-1 mois avant la fin de son mandat

C’est en 2002 que celui qui a renversé Moussa Traoré arrive au pouvoir, et cette fois-ci par la voie des urnes.

Celui que l’on nomme le soldat de la démocratie arrive avec un capital confiance, et surtout avec un pays qui est sur une lancée économique.

Son premier mandat de 5 ans, a été marqué par encore plus d’investissements étrangers au mali et un développement des infrastructures du pays.

Il y a eu aussi au niveau institutionnel quelques changements, ATT ayant mis en place une politique dite du consensus, qui vise à unir une grande partie de la classe politique derrière lui, supprimant de facto toutes formes d’opposition.

En 2006 éclate une première rébellion qui sera résolue par l’accord d’Alger et l’intégration d’un certains nombre d’officiers rebelles dans l’armée.

Le deuxième mandat d’ATT s’avère être plus difficile, comme pour tous les pays la crise est passée et malgré un taux de croissance de 5.4% la situation de l’emploi ne s’améliore guère.

Comme nous le savons tous ATT a été destitué à la suite d’un coup d’Etat orchestré par des militaires mutins, non pas pour des raisons économiques, mais parce que ces derniers disaient manquer d’armes et servir de chair à canon dans le conflit au nord. (Massacres Aguel’hok).

Certains d’entre nous on aussi été surpris par la quantité  d’armes abandonnées par les militaires sur le front, cela rend la thèse du sous-armement caduque.

Bilan de deux décennies

La crise militaire et institutionnelle que vit le mali ne devrait pas être imputée aux deux décennies démocratiques qu’a vécu le Mali.

Cette démocratie était fragile, car toute jeune, elle était rongée par la corruption et le népotisme.

C’était une démocratie fissurée avec des corrompus et des trafiquants notoires  dans les plus hautes sphères de l’Etat.

Comme toutes les jeunes démocratie le mali était malade des inégalités causées par une application stricto sensu des principes libéraux, qu’un pays aussi fragile ne pouvait supporter.

Cependant je pense que s’en tenir à l’explication « on est la par la faute d’ATT et AOK » résulte de la paresse intellectuelle.

Jusqu’au 22 Mars 2012 jamais dans l’histoire du Mali une de nos villes n’a été occupée par des rebelles, le coup d’état du Capitaine Sanogo a déstabilisé la chaîne de commandement, ce qui a favorisé la chute des 3 grandes Régions du Nord.

Sinon comment expliquer que ce qui n’a pas pu être fait de Novembre 2011 à Mars 2012, se fasse en moins de 3 jours, si ce n’est les impacts négatifs du coup d’état

L’armée malienne repoussait les rebelles, cependant les médias  ont succombé à la propagande mensongère du MNLA, ce qui a commencé à semer la zizanie au sein des forces armées et de la population.

ATT a sa part de responsabilité, mais ne peut servir d’excuses ou d’explications, aux maux actuels du pays.

Ceux qui ont les premiers précipité le pays, se sont les putschistes, tant qu’on ne reconnaît pas ça on ne peut aller de l’avant, et ceux qui à mon sens refusent de le faire sont les dirigeants actuels.

Il faut arrêter ce populisme qui est de tout mettre sur le dos des anciens maîtres, car ça reste une solution de faciliter qui nous empêche de réfléchir à l’avenir et nous bloque dans le passé.

La crise actuelle est due à ce facteur, entre ceux qui veulent absolument purger le passé, créer un modèle niant l’existence de 20 ans de démocratie, et ceux qui au contraire pense qu’il faut vivre avec notre passé, et s’en servir pour avancer.

La situation de blocage résulte de la non résolution de ce conflit, personne n’a le monopole de l’amour du Mali.

Le premier ministre en premier, plutôt que d’unir son peuple, a voulu pour se maintenir dans un premier temps accentuer cette division, n’hésitant pas à dire que ceux qui s’opposent à lui sont des anciens dignitaires du pouvoir voulant garder leurs privilèges.

Ceci est un exemple parfait de raisonnement  simpliste et qui plait aux personnes ne cherchant pas à aller au fond du problème.

Le problème de fond est comment nous maliens pouvons nous unir pour libérer nos frères qui vivent sous le joug de l’islamisme.

En parlant de tout sauf de ça le gouvernement tente de masquer son impuissance, et de cacher les critiques qui montent au sein de la population.

6 mois déjà et pas un seul acte concret n’a été posé, et pour nous faire oublier cela, on nous reparle du passé, ATT, AOK…cependant le problème  n’est pas la, mais les islamistes au Nord qui nous narguent à longueur de journées et humilient notre peuple.

Le gouvernement à beau parler de négociations, il n’en sera rien, car nous maliens ne pouvons accepter la charia, et le gouvernement ne peut récupérer le nord du pays seul.

Nous devons donc commencer par admettre l’impuissance de notre pays face à cette situation, puis y remédier, cette étape est absolument nécessaire, car trop souvent les néo-patriotes sont aveuglés par une gloire passée, il faut prendre en compte la nouvelle réalité.

Dans un second temps renforcer le partenariat avec nos partenaires de la CEDEAO, cesser là aussi de crier au loup, le Mali seul ne peut s’en sortir, il nous faudra l’appui de nos alliés, admettre cela aussi.

Ces conditions sont nécessaires pour l’accomplissement de ce grand défi qui nous attend, mais avant de relever nous devons changer notre état d’esprit, dépasser les querelles partisanes, cesser d’incriminer le passé, le voisin, ne pas céder à l’ogre salafiste-wahhabite qui sévit à Bamako à travers le haut conseil islamique……

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